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26 mars 2019 - 10:27

Du sirop d’érable au goût amer

Du sirop d’érable au goût amer

Dans mon esprit, le temps des sucres a une place toute spéciale. Début du printemps, des journées plus longues, de la bouette partout, etc. Il y a quelques années, ce caractère particulier s’est confirmé un peu plus. Douloureusement.

Le récit que vous lirez est issu d’un fait vécu. J’attends impatiemment l’appel d’un grand studio qui voudra s’en inspirant pour un film à grand déploiement. Voici.

Il y a quelques années, mon grand frère, qui a toujours des idées (pas toujours bonnes) me dit avoir trouvé “LA” cabane à sucre. Il me convainc donc d’apporter fiston dans l’obscure établissement. À mon grand bonheur, c’est sur la Rive-Nord… Il sait pourtant que je n’aime pas particulièrement faire de la route, surtout lorsque l’on trouve les meilleures cabanes à sucre dans Vaudreuil-Soulanges. C’est un premier irritant, mais je continue de faire confiance à mon frère qui me dit que la soupe aux pois en vaut la peine. Il me prend par les sentiments.

C’est en arrivant sur les lieux que je commence à me dire que ma loyauté envers mon aîné était peut-être mal avisée. En entrant dans le stationnement, se “tient” un espèce de vieux manège; un genre de petite montagne russe qui a la shakette comme ce n’est pas permis. De loin, j’entends des enfants crier et je me demande avec une certaine inquiétude si ce sont vraiment des effusions de joie…

Puis, un sympathique employé de l’endroit nous guide vers le stationnement: un genre de cratère de bouette à environ 20 minutes de marche du restaurant. Là, honnêtement, le fun a déjà pris ses clics et ses claques, il est embarqué dans sa voiture et il me fait des beaux beubyes.

Sur le chemin vers la cabane, nous croisons une jolie fermette. Qui ne rêve pas de marcher dans un sentier plein de bouette pour aller voir une mule et un canard blasés? Hein, qui? Je me souviendrai toujours de la petite cabane au bout du sentier. J’ouvre la porte dans l’espoir de voir des lapins, ou quelconques animaux charmants. Quelle ne fut pas ma surprise de tomber face à face avec un lama qui ne voulait vraiment pas me voir. Son visage n’a pas été sans me rappeler celui de mon père la fois où j’ai ouvert la porte des toilettes (pas verrouillée) pendant qu’il faisait un numéro 2. J’ai refermé la porte à peu près aussi vite dans les 2 cas.

Le ''festin''

Je suis quelqu’un de ponctuel et je déteste attendre, surtout quand j’ai faim. Qui peut me blâmer? Les gestionnaires de la cabane à sucre avaient toutefois décidé de s’inspirer du success story des cliniques médicales pour la prise de rendez-vous. Grosso modo, il s’agit de donner une réservation à environ 200 personnes à midi. Résultat: on a pris place à l’intérieur vers 14 h. Pour nous faire patienter, ces mêmes administrateurs ont installé un beau chapiteau où s’entassent tous les gens qui ont réservé pour midi. Une belle expérience à vivre avec une centaine d’enfants affamés qui courent partout. Avec leur approche client à toute épreuve, les stratèges ont aussi cru bon installer dans la file d’attente des arcades de Mortal Kombat et de Street Fighters. Comprenez-moi bien, dans un contexte j’aurais été fou comme un balai, pour ne pas dire autre chose. Or affamé, sans screening dans les poches et avec un trois ans qui me demande de jouer aux 30 secondes puis qui se gère aussi bien que la cabane à sucre, j’imagine que mon visage avait la même couleur que les écrans des arcades. 

De beaux souvenirs.

On entre. Enfin. J’ai faim. Trop faim. Tellement faim que je mange quelque chose que je ne mange jamais. Une belle oreille de crisse. Un beau morceau de lard séché et salé. Je la croque avec appétit. J’ai appris cette journée que cet aliment raffiné a des mécanismes de défense insoupçonnés. Malgré tous les documentaires que j’ai vus, je n’avais jamais entendu parler de ça.

Elle passe une de mes dents à trépas.

Pas n’importe laquelle, une molaire. La plus grosse dent chez les humains. Fendue en deux. Par une christie d’oreille crisse. RIP ma molaire inférieure du côté droit. Ma mère m’a toujours dit de me méfier des bonbons de types “casse-gueules”. Elle ne m’a jamais parlé des oreilles de crisse.

Ma bouche se remplit de sang, d’un goût amer (au figuré et au littéraire) et de quelques blasphèmes bien sentis. Dans ma famille, quand l’empathie est passée, nous avions à la même place que le fun un peu plus haut dans le texte. J’ai eu droit à une belle démonstration alors que mon frère s’étouffait de rire.

Avec tout le trouble que je me suis donné pour arriver au point où je pouvais enfin manger, il n’était pas question que je quitte sans avoir mangé la mautadine de soupe aux pois. J’ai donc passé à travers tous les services avec un goût quelque peu amer dans la bouche.

Encore aujourd’hui, quelques années plus tard, mon frère ne prend aucune responsabilité de ces fâcheux éléments. En vérité, je ne lui en tiens pas rigueur. Peut-être un brin, en fait. Je me dis simplement que j’aurais dû tenir mon point et aller dans une cabane à sucre dans Vaudreuil-Soulanges. Tout ça ne serait jamais arrivé. C’est d’ailleurs ce que je ferai cette année.

C’est un peu ça la sagesse.


Par Christopher C. Jacques

 

Découvrez les six cabanes à sucre de Vaudreuil-Soulanges


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