Journée internationale des droits des femmes
Portrait de femmes: Thalie Fournier, 24 ans, athlète de BMX
Dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes, Néomédia a rencontré des femmes marquantes de la communauté. À 24 ans, Thalie Fournier, citoyenne des Cèdres, peut se comparer à Obélix, célèbre personnage bien connu de la série Astérix.
Non pas à cause de sa carrure physique, mais parce qu’à l’instar du costaud gaulois, tombé dans la potion magique dans sa jeunesse, elle s’est initiée au BMX dans son enfance. D’ailleurs, à 12 ans, en 2014, elle prenait part à ses premiers Jeux du Québec qui se tenaient à Longueuil.
« Je me suis intéressée à cette discipline lorsque la piste de BMX a été construite à Coteau-du-Lac. À l'époque, ma mère s'est fait approcher par Gérard, un des fondateurs du Club de BMX de Vaudreuil-Soulanges, pour qu'elle soit bénévole dans le club qui était en voie de formation. Elle a alors demandé à mon frère s"il voulait s'inscrire pour remplacer le football et il a accepté. Je me suis dit : ce n’est pas vrai qu’il va avoir un nouveau vélo et pas moi, alors j’ai dit que j’étais aussi intéressée (rires). J’ai donc commencé dans le récréatif, mais je n’ai pas tout de suite eu le coup de foudre pour ce sport », raconte la jeune femme attablée dans la cuisine de la maison familiale.
Au terme de cette première saison, on l’informe de la possibilité, pour elle, de participer aux Jeux du Québec. « J’étais une des seules filles du Club à ce moment-là. Je coursais toujours avec des gars. J’ai décidé de me lancer dans l’aventure du compétitif et je n’ai jamais regardé en arrière depuis ce temps-là. Je me rappelle m’être dit que le BMX était cool et c’est la première fois que je me mesurais à d’autres filles sur la piste. J’aime ça parce que c’est un peu casse-cou et ça sort de l’ordinaire. Avant son introduction aux Jeux olympiques en 2008, ce sport était moins populaire.»
Par la suite, elle s’est aussi investie comme entraîneuse auprès de jeunes filles qui pratiquaient le BMX. « C’était l’année qui suivait les Jeux du Québec. Je trouve ça important de m’impliquer auprès d’elles et de leur transmettre mes états d'âme. Par exemple, en BMX, le centre de gravité n’est pas le même pour les gars que pour les filles. Certains sauts ou mouvements sont plus difficiles à maîtriser pour nous à cause de ça. Ce n’est pas une excuse, mais c’est bien de se le faire expliquer.»
Puis en 2018, Thalie saisit l’opportunité devant elle, soit celle de se joindre à Équipe Québec. « Bien que ça m'ait permis de grandir en tant que personne, c’est une expérience qui a été difficile. L’entraîneur nous poussait beaucoup à faire des sauts et on avait pas mal de pression liée à notre performance. Je voulais tellement répondre aux attentes que je n’avais plus de temps pour moi. Je me suis mise à détester le BMX. Je me suis beaucoup remise en question pendant cette période-là. C’était difficile. J’allais au Cégep et je ne savais plus où étaient mes priorités. J’ai décidé de quitter Équipe Québec et ça a été la bonne décision à prendre dans les circonstances. Depuis, je continue à faire du BMX, mais pour moi, pour le plaisir et avec des objectifs que je me suis fixés. Tout au long de mon parcours, j’ai pu compter sur le soutien de Julien, mon entraîneur du Club de BMX de Vaudreuil-Soulanges qui a toujours été là pour moi. »
Depuis ses débuts sur son vélo, Thalie a su faire sa place. Elle a terminé au premier rang au Championnat canadien en 2024 et 2025 et première au Championnat québécois en 2023 et 2025. Cet été, elle s’envolera pour l’Australie pour prendre part aux Championnat du monde qui s’y tiendront en juillet. Elle sera accompagnée de Justin Lafleur et de Noah Rema, deux collègues du Club de BMX de Vaudreuil-Soulanges.
« J’ai comme objectif de faire une finale, n’importe laquelle. Si je me rends en huitième de finale, en quart ou en demi-finale, je serai bien heureuse. Je ne les ai jamais atteints jusqu’à présent. J’espère que ce sera le cas cette année. »
Maintenant âgée de 24 ans, Thalie devra changer de catégories dès son prochain anniversaire. « Je serai parmi les 25 ans et plus, qui englobe des femmes de tous les âges. Par exemple, j’ai déjà vu une Australienne de 70 ans concourir. C’est intéressant. Je veux continuer le plus longtemps possible. Je vise une participation aux Championnats du monde qui se tiendront en 2027 en France.»
À long terme, elle aimerait prendre part aux championnats du monde qui se tiendront en Belgique, pays d’où est originaire son amoureux. « Sinon, je veux une famille éventuellement. Je ne veux pas nécessairement faire de la compétition, mais c'est sûr que je veux être sur un vélo jusqu’à 50 ans. Je me vois impliquée dans le Club de BMX de Vaudreuil-Soulanges. L’organisation m’a tellement donné, maintenant c’est à mon tour de lui redonner. »
Fière de prendre sa place dans un sport dominé par les hommes
Depuis ses premiers pas dans le BMX, Thalie a souvent dû descendre les pistes aux côtés de collègues masculins, en raison de l’absence de filles dans ce sport. « J’étais inscrite aux Sports-Études et nous étions peu nombreuses à pratiquer ce sport. J’ai même parfois entendu des propos peu valorisants sur les filles, mais j’espère que mes performances prouvent qu’on peut bien travailler, performer et bien faire, du moins autant que les garçons. C’est important de prendre notre place.»
Très sensible à la question, Thalie en a même fait le sujet d’un de ses travaux au Cégep. « Je me suis intéressé aux droits des femmes dans le sport. En plus des conditions salariales, les femmes sont souvent soumises à plus de règles que les hommes dans la pratique de leur sport. Par exemple, elles doivent porter un habillement plus suggestif. Je voulais dénoncer ça et que les gens soient au courant. »
Parmi les femmes de son entourage qui l'inspirent, Thalie cite Amélie Poirier qui prépare ses programmes d’entraînement. « Avant je m'entraînais en haltérophilie durant l'hiver au Club d'haltérophilie des 3 Lacs, mais plus maintenant. C'est elle qui me fait mes programmes pour me préparer à une saison de BMX. C’est un bon modèle pour moi dans le sport. Elle est belle à voir. Elle conseille des gars qui lèvent plus que leur poids en plus de s’impliquer dans le programme Sports-Études de la Cité-des-Jeunes. Elle m’inspire.»
Pour la jeune femme, il reste encore du travail à faire dans l’industrie du sport pour celles qui décident d’y plonger. « On a beaucoup de statistiques qui démontrent qu’elles lâchent le sport, entre autres, parce que la conciliation travail, sports, études post-secondaire est difficile. Il faut leur donner les outils pour qu’elles n’aient pas à choisir entre s’entraîner moins pour travailler plus et payer sa participation aux prochaines compétitions ou travailler moins pour se concentrer sur son sport. Tout ça en essayant d'avoir les meilleures notes possibles à l'école. C’est des choses auxquelles elles ne devraient pas songer. Ça ne fait pas de sens.»
Malgré cette difficulté, Thalie a persévéré et complétera dans moins de huit semaines, un baccalauréat en nutrition à l’Université de Montréal. Par la suite, elle entamera une maîtrise dans l’optique de travailler avec des athlètes, et pourquoi pas, de se rendre aux Jeux olympiques en tant que nutritionniste.
D’ici là, son conseil aux jeunes femmes qui veulent se lancer dans le sport? « C’est possible d’avoir une carrière et de faire des études supérieures. Il suffit de le vouloir et d’être organisée », conclut-elle.

