Opioïdes: les jeunes disent manquer de ressources
Les adolescents qui doivent prendre des opioïdes pour des problèmes de santé affirment manquer de ressources pour gérer adéquatement leur médication, ont constaté des chercheurs montréalais qui ont participé à une vaste étude pancanadienne.
Des centres de santé et des organismes de Montréal, de Toronto, d'Halifax, de Calgary et de Vancouver ont pris part aux travaux. Chacun a travaillé avec une population distincte de jeunes qui ont été particulièrement touchés par la crise sanitaire et les surdoses d’opioïdes.
À Montréal, l’équipe s'est penchée sur la prescription d’opioïdes, qui compte parmi les facteurs historiques qui ont contribué à la crise. Les chercheurs sont ainsi allés à la rencontre de jeunes qui, par exemple, étaient en rémission d'un cancer, souffraient d'une scoliose ou présentaient une blessure aiguë.
«En ce qui concerne ce groupe, nous avons constaté qu'ils ne reçoivent pas beaucoup d'aide, que ce soit de l'information au sujet des opioïdes qui leur ont été prescrits, ou une aide psychosociale pour leur problème de santé ou l'utilisation des opioïdes, a résumé la doctorante Stephanie Nairn, qui a dirigé et coordonné le programme de recherche. Ils se heurtent à une pénurie d'information pertinente, ou tout simplement d'information, au sujet des opioïdes qui leur sont prescrits.»
Certains de ces jeunes devront composer avec des problèmes de santé pendant une longue période, rappelle-t-elle, ce qui rend cette pénurie d'aide et d'information, qu'elle soit réelle ou perçue, d'autant plus inquiétante, ajoute-t-elle.
Face à cette situation, les jeunes se rabattent sur leurs propres expériences, ou encore sur ce qu'ils trouvent en ligne, pour apprendre à gérer leur médication.
«Ils vont sur YouTube et ils regardent des vidéos de ce que c'est que de prendre des opioïdes, a dit Mme Nairn. Ils obtiennent beaucoup d'informations par le biais de ces canaux.»
Et si, en théorie, les jeunes ont accès à des médecins et à des infirmières qui pourraient répondre à leurs questions, il devient rapidement évident qu'ils n'y font pas appel ― possiblement parce que les échanges avec les professionnels de la santé se font presque toujours en présence d'un parent ou d'un tuteur et que les jeunes n'ont pas vraiment l'impression de faire partie de la conversation.
Les jeunes qui ont participé à l'étude ont aussi mentionné se sentir doublement stigmatisés, autant par leur problème de santé que par leur consommation d'opioïdes.
«Une de leurs principales suggestions était de travailler à éliminer la stigmatisation qui entoure la prise d'opioïdes», a dit Mme Nairn.
Utilisation problématique
Les données colligées dans le cadre de cette étude ne permettent pas de conclure que les jeunes qui se sentent ainsi laissés à eux-mêmes présenteront un risque plus élevé d'une utilisation problématique des opioïdes.
Cela étant dit, a souligné Mme Nairn, des études précédentes ont démontré qu'une seule dose d'opioïdes augmente le risque futur de dépendance et de surdose.
«Il est possible que le manque d'information et d'éducation» vienne aggraver la situation, a-t-elle admis.
L'utilisation problématique des opioïdes fait néanmoins des ravages chez les jeunes. Entre 2000 et 2015, on a constaté dans certaines provinces un bond des décès liés aux opioïdes chez les 15 à 24 ans. Puis, entre 2013 et 2017, ce sont chez les jeunes adultes de 25 à 44 ans et les jeunes de 15 à 24 ans que les taux d’intoxication aux opioïdes ont augmenté le plus rapidement.
Récemment, une étude ontarienne a montré que les taux de surdoses d’opioïdes chez les moins de 35 ans ont augmenté de 320 % au cours des périodes initiales de la pandémie en 2020.
Pourtant, ont constaté les chercheurs, plusieurs des mesures prises pour lutter contre la consommation problématique d’opioïdes au Canada sont destinées aux adultes et aux hommes, possiblement parce que, jusqu’au milieu des années 2000, les données épidémiologiques semblaient indiquer que la consommation d’opioïdes était un problème qui touchait principalement les adultes toxicomanes.
La disponibilité, l’accès et la pertinence des services pour les jeunes restent quant à eux limités.
«On a besoin d'une nouvelle approche, a conclu Mme Nairn. Pour réduire les risques associés à l'utilisation des opioïdes de prescription, et on sait qu'ils existent, il faut impliquer les jeunes dans le développement d'interventions dans le domaine de la santé publique, comme c'est arrivé avec les adultes.»
Le programme de recherche a été dirigé par Patricia Conrod, qui est chercheuse au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine et professeure titulaire au département de psychiatrie et d’addictologie de l’Université de Montréal, et par Sherry Stewart, qui est professeure au département de psychiatrie de l’Université Dalhousie.
Ces études ont fait l’objet d’un numéro supplémentaire dans l’édition de juin 2022 du Canadian Journal of Addiction.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne
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