Problématique: des centaines de numéros de téléphone facilement accessibles
« Ça facilite le travail des arnaqueurs » – Jim Miron
Dans les dernières années au Québec, les fraudes téléphoniques visant des aînés vulnérables se sont multipliées pour atteindre des sommets jamais vus auparavant. Les fraudeurs peuvent compter sur l’appui de nouvelles technologies, mais aussi et surtout sur des coordonnées téléphoniques facilement accessibles en ligne.
Récemment, Jim Miron, président de la résidence Pointe-aux-Renards à Pincourt, a appris que n’importe qui pouvait faire une recherche sur les plateformes du Canada411 à partir d’une adresse et obtenir une liste des noms et des numéros de téléphone de toutes les personnes y résidant. Le tout, de manière totalement légale.
« Le gros problème, c’est que les aînés sont souvent la cible des arnaqueurs et tout ça facilite leur travail. Je ne vois pas pourquoi on a besoin d’avoir accès à [ces informations-là] », se questionne le président de la coopérative de solidarité du Bel Âge de Pincourt.
Dans ce contexte, monsieur Miron a demandé au fournisseur téléphonique de ne plus partager ces informations à Canada411, ce que Vidéotron a d'abord refusé, demandant 2 $ par mois pour chaque ligne qui allait devoir être bloquée.
« Après discussion, ils ont concédé que la charge n'était pas raisonnable et qu'ils nous donneraient un crédit du montant, mais chaque personne devait faire individuellement la demande… Pourquoi a-t-il fallu qu’on soulève le problème avant que quelqu’un remarque que ça n'a aucun sens ?», ajoute Jim Miron.
Il redoute que les gens les plus vulnérables puissent aisément se faire prendre par des arnaques au téléphone, maintenant que leurs informations sont disponibles sur internet.
D’autant plus que le cas de la résidence Pointe-aux-Renards n’est pas isolé, après avoir vérifié avec d’autres présidents, M. Miron s’est rendu compte que le problème était généralisé. Pour lui, il s’agit d’un risque pourtant évitable. « Je n’ai pas été en mesure d’en parler avec tout le monde, mais j’imagine que c’est partout pareil… Ça fera partie des questions qu’on va poser à notre prochain fournisseur », exprime M. Miron.
Accompagner les aînés à mieux reconnaître les fraudes
Plus tôt ce printemps, une personne âgée de sa résidence s’est fait prendre par une arnaque du genre. Heureusement, l’incident n’est pas allé très loin, puisqu’on lui a fait remarquer qu’il s'agissait d’une fraude assez vite pour que la dame évite le pire. « Si on ne l’avait pas attrapée au bon moment, elle n’aurait été qu’une victime de plus pour cet arnaqueur. [...] Ils sont “tellement convaincants au téléphone” que ce n’est pas facile de discerner le vrai du faux », remarque Jim Miron.
Chaque année, la Sûreté du Québec (SQ) fait le tour des résidences pour faire de la sensibilisation et parler des risques. Idem pour ce qui est du Carrefour Bienveillance 50+: des intervenants font des présentations et aident les aînés à repérer des signes d’arnaques. Certains de leurs ateliers se concentrent d’ailleurs sur les crimes de type fraude téléphonique.
Bien qu'il ait toujours été possible, d'une certaine manière, de retrouver un numéro de téléphone a l'aide d'une adresse, la situation rapporté par M. Miron témoigne d'un enjeu important pour la sécurité des personne vulnérable. Il a d'ailleurs contacté les élus fédéraux et provinciaux afin qu'une solution soit trouver. « Après tous les changements que les gouvernements font pour limiter l'accès à nos informations personnelles, il me semble incompréhensible que nous permettons à des compagnies de diffuser cette information si librement. »

