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25 novembre 2021 - 06:00

Dossier fusion municipale

Deux anciennes conseillères se rappellent l’union de Vaudreuil et Dorion

Benjamin Richer

Par Benjamin Richer, Journaliste

Louise Leblond Vallée était conseillère à la Ville de Dorion, alors que Céline Chartier était du côté de Vaudreuil. Les deux femmes racontent aujourd’hui le défi qu’était la fusion à l’époque.

C’est un soir d’automne 1993. Les négociations vont bon train entre les deux municipalités voisines. L’idée de se marier fait peu à peu son chemin dans les esprits, malgré plusieurs contestations.

Tout bloque au moment de choisir le nom de la future ville: Vaudreuil-Dorion ou Dorion-Vaudreuil. Ce point entraîne un conflit sans précédent entre les villes, voulant chacune être la première nommée. 

« Ça a accroché dans les fleurs du tapis », lance Céline Chartier, conseillère sous l’administration de la mairesse Monique Girard-Richardson à Vaudreuil. « C’était à couteaux tirés », ajoute Louise Leblond-Vallée. Les deux villes ont arrêté de se parler. 

Des tensions s'accumulent au point de poster des policiers devant les hôtels de ville. Mme Leblond-Vallée s’était d’ailleurs fait érafler son véhicule un soir. « C'étaient des guerres de clocher », déplore-t-elle. Même les prêtres prenaient position sur le projet à la messe du dimanche. 

Échappée de peu

Le débat était devenu très émotif. « Une fusion, ça dérange. Ça a été vraiment pénible », raconte Louise Leblond-Vallée. Les séances de travail étaient interminables et duraient jusqu’aux petites heures du matin. 

Céline Chartier et Louise Leblond-Vallée avaient toutes les deux des enfants en bas âge dans ce temps, ce qui n'était pas simple à conjuguer avec leur vie politique. « J’ai payé cher en gardiennage », lance Mme Leblond-Vallée en riant.

Ne venant pas de la région, les deux femmes avaient une plus grande distance que les autres élus. Elles sont ainsi intervenues en catimini afin de rétablir les ponts. « Je m’entendais bien avec Céline, nous on continuait de se parler. Elle m’a appelé un soir et m’a dit : “Tout ce travail et tout tombe à l’eau par orgueil?” », raconte Mme Leblond-Vallée. 

Elles ont alors convenu de parler chacune à leur directeur général. Ceux-ci ont tranquillement repris les discussions, suivi des conseils. 

La question du nom s’est néanmoins réglée lors de la visite du sous-ministre aux Affaires municipales au Château Vaudreuil. D’un commun accord, il a été décidé que le choix du nom revenait aux citoyens lors d’un référendum. La suite n’est que l’histoire. 

À la demande de Dorion

Tout a commencé quand la Ville de Dorion a demandé l’acquisition de terrains, notamment près du boulevard Harwood et de la route De Lotbinière. 

« On était enclavé avec 5000 et quelques habitants et aucune terre à acheter. Les eaux, on était alimenté par Saint-Lazare, notre ingénieur et notre directeur général prenaient leur retraite, donc il y avait plein d’enjeux financiers qui étaient au bénéfice de Dorion de fusionner », explique Louise Leblond-Vallée. 

L’idée de s’unir est amenée par le ministère des Affaires municipales, qui procédait à l’époque au regroupement de plusieurs municipalités au Québec. Les villes de Coteau-Station et Coteau-Landing ont d'ailleurs fusionné la même année en 1994 pour devenir Les Coteaux. 

À Dorion, le sujet faisait déjà l’objet de discussions dans les années 60 quand le beau-père de Mme Leblond-Vallée, Jean-Charles Vallée, était maire de Dorion. L'équipe de Jean Lemaire a ensuite relancé l'idée dans les années 90.

À la demande du ministère, une étude d’opportunité est réalisée et présentée en juin 1993. Le document, dont Céline Chartier a conservé une copie qui regorge de notes, détaille tous les aspects de la fusion comme les coûts, les processus administratifs, les données démographiques et financières des deux villes, l’état des infrastructures municipales, notamment. 

Bien que plusieurs affirment que la mairesse de Vaudreuil, Monique Girard-Richardson, était contre le projet, Mme Chartier n’est pas de cet avis. « Elle voulait défendre ses citoyens et ne voulait pas que Vaudreuil y perde », soutient l’ancienne conseillère. 

Un déséquilibre important

En effet, la Ville de Dorion faisait face à un mur. Sa population était vieillissante et était restée stable depuis 20 ans, alors que celle de Vaudreuil avait doublé pour la même période. Elle n’avait aussi que 8000 dollars dans ses coffres, comparativement à 823 000 pour Vaudreuil.

La Ville de Dorion ne détenait pas non plus d’installations municipales comme à Vaudreuil, qui avait récemment construit une usine d’épuration. Mme Leblond-Vallée se rappelle qu’une partie des eaux usées se déversaient directement dans la rivière à Dorion.

Vaudreuil, qui lui restait encore beaucoup de terres à exploiter, ne voulait pas payer pour Dorion. « Nous, nos citoyens l’avaient payé l’usine », mentionne Mme Chartier. Ainsi, les citoyens du côté Dorion ont payé plus cher en taxes les premières années pour rétablir un équilibre. 

Des échos encore aujourd’hui

De nos jours, les tensions ne sont plus ce qu’elles étaient. Le sentiment d’appartenance à l’un ou l’autre des secteurs se fait toujours ressentir, surtout chez les plus vieux. « Il y a encore peut-être des esprits qui se disent plus attachés à un secteur », croit Mme Leblond-Vallée. 

Céline Chartier, qui a quitté la politique municipale cette année, croit que ce phénomène se dissipera avec la prochaine génération d’élus. 

Selon les deux anciennes conseillères rencontrées, la Ville de Vaudreuil-Dorion est devenue ce qu’elle est aujourd’hui en partie grâce à la fusion. D’autres municipalités auraient ainsi tout à gagner à se regrouper. 

Mme Chartier s’est dit finalement très émue de l’agora créée dans le parc Valois au 25e anniversaire de la fusion en 2019. Situé à l'ancienne frontière des deux villes, l'endroit est hautement symbolique.

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