Discussion sociétale récurrente sur les services de garde au Québec
Garderies privées: lettre ouverte du RGPQ
M. Mario Ranallo, président du Rassemblement des garderies privées du Québec (RGPQ), a officiellement publié une lettre ouverte en lien avec une récente étude elle-même publiée par l'Université de Sherbrooke, datant du 21 octobre dernier, intitulée Examen de l'arrimage entre besoins des enfants et offre de services de garde éducatifs au Québec. La lettre a été rédigée dans un contexte de discussion sociétale récurrente sur les services de garde au Québec.
À moyens égaux, les garderies privées feraient mieux encore
Par M. Mario Ranallo, président du Rassemblement des garderies privées du Québec (RGPQ)

Le cahier de recherche tout juste dévoilé par la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques relance à bon droit le débat sur l’accès à une place et l’équité de la qualité éducative offerte aux familles. C’est utile. Mais pour nous, il confirme surtout un fait que l’on perd de vue : les CPE coûtent plus cher à financer. Et le moment de son dévoilement ayant contribué à orienter la lecture des résultats, il a laissé dans l’ombre l’angle décisif pour notre quotidien : le déséquilibre de financement qui pèse sur les garderies privées.
L’exemple est sans équivoque : pour une installation de 60 places, le cahier de recherche chiffre l’écart de coût des services à 218 180 $ (page 20) de plus par année pour un CPE locataire que pour une garderie subventionnée, mais seulement 31 % de cette somme sont investis en services directs pour les enfants. L’étude confirme par ailleurs ne pas tenir compte d’autres éléments dont la subvention du programme de financement des Immobilisations (PFI)
ni de l’exonération de taxes municipales des CPE. C’est donc dire que l’écart de coût est encore plus grand. Dans la vraie vie d’un milieu de garde — stabiliser l’équipe, remplacer à temps, planifier la pédagogie, accompagner des besoins particuliers, entretenir les lieux — un tel écart force des choix que personne ne souhaite. On place des gestionnaires dévoués dans
une situation impossible : tenir les mêmes exigences avec moins de moyens.
Or, des données internes du ministère de la Famille, partagées seulement avec le milieu, ajoutent une nuance essentielle : à l’échelle du réseau, les résultats à l’évaluation de la qualité, par type de service de garde, sont proches. On le voit lorsqu’on considère en continu la relation entre l’éducatrice et l’enfant, la manière d’organiser et de planifier la pédagogie, la qualité des lieux, la collaboration avec les parents, etc. Les données de la Vérificatrice générale le montraient aussi : les constats sur l’évolution de la qualité concernaient l’ensemble du réseau, pas un seul type de milieu. Autrement dit, les garderies privées ne sont pas en retrait systématique; avec moins de moyens, elles se tiennent près des CPE. À ressources égales, elles feraient mieux encore, pour les enfants et leurs familles.
Reste le cœur du problème : l’iniquité de financement. Nous exigeons tous la même qualité pour nos enfants, il faut donc donner des moyens comparables à tous les milieux. Cela passe par un financement équivalent pour les locaux. Cela passe aussi par de vrais outils d’investissements et par une fiscalité neutre qui cesse de pénaliser des milieux qui offrent un service public. Cela peut inclure aussi d’autoriser de la formation continue dans les milieux. Ces gestes corrigeraient l’écart de conditions, sans opposer CPE et garderies privées.
Rappelons-le : pour une installation de 60 places, l’écart de coût des services, mesuré par le cahier de recherche est de 218 180 $. Atteindre le même niveau de qualité sans corriger un tel écart, c’est demander l’impossible. Le réseau québécois est mixte : reconnaissons sa complémentarité et soutenons chaque milieu afin que chaque enfant reçoive le même niveau de service, quel que soit le milieu qu’il fréquente. À moyens égaux, les garderies privées livreront mieux encore — et ce sont les enfants qui y gagneront.

