Mobilisation locale
Le communautaire à boutte: «un filet social maintenu à bout de bras»
Par Christopher Chartier-Jacques, Directeur régional des contenus
Le secteur communautaire de la Montérégie en a assez. 229 organismes locaux ont adopté des mandats de grève de service dans le sillon de la mobilisation Le communautaire à boutte. Les activités de dénonciation ont été lancées pendant un rassemblement somme toute festif.
La campagne se déroulera jusqu'au 2 avril afin de dénoncer les problèmes de financement et d'exiger de nouveaux investissements structurants. Dans Beauharnois-Salaberry, environ 65 % des organismes communautaires participent à la mobilisation avec des grèves de services.
Chantal Lizotte est porte-parole de la campagne régionale et directrice générale de l'organisme L'Antichambre 12-17. Pour elle, les problèmes vécus par le secteur communautaire sont structurels. « Le réseau public ne suffit plus. Les gens avec des besoins pressants sont dirigés vers les organismes communautaires qui sont déjà sollicités. En même temps, les cas sont toujours plus nombreux et plus urgents », explique l'intervenante.
Le communautaire devient ainsi l'exutoire d'un réseau surchargé. En contrepartie, clame-t-elle, les employés des organismes communautaires, surtout des femmes, offrent des services en étant sous-financés. Elles sont donc utilisées comme une ressources à faible coût.
Chantal Lizotte résume sa pensée: « Le filet social au Québec est maintenu à bout de bras. »
Des impacts humains
Pour différents intervenants du secteur communautaire rencontrés lors du lancement de la campagne le lundi 23 mars, le sous-financement des missions des organismes a des répercussions très réels sur les travailleuses et les travailleurs.
Toujours selon Chantal Lizotte, il n'est pas rare que des travailleuses, ayant vécu dans une certaine précarité tout le long de leur carrière, ne peuvent pas assurer leur sécurité financière au moment de leur retraite. « Ces personnes deviennent dépendantes des organismes qu'elles ont soutenu toutes leur vie », dénonce la porte-parole.
Benoit Plouffe, de l'organisme Dahlia, un groupe d'entraide pour les jeunes adultes, avait un témoignage hautement personnel. « L'équipe du Dahlia a travaillé sur un projet pendant deux ans environ pour obtenir des fonds pour organiser un programme d'insertion pour les jeunes de 18 à 25 ans. J'ai été embauché pour travailler là-dessus en août dernier. Le financement a été annulé brusquement tout récemment. Je perdrai mon emploi le 31 mars », explique l'homme dépité de ne pas pouvoir continuer à contribuer.
Destination Assemblée nationale
La campagne régionale s'inscrit dans une mobilisation à l'échelle du Québec avec plus 1600 mandats de grève enregistrés. Celle-ci culminera à l'Assemblée nationale le 2 avril pour demander aux parlementaires: des conditions de travail décentes pour les travailleuses et travailleurs du communautaire; un financement suffisant à la mission; une reconnaissance pleine et entière des organismes; la protection de l’autonomie et la fin du financement précaire; et un engagement clair à investir dans le modèle communautaire comme pilier stratégique.
