Projet de train à grande vitesse Alto
Des agriculteurs mécontents de la tournure des événements

Par Maxim Ouellet, Journaliste, initiative de journalisme local
Drones survolant leurs terres, manque d’informations, incertitude économique, stress et anxiété: voilà ce que vivent les producteurs agricoles de Pointe-Fortune et de Rigaud depuis quelques mois déjà en raison du train à grande vitesse (TGV) Alto. On entend de plus en plus parler du projet et les citoyens potentiellement touchés par le tracé sont en quête de réponses.
Pour l’instant, les agriculteurs dont le terrain est à l'étude ont reçu une lettre du promoteur, mais la majorité d’entre eux ne savent pas du tout quelle est la prochaine étape.
De prime abord, les agriculteurs rejoints par Néomédia ont souligné ne pas être contre le progrès, mais soutiennent également que la situation est bien différente quand le TGV passe chez eux et qu’il les affecte directement.
« Quand t’es un agriculteur, c’est ta maison, ta job, bref c’est ta vie qui pourrait changer tout d’un coup […]. Quand c’est ta maison, tu te dis “c’est plate, mais je vais déménager”, nous c’est pas possible », souligne une productrice qui a demandé l’anonymat.
En ce sens, elle et d’autres citoyens du secteur estiment primordial qu’une consultation soit organisée non seulement pour informer les gens concernés, mais aussi pour mobiliser le reste des Vaudreuil-Soulangeois à la cause. « On aimerait que ça touche moins d’entreprise [...] ce que le maire de Rigaud et la mairesse de Pointe-Fortune font, c’est déjà bien encourageant », explique une autre agricultrice, de Rigaud, qui désire aussi conserver l’anonymat.
Selon une fermière de Pointe-Fortune, « plus les associations de producteurs appuieront nos démarches, plus on va avoir les ressources nécessaires pour se défendre. »
Accélérer le projet, mais à quel prix ?
Une pétition, propulsée par le site web altno.ca, demande au promoteur de dévier le trajet afin qu’il touche le moins de familles et d’entreprises possible et que la loi C-15 soit revue pour redonner un pouvoir de négociation aux personnes visées par des expropriations.
De nombreux citoyens de Pointe-Fortune et de Rigaud ont signé cette pétition.
La loi fédérale C-15 prévoit des modifications à la Loi sur l'expropriation qui s'appliqueront exclusivement à ce projet de TGV. Les changements visent surtout à accélérer la mise en œuvre du développement ferroviaire et à réduire les coûts administratifs.
Concrètement, le gouvernement n'a pas l'obligation de négocier à l'amiable avant d'acquérir un terrain, et les audiences publiques permettant aux propriétaires de contester une expropriation en personne sont abolies. Les recours demeurent donc très limités pour ceux qui se retrouveront sur le tracé final. Alto assure toutefois que l'expropriation ne sera utilisée qu'en dernier recours, et que la consultation des communautés précédera l'annonce du tracé définitif.
1700 expropriations sont prévues, dont près d’un demi-millier de terres agricoles. « [Nos terres] sont si rares, si fragiles et précieuses. Si ça disparaît, qu’est-ce qui va se passer de l’autonomie alimentaire du Québec ? », demande l’agricultrice de Pointe-Fortune.
Comme d’autres citoyens de la région, elle veut en savoir plus sur ses droits en cas d’expropriation. « Est-ce que la nappe phréatique sera atteinte, est-ce qu’il va y avoir des produits nocifs pour nos sols ? […] On peut regarder les vrais enjeux », proteste l’agricultrice.
Se sentir aliéné chez soi
Depuis quelques semaines, des drones d’Alto survolent les emplacements des agriculteurs et ce toutes les nuits. Ils aident aux études de terrain en cours, mais « ça devient dérangeant, ils viennent trop proches et c’est sans arrêt. « Ça ajoute à l'aliénation de notre lieu privé », raconte la productrice de Rigaud.
En ce moment, l’anxiété est telle que plusieurs personnes risquent de tomber malades à cause du stress. L’une des agricultrices à qui Néomédia a parlé considère que « les agriculteurs sont à l’envers, il y a bcp de dépression ». Sa collègue abonde dans le même sens: « les gens vont tomber malades à force de ne pas savoir ce qui vient. »
Le 10 juin prochain, une association des agriculteurs touchés par le TGV ira faire pression devant la Chambre des communes à Ottawa. Le regroupement estime que le tout manque de transparence pour un projet fédéral.
À lire également:
Les élus des villes potentiellement affectées partagent leur avis
DEV réclame une place à la table des consultations
Des agriculteurs de la région critiquent un manque de prévisibilité
Le projet de train à grande vitesse expliqué en consultation virtuelle
