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Permis de travail

Des agriculteurs qui ne peuvent plus attendre 

durée 08h00
22 novembre 2021
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Benjamin Richer
Par Benjamin Richer, Journaliste

Même si la saison estivale est terminée, les activités des producteurs agricoles ne s'arrêtent pas là. Cependant, plusieurs font présentement le pied de grue devant l’émission des permis pour leurs travailleurs étrangers temporaires.

Marc-André Isabelle, de la Ferme Isabelle à Coteau-du-Lac, attend toujours les deux travailleurs guatémaltèques pour sa production laitière de cet hiver. Leur arrivée était prévue pour le 1er novembre. « En ce moment, j’espère qu’ils vont être là à la mi-décembre », déplore-t-il.

Tout comme M. Isabelle, plusieurs agriculteurs sont dans l’impasse au Québec. Les travailleurs mexicains encore présents sont dans l’obligation de partir le 15 décembre, compliquant ainsi les opérations si aucun autre permis n’est émis.

Le gros de la charge de travail risque ainsi de retomber sur les épaules de la famille Isabelle. « On est déjà fatigué de notre saison, mais là, il va falloir continuer pendant le temps des fêtes ou jusqu’à ce qu’ils arrivent », ajoute-t-il.

Pour d’autres producteurs, qui attendent parfois plus d’une centaine de travailleurs, le défi sera insurmontable. 

« Ils sont très stressés, expriment beaucoup d’inquiétudes, leur santé mentale est atteinte. Je n’ose pas dire le mot détresse, mais j’en ai vu pleurer devant moi », indique Claude DeBellefeuille, députée de Salaberry-Suroît. Elle témoigne avoir reçu des appels de détresse de producteurs dans les dernières semaines à son bureau de comté.

Des délais inacceptables

Les demandes de permis pour les deux travailleurs à la Ferme Isabelle ont été faites au début du mois de juillet. « On a reçu l’accusé de réception de Services Canada le 16 septembre », indique Marc-André, et depuis, aucune nouvelle.

Les délais de traitement, qui étaient déjà longs avant la pandémie, se sont exacerbés, notamment en raison de problèmes informatiques. Plus de 1000 dossiers étaient en attente en octobre, confirme la députée de Salaberry-Suroît. Le temps d’attente peut prendre de huit à neuf mois pour avoir une réponse. 

« Ça suscite de la colère et de l’incompréhension parce que les délais ne sont plus raisonnables [...] J’ai l’impression qu’on est dans un pays du tiers monde. On est dans un pays du G7, ça n’a pas de sens qu’on ne soit pas capable de traiter les dossiers plus rapidement », critique-t-elle. 

Bien que Services Canada ait accéléré sa cadence, passant de 30 à 150 dossiers traités par semaine, les ressources humaines disponibles ne parviennent pas à prioriser les demandes les plus pressantes selon Mme DeBellefeuille. 

Toutefois, pour elle, le nerf de la guerre se situe dans la coordination entre Services Canada et le ministère de l’Immigration, qui n’est pas efficace actuellement. 

La députée de Salaberry-Suroît est d’avis que la responsabilité devrait revenir sous la juridiction de Québec afin d’éliminer un palier de gouvernement, surtout que Québec a déjà son mot à dire dans l’arrivée de ces travailleurs. 

Dans le cas échéant, Ottawa devrait au moins fournir des permis de travail renouvelables aux trois ans. Actuellement, les producteurs doivent repasser à travers tout le processus administratif chaque année pour chacun des travailleurs étrangers. « Ça fait depuis 2015 qu’on fait des fraises et il y en a que ça va être leur septième année l’été prochain », soutient Marc-André Isabelle. 

Un dossier urgent

Avec la rentrée parlementaire à Ottawa ce lundi, il s’agit d’un sujet qui sera vivement discuté à la Chambre des communes. « On va mettre ce dossier-là de l’avant parce qu’il y a des productions qui sont menacées au moment où on se parle », rappelle Mme DeBellefeuille. 

Les porte-parole en la matière ont déjà enclenché des discussions avec les ministères impliqués selon la députée. 

Néanmoins, pour l’instant, c’est une partie de la chaîne d’approvisionnement qui se trouve fragilisée. Certains doivent semer à ce temps de l’année comme les horticulteurs et les producteurs de transplants et le manque de prévisibilité engendre beaucoup de stress. 

« Est-ce qu’un maraîcher va dépenser des milliers de dollars en semence en sachant qu’il n’y aura personne pour les planter et peut-être personne pour les récolter? », se questionne Claude DeBellefeuille. 

De son côté, Marc-André Isabelle, qui attend 14 travailleurs étrangers temporaires pour le printemps prochain, craint que ceux-ci n’arrivent également pas à temps pour les récoltes.

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