Élections provinciales
Redécoupage électoral: « il n'y a pas de système parfait »
Par Christopher Chartier-Jacques, Directeur régional des contenus
Le redécoupage électoral tel que stipulé par la Commission de la représentation électorale sème l'émoi auprès des acteurs politiques locaux. Or, selon le professeur Fodé-Moussa Keïta, la justification de la Commission tombe sous le sens en raison des paramètres en vigueur. Sans changements radicaux dans les prochaines années, d'autres changements du même type sont à prévoir.
Rappelons les faits. Dans sa volonté d'établir une équité en termes de nombre d'électeurs par circonscription et en raison de la forte croissance démographique régionale, la Commission déplace la Ville de Coteau-du-Lac dans la circonscription de Beauharnois (la même que Salaberry-de-Valleyfield). En même temps, la Ville de Vaudreuil-Dorion se trouve divisée entre les circonscriptions de Vaudreuil et de Soulanges.
Ce nouvel état de fait, selon le professeur, s'explique par deux grandes raisons. La première est le mandat donné à la Commission de garantir une équité pour le poids électoral de chaque électeur au Québec. Ainsi, elle vise à regrouper dans chaque circonscription un nombre similaire de résidents. « La hausse des populations dans Vaudreuil et Soulanges force en quelque sorte les commissaires à revoir les secteurs électoraux. Ça demeure une solution temporaire puisqu'en envoyant Coteau-du-Lac dans Beauharnois, on augmente de beaucoup le nombre d'électeurs dans cette circonscription. On la fait se rapprocher artificiellement de la limite d'électeurs établie par la Commission », explique celui qui enseigne au cégep de Valleyfield.
Ainsi, un nouvel exercice de recalibrage sera vraisemblablement nécessaire dans quelques années pour remédier à ce futur enjeu.
La deuxième grande raison tient à la teneur des arguments présentés par les instances régionales pour s'opposer au redécoupage. « J'ai lu avec attention le mémoire préparé par la MRC de Vaudreuil-Soulanges adressé à la Commission. Force est d'admettre qu'aucun des arguments n'a été en mesure de la convaincre. Jusqu'en 2001, Vaudreuil et Soulanges étaient une seule circonscription, rappelle le spécialiste. Quand la Commission avait proposé de les scinder, la MRC avait aussi envoyé un mémoire. C'est un point intéressant puisque les mêmes grandes lignes reviennent fréquemment et elles n'ont jamais été jugées assez contraignantes pour modifier l'intention originale. »

Le professeur Fodé-Moussa Keïta. Courtoisie
Mettre les choses en perspective
Bien qu'il comprenne les justifications derrière l'opposition locale aux modifications, le professeur Keïta offre une perspective.
Il explique : « Les gens de la Gaspésie aussi montent aux barricades mais pour une toute autre raison. La nouvelle formule leur fait perdre une circonscription. Par exemple, le député de cette nouvelle circonscription aura un territoire énorme à couvrir. Ici c'est un peu le contraire, la MRC et la Ville de Vaudreuil-Dorion devront échanger avec plus d'un député. »
Un système imparfait, mais...
L'État québécois aurait-il d'autres options pour garantir l'équité entre les électeurs. Le professeur Keïta répond par la positive. Or, soutient-il, aucun système n'est parfait.
Par exemple, on pourrait simplement augmenter le nombre de députés au Québec. « D'un côté, ça vient avec des coûts mais ça demeure aussi très temporaire. On va inévitablement se retrouver avec des circonscriptions qui deviennent plus populeuses que d'autres et on devra procéder à un redécoupage », signale-t-il.
La proportionnelle? La réponse du professeur: « Il existe plusieurs nuances de proportionnelles. Le bon côté de ce modèle c'est qu'il donne une voix aux petits partis. En contrepartie, puisque les secteurs urbains sont plus denses, ça diminue la représentation des région. »
Le système actuel, rappelons-le, est basé sur le parlementarisme britannique. « C'est un modèle qui a été mis en place pour une tradition de deux seuls partis. Il est performant dans ces paramètres, opine monsieur Keïta. Il est moins bien fait pour représenter les plus petits partis. Il assure cependant une représentation équitable partout sur le territoire. »
Pour paraphraser l'illustre Winston Churchill, nous devons composer avec le système « le moins pire ». Dans celui-ci, des redécoupages, avec leurs mécontentements, sont à prévoir.
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