Des circonstances uniques
André Larivée: être brigadier sur une autoroute
Par Christopher Chartier-Jacques, Directeur régional des contenus
Le boulevard Harwood représente une sorte d'aberration à travers le Canada. Il s'agit du seul tronçon de l'autoroute 20 (qui est l'autoroute Transcanadienne partout à part dans la région de Montréal) avec une configuration de boulevard urbain. André Larivée détient donc le titre du seul brigadier du Canada à faire traverser des écoliers sur une autoroute.
« J'ai bien l'impression que je suis le seul dans cette situation en effet », explique le sympathique homme. Cette impression est notamment partagée par John Boudreau, chef de la division prévention à la Ville de Vaudreuil-Dorion.
Tous les matins depuis quatre ans, le brigadier guide une douzaine d'enfants à l'intersection de la rue Saint-Jean-Baptiste et du boulevard Harwood. Il doit non seulement composer avec une circulation qui s'alourdit annuellement, mais aussi avec la présence de camions lourds. « On voit la différence quand il y a des fermetures ailleurs sur le réseau routier. Par exemple, s'il y a un problème sur l'autoroute 40, le trafic devient plus dense sur Harwood. Les gens deviennent plus impatients et ils adoptent des comportements moins sécuritaires », explique-t-il.
Il est aussi victime de certains de ces comportements, parfois disgracieux. Klaxons, doigts d'honneur, insultes; le brigadier a tout vu dans les dernières années. « Il est arrivé à quelques reprises que des voitures passent très très près de moi, signale monsieur Larivée. Je constate aussi que ce sont plus souvent les camionneurs qui ont des comportements dégradants. »
Son patron John Boudreau y voit une tendance lourde: « On le voit un peu partout. Les pompiers de la Ville le signalent aussi. Les gens sont impatients. Tout le monde est tellement pressé et on vient à adopter des comportements dangereux. » Il souhaite sensibiliser les usagers de la route au rôle que jouent les brigadiers sur le réseau routier. « Ils veulent seulement assurer la sécurité des enfants. Je pense que c'est important que tout le monde contribue », résume monsieur Boudreau qui est bien au fait des problématiques vécues par es brigadiers.
Pour renforcer son point, il affirme que pendant les vacances d'André Larivée, sa remplaçante a presque été victime d'une collision. « Elle a dû appeler la police », poursuit le préventionniste.
La police, la solution?
Avec un sourire, le sympathique brigadier signale que les automobilistes ont des comportements beaucoup plus sécuritaires quand il y a une présence policière à un coin de rue. « Je devrais peut-être changer d'uniforme », s'amuse-t-il.
Il n'en demeure pas moins qu'il est conscient que cette solution est utopique. Il serait impossible pour la Sûreté du Québec de couvrir tous les passages.
C'est pour cette raison qu'il préfère lancer un appel au calme aux automobilistes. « En bout de ligne, ne pas respecter le Code de la route et adopter des comportements sécuritaires n'aident pas personne. Mon travail, c'est de m'assurer que les enfants sous ma responsabilité se rendent à l'école en toute sécurité. Je veux juste que les gens comprennent ça », conclut André Larivée.
