Mobilisation contre le projet Alto
Une quarantaine d'agriculteurs d'ici se sont rendus à Ottawa

Par Maxim Ouellet, Journaliste, initiative de journalisme local
Le mercredi 10 juin, une manifestation organisée par l'Union des producteurs agricoles (UPA) a réuni des milliers d'agriculteurs de partout au Québec devant la Chambre des communes à Ottawa pour contester le projet de train à grande vitesse (TGV). Parmi eux, on retrouve de nombreux producteurs de Pointe-Fortune et de Rigaud, directement touchés par le développement d'Alto, mais aussi des agriculteurs d'ailleurs dans la région venus en support à leurs collègues.
C'est donc un peu plus de 40 personnes venues des quatre coins de la région qui se sont rassemblées ce matin au Super C de Rigaud avant de quitter pour la capitale du pays.
Questionnée sur la portée de la démarche, la vice-présidente du syndicat local de l'UPA, Rachel Sauvé, a dit vouloir accumuler du soutien : « On veut appuyer nos producteurs, puis en même temps aussi appuyer l'ensemble des producteurs du Québec qui sont touchés par ce projet-là. On n'entendait pas tant parler [de la résistance face au TGV]. Je suis contente qu'on en parle plus. »
Récemment le chef du parti québécois, Paul St-Pierre-Plamondon, s'est placé contre le projet mis de l'avant par Alto, estimant entre autres que l'argent doit rester dans la province. Sans nécessairement être partisane, Mme Sauvé y voit un support supplémentaire.
« Ça va peut-être aller nous rechercher des soutiens supplémentaires aussi, d'avoir l'appui d'un parti comme ça », exprime l'agricultrice de Saint-Zotique.
La petite taille du groupe représentant Vaudreuil-Soulanges, et les gens potentiellement touchés de Rigaud et de Pointe-Fortune, ne l'empêchera pas de se faire entendre selon Mme Sauvé. Selon elle, « c'est pour ça que c'est important de se rassembler. Notre secteur est peut-être moins affecté que Mirabelle, mais c'est des familles, des entreprises et des vies qui sont touchées. Il faut les soutenir et en collectivité, on peut faire des grandes choses. »
Étudier tous les avenus possibles
Le président de la fédération de l'UPA Montérégie, Jérémie Letellier, reconnaît que le projet Alto avance vite, peut-être même trop rapidement pour les gens des petites villes qui peinent à suivre chaque nouveau développement.
« On pense qu'il y a des alternatives qui n'ont pas été évaluées aussi. Quand on regarde les impacts du projet Alto tel qu'il est présenté actuellement, les coûts sont faramineux. L'impact, notamment sur les producteurs agricoles, mais sur le reste de la communauté aussi, est énorme », souligne M. Letellier.
Il évoque la possibilité d'un train à grande fréquence qui ferait essentiellement le même travail en un peu plus de temps, bien sûr. Le positif ? Ce projet « aurait un impact beaucoup moins grand. [...] Tout de suite, on voit que ça a été carrément balayé en faveur du TGV », signale-t-il.
Les élues doivent en faire plus, estime la communauté.
Toujours selon Rachel Sauvé, le Parti libéral du Canada doit en faire davantage pour informer clairement la population. La vice-présidente du syndicat de l'UPA Vaudreuil-Soulanges se désole que Peter Schiefke manque de temps pour rencontrer les agriculteurs concernés par le potentiel tracé du TGV.
« C'est pas acceptable. Son mandat, c'est de répondre aux inquiétudes et aux questions des citoyens », réitère le syndicat.
Le bureau de M. Shiefke a assuré continuer de suivre de près le dossier afin que les réalités et les préoccupations de la région soient pleinement prises en considération. Tamara Salembier, directrice des communications du député, rappelle qu’Alto a « mené des consultations publiques afin d’être attentif aux préoccupations exprimées par les communautés rurales et le milieu agricole » et rendu public un document de synthèse intitulé « Engagement d’Alto envers les communautés rurales ».
M. Shiefke et son équipe ont également « rencontré la MRC de Vaudreuil-Soulanges ainsi que les municipalités potentiellement touchées afin qu’elles puissent faire valoir leurs préoccupations et qu’un effort concerté et collaboratif supplémentaire soit mis en place pour minimiser les impacts sur nos communautés et nos terres agricoles. »
Quelques agriculteurs rencontrés par Néomédia mercredi se sont dits inquiets de constater que leurs concitoyens ne sont pas vraiment intrigués par la situation. En séance du conseil de Rigaud, mardi soir, peu de questions ont porté sur le projet d'Alto. Les élus municipaux ont adopté une résolution demandant une consultation publique dans la région, mais « aucun délai n'a été mis en place, on ne fait pas assez pression », critique une citoyenne et agricultrice du coin.
« Déjà qu’on a pas bcp de fermes laitières dans la région, on peut pas en perdre plus », illustre un jeune travailleur agricole de Coteau-du-Lac.
