Dossier fusion municipale
Les quatre villes de l’île Perrot encore loin de fusionner
L’idée de réunir les quatre municipalités de l’île Perrot sous la même gouverne circule depuis déjà plusieurs années. Le maire de la Ville de L’Île-Perrot, Pierre Séguin, en est devenu l’une des voix principales. Toutefois, pour les trois autres élus de l’île, le projet n’est pas aussi simple.
Ensemble, les quatre municipalités : Pincourt, L’Île-Perrot, Terrasse-Vaudreuil et Notre-Dame-de-L’Île-Perrot, ont un peu moins de 40 000 habitants, soit l’équivalent de Vaudreuil-Dorion.
« On est rendu à la croisée des chemins sur l’île Perrot. On a quatre villes. On n’a pas de vision d’ensemble, chacun une vision individuelle. On n’a pas de force de frappe », exprime Pierre Séguin, maire de la Ville de L’Île-Perrot.
Pour lui, la fusion permettrait d’être plus imposant auprès des autres paliers de gouvernement, notamment pour des demandes de subventions. « À 40 000, quand on cogne à Québec, on a plus de chance d’avoir une réponse qu’à 10 000 de population », ajoute-t-il.
Les quatre municipalités collaborent déjà sur plusieurs dossiers comme le parachèvement de l’autoroute 20. Pierre Séguin estime néanmoins que les procédures administratives seraient moins lourdes sous un même chapeau. « Je veux qu’on en ait plus pour notre argent. Actuellement, on a quatre administrations qui travaillent [parfois] sur un même dossier », indique-t-il.
Pour Danie Deschênes, mairesse de Notre-Dame-de-L’Île-Perrot, il est faux de croire que ce genre de projet irait plus rapidement en se regroupant. « L’important, c'est que les quatre maires parlent d’une seule voix dans ce dossier en particulier. Il n’y a [personne] qui s’oppose à l’autoroute 20 dans Vaudreuil-Soulanges. C’est un enjeu régional », mentionne-t-elle.
Le maire de Terrasse-Vaudreuil, Michel Bourdeau, abonde dans le même sens. « [L’autoroute 20] c’est plus que les quatre municipalités, ça touche aussi Vaudreuil-Dorion, Les Cèdres, Pointe-des-Cascades. Quand c’est le temps d’être ensemble, on l’est. On l’a vu avec les inondations ou encore la fermeture du pont de l’île-aux-Tourtes », précise-t-il.
En ce qui concerne le maire de Pincourt, Claude Comeau, qui vient d’entrer en poste, ce dernier n’a pas voulu émettre de commentaires, et ce tant qu’il n'a pas rencontré M. Séguin et consulté son conseil.
Donner l’exemple
« C’est quand même drôle que la Ville qui souhaite la fusion ne fasse partie d’aucun regroupement [de services] sur l’île. Comment est-ce crédible que cette ville souhaite fusionner quand elle est incapable de collaborer sur des choses de base? », questionne Danie Deschênes.
La Ville de L’Île-Perrot ne fait pas partie de la Régie de l’eau, qui unit les trois autres villes. Elle se retrouve aussi maintenant seule pour ce qui est du Service de sécurité incendie après le départ de Notre-Dame-de-L’Île-Perrot cette année pour se joindre à Pincourt.
Pierre Séguin rappelle que sa municipalité avait déjà une usine de traitement des eaux et que cette décision a été prise sous une autre administration que la sienne. Pour ce qui est du Service de sécurité incendie, « c’est Notre-Dame qui a quitté, ce n’est pas nous qui lui avons demandé de partir ».
L’Île-Perrot avait cependant décliné le projet de construire une nouvelle caserne sur leur territoire, qui aurait permis d'assurer un meilleur temps de réponse lors d’urgences, notamment pour les résidents de la Pointe-du-Moulin.
Pour un regroupement de services
S’ils sont contre l’idée d’une fusion, les autres maires de l’île s’entendent pour collaborer davantage. « Ce n’est pas normal d’avoir quatre bibliothèques, des services indépendants de déneigement, c’est tous des regroupements qu’on est capable de faire », considère Danie Deschênes.
Selon elle, ce type de collaboration est tout à l’avantage de la population, que ce soit sur le plan financier ou organisationnel. Les villes ont chacune leurs syndicats, leurs cultures, ainsi que des politiques distinctes, ne serait-ce que le statut bilingue de la Ville de Pincourt. Faire une fusion serait alors extrêmement complexe.
Pour Michel Bourdeau, cela permettrait de garder une indépendance pour sa municipalité d’à peine 2000 habitants. Il ne veut pas que ses citoyens soient laissés-pour-compte dans certains dossiers. M. Bourdeau donne en exemple la réfection des gares de train sur l’île, où la dissolution de la gare Pincourt-Terrasse-Vaudreuil pour être remplacée par une gare intermodale, à L’Île-Perrot, est à l’étude.
Pierre Séguin croit tout de même que le projet de fusion est possible. « C’est une vision plus large que faire un regroupement de services [...] Si on regarde les villes qui se sont regroupées dans les 20-30 dernières années, si on pense à Vaudreuil-Dorion, je ne pense pas que Vaudreuil ait été défavorisé de fusionner avec Dorion », estime-t-il.
L’idée reste cependant très litigieuse sur l’île Perrot et encore loin d’être aboutie. « Ce que je demande, c’est : est-ce qu’on pourrait voir les possibilités? », lance M. Séguin.
Il aimerait aussi connaître l’avis de la population avec un comité qui se pencherait sur la question et ultimement une question référendaire, mais même ce point soulève des oppositions. « On ne va pas dépenser l’argent de la population pour faire un référendum sur une question dont on connaît déjà la réponse », conclut Mme Deschênes.
Pierre Séguin, qui avait rencontré le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation à ce sujet avant la pandémie, souhaite malgré tout les rencontrer à nouveau afin de voir ce qui est possible. Un regroupement sur l’île Perrot n’est en revanche pas pour demain.
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