Après 141 jours, certains agriculteurs et commerçants témoignent de conséquences bien réelles
Toujours pas d'avancement dans le dossier du rang St-Thomas à Rigaud

Par Maxim Ouellet, Journaliste, initiative de journalisme local
Depuis le 31 mars dernier, soit il y a 141 jours, le rang St-Thomas à Rigaud est inaccessible à la circulation en raison d'un ponceau endommagé. Selon des résidents du secteur touché, l'inaction de la direction générale et de la mairie nuit aux activités des commerces locaux en plus de rendre l'accès aux terres agricoles plus difficile à un moment où la récolte approche. Ils se demandent également si la Ville a tout fait en son pouvoir pour remédier rapidement à la situation.
« On veut être patients et compréhensifs, mais je marche aux résultats et je me rends compte que rien n'avance [...] On ne fait que nous présenter de belles paroles [et celles-ci] ne semblent pas être accompagnées d’une gestion à la hauteur de la situation », exprime Daniel Vallée, propriétaire de la pension pour chiens Ivy League.
Depuis plusieurs mois, lui et ses voisins questionnent et font pression sur l'administration municipale. Ils ont même obtenu une rencontre avec le maire, Charles Meunier, quelques conseillers et la directrice générale, Audrey Caza, mais depuis il n'y a eu que peu de développement dans le dossier.
Puisque l'affaissement de la route est situé au niveau d'un cours d'eau verbalisé par la MRC de Vaudreuil-Soulanges, la Ville se doit de présenter des plans et devis à l'instance municipale afin d'obtenir un permis qui lui permettra de procéder avec ses travaux.
La documentation finale à cet effet a été rendue le 11 août et a aussitôt été transmise à la MRC. Consciente du désagrément que la situation occasionne à ses citoyens, la Ville met dès lors beaucoup de pression sur les fonctionnaires afin que son dossier soit traité de manière urgente.
« Dresser ses plans là a nécessité de l'expertise externe. On a donc adopté une résolution en ce sens à la séance du 9 juin [...] Ça a été un peu plus long parce qu'on avait les mains liées en attendant un retour du ministère de la Sécurité publique par rapport à une subvention pour laquelle on a appliqué », relate Mme Caza.
Remettre en cause les délais liés aux procédures
Le groupe de citoyens directement impliqué a tout de même été surpris d'apprendre, durant la période de questions de la séance ordinaire du mardi 18 août, que la municipalité n’était toujours pas en appel d’offres.
« L'appel d'offres sera publié dans les prochains jours et l'obtention du contrat sera conditionnelle à un retour positif de la MRC », fait valoir Audrey Caza.
À titre de citoyen qui doit lui-même composer avec des demandes de permis, M. Vallée considère toutefois qu’il est possible de préparer des documents, d’obtenir des soumissions et de préparer les prochaines étapes en parallèle. Il existe des délais administratifs dans presque tous les projets de construction.
« Un gestionnaire compétent doit anticiper les délais et préparer les étapes suivantes avant que la précédente soit terminée [...] C’est là qu'on voit son leadership: quand il fait progresser les dossiers malgré les obstacles », réitère le Rigaudien.
« On est capable de faire certaines choses en parallèle, mais ce genre de dossier s'accompagne inévitablement de beaucoup d'attente [...] En tant que ville, on a des obligations à respecter », soutient la directrice générale.
Accéder au rang St-Thomas: plus ardu avec de la neige
Dans l'éventualité où les travaux ne peuvent être réalisés avant l'hiver, les citoyens concernés craignent que le détour proposé, ajoutant environ 10 km à leur trajet, ne soit pas sécuritaire et ne réduise davantage l'accessibilité de ce tronçon.
M. Vallée souligne que « cette possibilité entraînerait des conséquences encore plus importantes sur notre commerce durant l’hiver. Une partie importante de notre clientèle provient de Montréal et des environs. Ces clients ne circulent pas nécessairement avec de gros véhicules adaptés aux conditions hivernales [...] Je dois déjà gérer des gens perdus au quotidien là, je vais me ramasser à aller les chercher en ville ? C'est un non-sens. »
Ils se demandent donc quelles seront les mesures mises en place pour assurer l’accessibilité au secteur durant l’hiver si les travaux ne sont pas terminés ?
« Je crains également que cette portion, maintenant devenue un cul-de-sac ne desservant que trois adresses, ne reçoive pas le même niveau d’attention en matière de déneigement », ajoute Daniel Vallée dans un courriel transmis à Néomédia.
La directrice générale de Rigaud précise que le tout n'est pas encore joué par rapport à l'échéancier: « On a encore espoir que ce soit fait avant l'hiver une fois qu'une firme sera mandatée. L'une des conditions de notre appel d'offres, ce sera que ça soit fini avant la fin de l'année 2026 [...] Ce ne sera peut-être pas complété avant le début des récoltes par contre. »
Financer les travaux
Selon les estimations de la Ville, la réfection du ponceau du rang St-Thomas nécessiterait une dépense d'environ 295 000 $. Si l'option d'une aide financière du ministère de la Sécurité publique a été étudiée, la demande a finalement été rejetée. Malheureusement, le sinistre n'est pas recevable et n'est donc pas admissible à la subvention qui aurait couvert 85 % des dépenses liées au projet.
Rigaud déposera donc une demande au programme d'aide à la voirie locale (PAVL) du ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD). Grâce à cette subvention, 50 à 60 % des frais pourraient être remboursés.
Mme Caza assure qu'elle et les élues sont sensibles aux enjeux des citoyens. « On ne prend rien à la légère: on essaie d'être le plus transparent possible avec eux, on va continuer d'être proactif et de répondre à leurs questions », conclut-elle.
