Il est président du Club de l'Âge d'or des Cèdres
Des quartiers dédiés aux aînés, une vision portée par Harold Martin
À la tête du Club de l’Âge d’or des Cèdres depuis les dernières années, Harold Martin, milite pour que les aînés de sa localité, mais aussi du reste du Québec, aient plus d’endroits pour socialiser. Il aimerait que les municipalités de la région, et de la province, développent des quartiers de semi-détachés destinés à une clientèle ainée.
Pour mieux comprendre sa vision, Néomédia est allé à sa rencontre ce jeudi 27 novembre en matinée. « Pour la société actuelle, un ainé est quelqu’un qui requiert des soins à domicile ou qui doit être pris en charge par le système de santé et qui coûte des sous aux contribuables. Ailleurs dans le monde, les aînés sont considérés comme une richesse ou une personne sage de qui on doit prendre soin et s’occuper. Un de mes amis utilise une expression que j’aime bien pour parler de notre génération: les jeunes vieux. Jeunes, car nous sommes encore actifs et vieux à cause de notre âge (rires) », lance-t-il d’entrée de jeu.
Pour l’homme de 76 ans, le plus gros enjeu qui touche les gens de son âge est l’isolement. « Quand tu travailles, tu as une vie active. Tu as des amis, des collègues de travail et ta conjointe à qui tu peux te confier. En vieillissant, tu ne travailles plus donc tu perds ton cercle de proches. Parfois, tu perds ta femme et tes enfants s’éloignent ou ne viennent plus de te voir autant qu’avant. Bref, tu t’isoles sans le vouloir en voyant moins de gens ou en étant forcé de le faire à cause d’ennuis de santé ou d’une autre contrainte. Tu n’as plus personne à qui te confier. C’est un peu à quoi servent les Clubs de l’Âge d’or, soit à permettre aux aînés de continuer de socialiser, de briser l’isolement et de recréer le climat social perdu au fil du temps. »
Pour M. Martin, un aîné sera plus enclin à se confier s’il dispose d’un bon cercle social autour de lui. « C’est pourquoi je prône la mise en place de quartiers dédiés aux aînés avec une place commune au centre où ils pourraient jardiner ou jouer à des jeux comme la pétanque ou autre. Chaque aîné aurait son chez-soi et serait autonome, mais ils pourraient socialiser et s’entraider entre eux. Un médecin ou une infirmière pourrait s’y rendre une fois par semaine pour prodiguer des soins à ceux qui en ont besoin. En Europe, ce concept est assez répandu.»
Un lieu de rassemblement permanent
M. Martin pousse plus loin sa réflexion. « La Municipalité des Cèdres est associée à la démarche MADA, soit Municipalité amie des aînés, mais ce n’est qu’un titre à mon sens, puisqu’aucune initiative n’est mise en place pour encourager le vieillissement actif des aînés au sein de leur communauté. Si on avait un local permanent, j’aimerais mettre en place un milieu de vie dédié aux aînés où les gens pourraient venir y prendre un café et jouer aux cartes ou à des jeux de société deux fois par semaine. L’été, on joue au shuffleboard, à la pétanque, au baseball poche ou à la pétanque sur tapis. Il faut soutenir la mise en place de milieux comme ça où les aînés pourraient échanger et se confier au besoin. Si quelqu’un subit de la maltraitance ou fait face à un enjeu de santé et qu’il vit seul, il ne peut pas en parler. C’est plus facile de passer au travers un ennui quand on est soutenu. On a une maison des jeunes, pourquoi pas une maison des aînés? Construisons de manière intelligente. »
Pour M. Martin, les maisons des aînés construites par la Coalition Avenir Québec aux quatre coins du Québec ne sont pas une solution. « Là-bas, on prend pour acquis que tous les aînés ont besoin de soins de santé, ce qui est loin d’être le cas. Certains ont besoin de maintenir leur cerveau actif. Il faut arrêter de penser ainsi et mettre en place un autre type de milieu de vie qui conviendrait mieux à une autre tranche de la population. »
M. Martin trouve aussi dommage qu’un aîné qui désire se départir de sa résidence doive se délocaliser pour intégrer un nouveau milieu de vie. « On a aucune résidence autonome ou semi-autonome qui peut l’accueillir ici dans la communauté où il a ses habitudes. C’est dommage. Un de mes amis a récemment perdu sa femme et il songe à déménager. Il va aller où ? Si un quartier comme celui que j’ai en tête existait, on ne se poserait pas la question. Sa maison deviendrait disponible pour une nouvelle famille et lui pourrait se retrouver dans un nouvel environnement, mais entouré de gens aux mêmes intérêts que lui. Il faut trouver des solutions en tant que société. Par exemple, peut-on accepter les minimaisons ou les maisons intergénérationnelles ? », affirme-t-il.
Un président impliqué pour ses membres
En tant que président du Club de l’Âge d’or, M. Martin est très impliqué pour assurer le bien-être de ses membres. « Avant de perdre notre lieu de rassemblement, qui subit une cure de rajeunissement, nous étions 180 membres. On organisait beaucoup d’activités et au moins une soirée par mois, ce qui rassemblait entre 130 et 140 personnes. Nos membres sont âgés entre 60 et 75 ans en moyenne», informe-t-il.
Parmi les activités proposées aux membres du Club, on peut nommer le baseball poche qui attire entre 30 et 40 joueurs, la pétanque et le shuffleboard qui en regroupent chacun une vingtaine. « On propose aussi des soirées dansantes, des cours de yoga, du pickleball et des cours de danse. Chaque activité attire une clientèle différente. Récemment, j’ai fait une demande au gouvernement fédéral afin de faire l’acquisition de tapis intérieur de pétanque, de shuffleboard et de curling dans le cadre du programme Nouveaux Horizons pour les aînés. J’espère que ce sera accepté.»
M. Martin va aussi continuer de faire des représentations auprès des élus pour obtenir un lieu de rassemblement permanent pour son Club. « Je veux vraiment concrétiser mon idée de lieu où on peut aller prendre un café et jaser entre nous ou jouer à des jeux. Si ça se concrétise, on ferait sûrement face à un autre défi de taille: le manque de bénévoles pour s’occuper des lieux. Les gens veulent que des activités se tiennent, mais ils ne veulent pas s’impliquer pour que ce soit possible. »
Enfin, il termine en identifiant un dernier irritant qu’il faudrait améliorer collectivement. « Le transport en commun est assez inexistant aux Cèdres et dans les environs et quand il y en a un en place, les horaires sont peu accommodants. Pourtant, ce sera à réfléchir avec une population de plus en plus vieillissante et qui fera face, un jour, à une incapacité de se déplacer par ses propres moyens», conclut-il.

