Un propriétaire de Les Coteaux demande de l'aide
Inégalités entre les garderies privées et subventionnées

Par Maxim Ouellet, Journaliste, initiative de journalisme local
Eddie Wesley, propriétaire de la garderie Château des Petits Pas à Les Coteaux, brosse un portrait alarmant de la situation des garderies privées non subventionnées au Québec. Coincées entre des obligations réglementaires identiques à celles des CPE et des ressources nettement inférieures, ces garderies peinent à survivre dans un système qu'il juge fondamentalement inéquitable.
Pourtant, M. Wesley est aussi propriétaire d'une garderie au Nouveau-Brunswick et là-bas, il n'y a que très peu, voire aucun problème. Pour lui, il est trop difficile d'avoir accès à de l'aide gouvernementale et demeurer une garderie 100 % privée ne lui confère aucun avantage. Au contraire, Eddie Wesley travaille sans cesse et pour une marge de profit minime.
Le réseau de garderie du Québec compte trois paliers: les centres de la petite enfance (CPE), les garderies privées subventionnées et les garderies privées non subventionnées comme celle de M. Wesley. Ces dernières doivent respecter les mêmes ratios d'éducatrices qualifiées et les mêmes exigences du ministère de la Famille que les autres établissements sans toutefois bénéficier des mêmes appuis financiers.
Tout ce que M. Wesley réclame, c'est un meilleur accompagnement de la part du gouvernement afin qu'il puisse rester compétitif. « Si je pouvais avoir des subventions, je le ferais tout de suite, mais on a beau engager des personnes spécialisées pour faire les démarches, c'est comme la loterie: on n'est pas sûr d'être choisi », mentionne M. Wesley. Le ministère lui aurait confirmé que sa demande était conforme, mais qu'un autre établissement avait été retenu. Il doit donc recommencer à chaque fois qu'il y a un appel d'offres sans avoir de garantie.
Gérer plusieurs enjeux simultanément
Pour rester attrayant, autant pour les parents que pour ses éducatrices, le propriétaire de garderie doit débourser d'importants montants, notamment en réduisant les frais de garde pour accoter ceux des CPE. L'écart entre une place de garde subventionnée et non subventionnée est aussi majeur, selon le ministère des Finances, on parle de plus de 35 $ de différence,
« [La rétention], c'est pas possible, certaines éducatrices sont allées travailler ailleurs et je les comprends », explique M. Wesley. S'il ne veut pas courir le risque de perdre son personnel qualifié, il doit maintenant offrir la totale, assurances, salaires et bénéfices sociaux, à ses employés. Bien que nécessaires, cette dépense serait normalement absorbée par les subventions du gouvernement.
Les pressions financières ne s'arrêtent pas là pour autant, M. Wesley a investi près de 500 000 $ pour aménager son bâtiment actuel, anciennement une clinique pédiatrique. Malgré cet investissement, il affirme travailler avec un salaire minime, tout comme sa femme et sa fille. Pour la première fois depuis l'ouverture de sa garderie, il a réduit son nombre de groupes à cinq au lieu de six.
Dans la région du Sud-Ouest et de l'Ouest de l'Île, une douzaine de garderies privées sont actuellement à vendre, un phénomène qui, d'après M. Wesley, est courant à l'échelle du Québec. « Il suffit de regarder [les plateformes immobilières] pour en faire le constat », estime-t-il. Néomédia a rapidement tenté l'exercice et a trouvé trois garderies à vendre dans Vaudreuil-Soulanges.
Le propriétaire du Château des Petits Pas ne prévoit pas de vendre son entreprise pour autant, mais il critique tout de même la situation précaire dans laquelle il est plongé et le manque de prévisibilité.
Si les problématiques sont nombreuses, les solutions ne sont pas manquantes pour autant selon Eddie Wesley.
Mettre en place des solutions
Plutôt que de réclamer une subvention directe, M. Wesley propose que le gouvernement augmente les remboursements fiscaux accordés aux parents qui fréquentent une garderie privée, afin de réduire l'écart avec le coût des places subventionnées.
Il milite également au sein du mouvement Tarif unique en garderie pour tous les parents, qui fait pression sur le ministère de la Famille pour une plus grande équité entre les types d'établissements. Des échanges ont eu lieu avec la ministre responsable, mais M. Wesley dit n'avoir reçu jusqu'ici que des réponses d'attente, sans avancée concrète.
« Aujourd'hui, si le ministère augmente le remboursement taxable pour les parents, pour nous, c'est une solution simple », raconte Eddie Wesley.
Toujours selon lui, ce n'est pas un manque de fonds qui empêche le gouvernement provincial d'agir: « Il y a quelques années, le gouvernement fédéral donnait à toutes les provinces un montant pour aider les garderies dans les provinces. « L'Ontario et le Nouveau-Brunswick n'ont pas les mêmes défis », ajoute-t-il. Cette aide passe entre autres via l'Allocation canadienne pour enfants (ACE).
Sans changement ou mesure gouvernementale, Eddie croit que les garderies privées non subventionnées sont appelées à disparaître malgré eux dans un contexte où les places en service de garde sont déjà limitées.
