Le domaine est en partie géré par l'Opus Dei
Découvrir l'historique du Manoir de Beaujeu à Coteau-du-Lac

Par Maxim Ouellet, Journaliste, initiative de journalisme local
Niché en bordure du fleuve Saint-Laurent, le manoir de Beaujeu est probablement le plus vieux bâtiment encore debout à Coteau-du-Lac et même l'un des plus anciens de Vaudreuil-Soulanges. Construit en 1826, cet édifice jugé mystérieux par plusieurs résidents du secteur possède un historique digne de mention. Le dimanche 16 août, l'Opus Dei, une organisation proche de l'Église catholique qui gère les lieux, a organisé de rares portes ouvertes afin de permettre aux citoyens de la région de découvrir le site et surtout la maison.
Le reste des installations présentes sur le terrain, soit le centre de gestion hôtelière de Soulanges, n'était pas accessible au public. Il s'agissait d'abord et avant tout d'un événement visant à faire visiter le manoir et à retracer son histoire. La Fondation pour la culture et l'éducation (FCE), à qui appartient le domaine depuis 1964, amassait aussi des fonds qui serviront en partie à financer le projet d'agrandissement des infrastructures.
Dans les faits, on y organise des rassemblements, des séminaires réservés aux étudiants, des retraites catholiques et tout un éventail d'activités spirituelles dirigés par la prélature de l'Opus Dei. Si ce groupe religieux a récemment fait l'objet d'une enquête de Radio-Canada et que l'organisation a une réputation plus ou moins idéale, les gens sur place ne se cachent pas nécessairement de la vocation de l'endroit.
Un kiosque d'information a même été monté sur place pour répondre aux questions des curieux.
Au centre de gestion hôtelière, on forme le personnel s'occupant des tâches ménagères du Manoir, principalement des jeunes femmes. Selon un document qu'on a transmis à Néomédia, « La formation permet aux jeunes d'acquérir de nouvelles compétences et d'enrichir leur culture tout en approfondissant le sens des valeurs morales et des vertus chrétiennes. »
On explique vouloir créer des emplois pour les étudiantes du secondaire et du collégial de la région.
Retracer l'historique impressionnant du manoir
Avant d'être acquis par la FCE, le manoir a été habité par une foule de personnages influents témoignant de l'héritage colonial de Vaudreuil-Soulanges. Selon la société historique de Coteau-du-Lac, la demeure aurait été bâtie pour un certain Sir John Simpson (1788-1873), receveur des douanes, inspecteur des marchandises et des écluses du canal de Coteau-du-Lac, qu'on estime être les plus vieilles d'Amérique du Nord.
Le choix architectural est particulier parce qu'étant lui-même Anglais et représentant officiel de la couronne britannique, Simpson décide de s'inspirer des manoirs français du 18ᵉ siècle. Le tout révèle peut-être son désir de s'intégrer à la population locale.
D'ailleurs, il respectait et était très respecté des révolutionnaires de 1837. Malgré leur différence sur le plan politique, John Simpson aurait bien traité ses prisonniers et aurait même recommandé une amnistie pour nombre d'entre eux.
En 1831, le Britannique vend la maison à Jacques-Philippe Saveuse de Beaujeu. Le Manoir reste dans cette famille seigneuriale canadienne-française, issue de la petite noblesse, pendant plusieurs générations avant d'être revendu à d'autres, dont la Congrégation des Clercs de Saint-Viateur qui en est propriétaire pendant les années 60. De 1826 à aujourd'hui, une vingtaine de personnes et d'organisations différentes ont assuré le maintien du bâtiment.
La société historique indique également que le manoir de Beaujeu semble avoir servi de lieu de sociabilité pour certaines élites montréalaises. D'après quelques écrits, le mécène Jean C. Lallemand raconte avoir loué et habité l'endroit pendant environ dix ans afin d'y recevoir artistes et intellectuels.
