Neuf mois de prison avec sursis
Violence conjugale: un accusé sans antécédent écope d'une peine à domicile

Par Marie-Claude Pilon, Journaliste
Le lundi 15 juin, Jonathan Villeneuve, 34 ans, a plaidé coupable à des accusations liées à la violence conjugale. Sa peine lui a été imposée par le juge Bertrand St-Arnaud de la Cour du Québec.
Pour préserver son identité, et pour respecter l’ordonnance de non-publication rendue dans le dossier, nous appelons la victime Ariane.
Pendant dix ans, soit de 2014 à 2024, Ariane a été en couple avec l’accusé, avec qui elle a eu deux garçons. La sentence a été imposée à l'accusé par le juge Bertrand St-Arnaud de la Cour du Québec, dans la salle 1 du Palais de justice de Valleyfield.
Dans l’exposé des faits réalisé conjointement par la défense et le ministère public, on y précise que la rupture entre les deux a eu lieu le 26 novembre 2024. Depuis 2020, l’homme souffrait d’un trouble d’anxiété généralisée et de dépression, si bien que cela fait craindre à Ariane pour sa sécurité et celle de leurs enfants.
Malgré qu’il soit allé chercher de l’aide auprès d’un psychiatre et d'autres professionnels de la santé, l’homme avait, pendant la relation, une santé mentale fragile. En dépit de cela, Ariane et l’accusé se fiancent en 2020 et, en octobre de la même année, elle apprend sa première grossesse.
Deux mois plus tard, en décembre 2020, l’accusé fait une crise au cours de laquelle il pleure, se gratte au sang, crie, parle fort, émet des idées suicidaires et se montre très en colère lors d’une partie de jeu vidéo. Il a notamment frappé très fort sur le clavier au cours de cet épisode de colère.
En janvier 2021, l’accusé fait un trou dans un mur lors d’une autre colère. En décembre de la même année, la victime apprend que sa famille s’agrandira et qu’elle attend son second enfant. Cette deuxième grossesse se déroule moins bien que la première et force Ariane à être au repos à leur domicile pendant plusieurs mois.
Durant cette période, l’accusé brise une barrière qui prend place dans la cage d’escalier de la maison.
En avril 2023, au cours d’une dispute, l’accusé agrippe violemment les poignets de la victime, commettant ainsi des voies de fait à son endroit, accusation à laquelle il reconnaîtra sa culpabilité. À la suite de cet incident, il obtient de l’aide de Via L’Anse en plus de témoigner des idées suicidaires.
En août 2024, à la suite des inondations importantes du 9 août, alors que la résidence du couple avait subi d’importants dommages, il menace d’y mettre le feu à deux reprises, soit une première fois devant un proche et la seconde au téléphone devant sa conjointe.
En septembre 2024, il exprime la volonté de se jeter d’une voiture en mouvement qui circule sur une autoroute de la région, ce qu’il ne fera pas, et qui le poussera à se faire soigner à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas.
Pendant ces divers épisodes, la victime a craint pour sa sécurité et celle de ses enfants. C’est en novembre 2024 qu’elle porte plainte contre son ex-conjoint pour les faits cités plus haut.
Le lundi 15 juin, Jonathan Villeneuve a plaidé coupable à des accusations de voies de fait, de harcèlement criminel et de menaces. Un arrêt conditionnel des procédures a été prononcé pour le quatrième chef d’accusation. L’accusé n’avait pas d’antécédents judiciaires avant d’enregistrer ce plaidoyer.
Avant de voir le juge le déclarer coupable, Jonathan Villeneuve a pu entendre une lettre rédigée par la victime dans laquelle elle aborde les conséquences des gestes de l’accusé dans sa vie, mais aussi dans celle de leurs enfants. « Je vivais dans la peur constante de ses réactions et même aujourd’hui, c’est encore le cas, malgré la présence de caméras à mon domicile et dans ma voiture. Ça a affecté ma confiance envers les autres, en plus de générer en moi un stress constant et des cauchemars récurrents. Par chance, je suis épaulée par un conjoint à l’écoute, patient et compréhensif», écrivait-elle dans un témoignage qualifié de bien senti et clair par le juge.
De son côté, l’accusé avait rédigé deux lettres pour le tribunal. Dans la première, il s’adressait à la victime. « Je suis profondément désolée des répercussions causées par ma dépression et mon trouble anxieux généralisé sur toi. Ça explique les choses, mais ne les excuse pas. Je suis désolé de ne pas avoir tenté de chercher plus de solutions et de ne pas l’avoir fait. Je suis désolé de ne pas avoir été le père et le partenaire que tu méritais. Tu en as payé le prix. J’aurai toujours un respect immense pour toi qui m'as soutenue et m'as démontré de la bienveillance pendant toute notre relation. Je te souhaite d’être heureuse pour que nos enfants le soient aussi.»
Dans une seconde lettre, l’accusé a détaillé, pour le bénéfice du Tribunal les démarches entreprises depuis sa rupture pour se reprendre en main. Il fait notamment état de ses rencontres avec Marie-Josée Duplessis pour soigner son anxiété, en plus de ses rencontres avec un médecin de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas qui se poursuivent à ce jour.
L’accusé est aussi en attente pour entamer une psychothérapie depuis septembre 2024. Il a aussi suivi des ateliers variés offerts par Le Versant, Le Tournant et Via L’Anse.
« Le plus dur pour moi, a été la perte de ma vie familiale du jour au lendemain, ce qui a entraîné une perte de mes repères. Je sais que mes proches, dont mes parent ont aussi beaucoup souffert de mes actes, notamment à cause de la rupture soudaine de liens avec leurs petits-enfants », a résumé l’accusé dans la lettre lue par son avocate Me Gabrielle Lauzon.
Le juge a reconnu que les lettres de M. Villeneuve étaient claires et exprimaient des efforts et de l’engagement de l’homme à aller mieux. Quelle peine alors lui imposer?
Le juge St-Arnaud a entériné la suggestion des deux parties, soit celle d’une peine de neuf mois de sursis, à purger à domicile. Pendant les six premiers mois, l’accusé devra se trouver à domicile en tout temps, sauf exception liée au travail ou à des rendez-vous médicaux. Il pourrait s’absenter quatre heures le samedi de 13 h à 17 h pour faire des commissions. Pour les trois mois restants, il devra être à domicile de 22 h à 6 h, en plus de respecter une gamme de conditions et d’être en période de probation pendant trois ans suivant cette peine à domicile.
Parmi les conditions à respecter, il ne pourra utiliser Internet plus de 15 minutes par jour, en plus de ne pouvoir contacter la victime, sauf en cas d’entente concernant leurs enfants. Il devra continuer ses rencontres avec un psychiatre et prendre la médication appropriée, en plus de devoir faire un don de 500 $ à un organisme venant en aide aux femmes victimes de violence conjugale.
Il lui sera aussi interdit de posséder une arme ou une substance explosive pour une période de dix ans et une arme prohibée à perpétuité. « L’accusé pourra maintenir son lien d’emploi pendant la peine, mais il devra revenir à la maison directement après le travail », a spécifié le juge.
