Déficit d’entretien et de développement des infrastructures en eau
Des milliers de nouveaux logements en péril dans la région
La plus récente note de l’Observatoire Grand Montréal révèle que la capacité d’accueil de 447 400 nouveaux logements sur le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), tel que le prévoit le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD) 2026-2046, est sérieusement remise en cause si des investissements importants dans le maintien et le développement des infrastructures en eau ne sont pas réalisés. La région de Vaudreuil-Soulanges n’est pas épargnée : près de 17 000 logements pourraient ne pas être construits dans les dix prochaines années.
Le PMAD 2026-2046 évalue que le Grand Montréal a la capacité d’accueillir 447 400 nouveaux logements et qu'il faudra en construire au moins 200 000 d'ici 2046 pour répondre aux besoins. Faute d’infrastructures d’eau suffisantes et de qualité, la construction de ces nouveaux logements ne pourra aller de l’avant.
La valeur des actifs en eau situés dans la région métropolitaine se chiffre à 101,9 milliards de dollars $, ce qui représente 52 % des actifs en eau du Québec. Dans le Grand Montréal, des actifs d’une valeur de 11,5 G$ sont à risque élevé ou très élevé de défaillance, soit 56 % du total du Québec.
En plus de l'enjeu du maintien des actifs, le Grand Montréal doit composer avec des réseaux qui atteignent de plus en plus leur capacité maximale. Ainsi, des investissements importants sont requis tant pour le renouvellement des actifs existants que pour l’augmentation des capacités nécessaires pour soutenir le développement de milliers de logements, essentiels dans le contexte d’une crise du logement qui perdure.
Le portrait de la situation dans Vaudreuil-Soulanges
Pour ce qui est du périmètre intégré d’aménagement et de transport (PIAT), des zones ciblées par la CMM pour une densification urbaine durable, la capacité d’accueil de notre territoire s'élève à 6 300 habitants. Si l’on regarde hors du PIAT, on parle d’environ 10 500 logements. L’enjeu, c’est que ces nouvelles constructions pourraient être mises sur la glace puisque l’approvisionnement en eau est limité, les infrastructures en eau étant ce qu'elles sont.
Selon les données de la CMM, les besoins en logements pour la période 2026-2046 sont évalués à 12 000 logements pour Vaudreuil-Soulanges.
Largement évoqué par les élus de la CMM lors des consultations sur le projet de PMAD révisé, en 2024, cet enjeu est particulièrement criant dans le Grand Montréal, bien qu’il ne lui soit pas unique. Une enquête de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) menée en 2025 démontre que 43 municipalités ont dû refuser des projets résidentiels en raison de réseaux d’eau saturés, ce qui représente un déficit d’au moins 36 000 logements à travers le Québec.
À Saint-Lazare, la consommation excessive d’eau potable a conduit la ville à limiter les nouvelles constructions dans un contexte où la ville tente de développer son centre urbain et de nouveaux quartiers résidentiels. « Nous travaillons depuis 2022-2023 à l’obtention des autorisations nécessaires pour mettre à niveau le poste de pompage Bédard […] nos équipes travaillent main dans la main pour coordonner les différents besoins en développement. Nous continuons d’être patients pour la suite », a partagé Christelle Paré, directrice des communications de Saint-Lazare à Néomédia.
Cette situation est particulièrement préoccupante dans un contexte où la région anticipe une croissance démographique liée à l’ouverture prochaine de l’hôpital de Vaudreuil-Soulanges, qui devrait créer plus de 4 000 emplois. Les services d’aqueduc actuels sont incapables de fournir assez pour soutenir le développement immobilier.
Ainsi, lors de la séance du conseil du 10 février 2026, un nouveau tracé a été retenu par les élus pour le raccordement du poste de pompage Bédard. Ce nouveau tracé nécessite l'acquisition de terrains et de servitudes le long de la route de la Cité-des-Jeunes. La somme totale de 194 500 $ a été autorisée pour les acquisitions de gré à gré, pour les expropriations, et/ou pour la conclusion de quatre contrats de services professionnels. Tous les montants sont taxes incluses et imputés à l'excédent de fonctionnement non affecté au 31 décembre 2024.
Le coût nécessaire pour acheminer suffisamment d’eau au projet de développement qui sera situé en bordure de la route de la Cité-des-Jeunes n’est pas encore connu.
Un manque à gagner important
La CMM constate que la part du Plan québécois des infrastructures (PQI) consacrée aux infrastructures municipales est passée de 7,7 %, il y a 10 ans, à 4,3 % aujourd’hui, créant un manque à gagner estimé à 5,6 G$ pour les municipalités. Cette diminution survient au moment où les exigences réglementaires augmentent et où les coûts explosent.
La CMM demande ainsi au gouvernement du Québec de rétablir une part adéquate du PQI consacrée aux infrastructures municipales, d’assurer la prévisibilité et la disponibilité des programmes d’infrastructures et d’ajuster le financement afin de tenir compte de l’évolution des normes environnementales, notamment.
La CMM continue pour sa part de contribuer à une meilleure utilisation des infrastructures en eau en favorisant la densification des quartiers. Le PMAD prévoit que 70 % des nouveaux logements devront être construits dans des secteurs de planification intégrée aménagement-transport (PIAT). Ce mode d'occupation du territoire a l’avantage d'être moins coûteux sur le plan des infrastructures et de favoriser une consommation en eau moindre.

