« Tout ce que je veux, c’est que nos aînés puissent vieillir dignement »
Le financement des soins jugés insuffisants par les RPA
Un récent sondage Léger, mené auprès de résidents et de gestionnaires de résidences privées pour aînés (RPA), tend vers la conclusion suivante : bien que les RPA offrent des soins et des services essentiels et de qualité, la capacité des aînés à s’en prévaloir est compromise en raison d’un financement inadéquat.
Dans la foulée de cette nouvelle, Neomedia s’est entretenu avec des acteurs du milieu. L’objectif : comprendre en quoi le système est désuet et cibler les pistes de solution suggérées par les intervenants rencontrés.
« Le financement des soins à domicile ne vient pas à la hauteur de nos attentes », a exprimé d'entrée de jeu Frédéric Lepage, gestionnaire du Signature Valleyfield qui, ouvert depuis 2018, comprend 250 unités.
Pour plus de contexte, bien que 90 % des résidents de RPA se disent satisfaits des soins obtenus, le ⅔ d’entre eux craignent de ne pas avoir assez de revenus pour
payer les soins dont ils ont besoin ou pourraient avoir besoin.
S’appuyant sur les résultats de ce sondage, le Regroupement Québécois des Résidences Pour Aînes (RQRA) interpelle le gouvernement du Québec et Santé Québec, afin qu’ils entreprennent rapidement un travail conjoint visant à établir un nouveau mode de fonctionnement adapté aux coûts réels et au niveau de soins requis par les personnes aînées.
Dans un communiqué paru plus tôt cette semaine, le président-directeur général du RQRA, Marc Fortin, a indiqué que « sans un ajustement rapide, la pression deviendra insoutenable pour le réseau public et pour les aînés eux-mêmes. Une RPA ferme chaque semaine en moyenne alors que le nombre d’aînés augmente. Les RPA sont prêtes à contribuer pleinement à l’évolution du modèle. Nous avons d’ailleurs proposé des solutions concrètes dans notre mémoire prébudgétaire, dont la mise en place d’un financement des services sous forme d’allocation à l’aîné plutôt que d’achats de services aux RPA par les CI(U)SSS. »
Hans Brouillette, directeur des affaires gouvernementales et publiques au RQRA, témoigne d’un fait troublant : depuis 2008, 40 % des RPA ont fermé leurs portes au Québec. Pourquoi ? Parce qu’elles sont incapables d’offrir des soins tout en restant compétitives, et « c’est là qu’on a besoin de soutien financier : […] soit que les RPA ferment, soit qu'ils abandonnent les soins parce qu’ils ne génèrent pas assez de revenus », rappelle Hans Brouillette.
Une situation particulièrement difficile en Montérégie-Ouest
Frederic Lepage déplore que des quotas soient imposés, trouvant aberrant de limiter l’accessibilité aux soins à un nombre limité de personnes. Pour lui, il devrait être plus simple d’avoir accès à l’aide gouvernementale pour ce qui est des soins pour les personnes âgées. L’entrepreneur croit pourtant au bon fonctionnement de la grille nationale visant à uniformiser le financement des soins dans les RPA.
Cecidit, la parité entre les CISSS n’est pas la même partout au Québec : « Certains font affaire avec des sous-contractants du domaine privé alors que d’autres sont contre l’idée », explique M. Lepage qui n’a pas ce genre de problèmes avec ses autres établissements ailleurs dans la province.
Celui-ci a deux souhaits : que le CISSSMO travaille avec le secteur privé et que le gouvernement offre une meilleure prévisibilité aux gestionnaires comme lui.
« Ma crainte, c’est que des aînés se privent de soins parce que ça coûte trop cher [...] Mon objectif n’est pas de critiquer le CISSS, je fais plutôt un appel à la collaboration. À la fin de la journée, tout ce que je veux, c’est que nos aînés puissent vieillir dignement », souligne Frédéric Lepage en terminant.

