Eric Pelletier à propos du 430-432 Avenue Saint-Charles
« Il faut présever ce témoin exceptionnel de notre histoire locale»
Alors que le sort du bâtiment commercial et résidentiel abritant les 430-432 Avenue Saint-Charles reste à déterminer, un citoyen concerné par sa future démolition a contacté Néomédia. Il soulève ses inquiétudes sur le sujet, en plus d’émettre une suggestion pour assurer sa survie.
Eric Pelleter l’admet d’entrée de jeu, il n’est ni urbaniste ni spécialiste en bâtiments patrimoniaux, mais seulement un citoyen concerné.
« La demande de démolition du bâtiment situé au 430–432 Avenue Saint‑Charles m’interpelle profondément, comme citoyen de Vaudreuil‑Dorion et comme voisin immédiat de ce lieu. Cette maison fait partie de mon paysage quotidien depuis l’enfance. Elle a longtemps appartenu à ma tante et à mon oncle, et j’y ai passé une partie de ma vie. Je ne souhaite pas que cet aspect personnel prenne toute la place, mais il serait malhonnête de prétendre qu’il n’existe pas. Cela dit, ma prise de parole dépasse largement ce lien familial : elle concerne un enjeu collectif, patrimonial et urbain qui nous touche tous», précise-t-il.
S’impliquer pour préserver ce lieu historique important
Interpellé par la possible démolition de ce lieu si cher à son cœur, M. Pelletier a acheminé une lettre ouverte à Néomédia, mais aussi à plusieurs services municipaux. Il confirme avoir jasé avec le maire Paul Dumoulin et une membre du comité de démolition.
Il a également informé l’organisme Action patrimoine qui pourrait, par son intervention, faire une différence.
Le résident qualifie d’aberrant le sort qui pourrait être réservé à la maison plus que centenaire. Il explique: « Selon l’inventaire patrimonial de la Ville, cette résidence construite en 1880 possède une valeur patrimoniale globale “A”, soit le plus haut niveau de reconnaissance. On y souligne la rareté d’un exemple aussi complet du style Shingle, la qualité de son gabarit, et la richesse de ses caractéristiques architecturales d’époque. Peu de bâtiments de Vaudreuil‑Dorion témoignent encore avec autant de force de la période fondatrice de notre ville. »
Il se dit bien conscient que l’état actuel du bâtiment est préoccupant. Il rappelle que le rapport d’inspection présenté au Comité de démolition fait état de problèmes sérieux : structure fragilisée, infiltration d’eau, contamination fongique, lacunes d’isolation, systèmes désuets, présence de rongeurs. «Personne ne souhaite minimiser ces enjeux, ni mettre en danger la sécurité des occupants ou du voisinage.»
Or, selon lui, une question demeure incontournable. « Comment en est‑on arrivé à un tel niveau de dégradation pour un bâtiment officiellement reconnu comme exceptionnel? Lorsqu’un immeuble patrimonial se détériore au point de rendre sa restauration difficile, voire économiquement décourageante, nous nous retrouvons devant un fait accompli. Ce phénomène — parfois qualifié de « démolition par négligence » — soulève un enjeu plus large : nos mécanismes de protection sont‑ils réellement efficaces? Et si ce n’est pas le cas, ne devrions‑nous pas revoir notre approche pour éviter que d’autres bâtiments d’intérêt ne subissent le même sort? »
À ses yeux, la démolition d’un bâtiment patrimonial n’est jamais un geste banal. « Elle efface un témoin irremplaçable de notre histoire locale et contribue à uniformiser un paysage urbain qui, au fil des ans, perd ses repères identitaires, remarque Éric Pelletier. Remplacer une maison centenaire par un bâtiment commercial avec stationnement peut répondre à certains besoins, mais cela transforme aussi durablement le caractère de l’Avenue Saint‑Charles, l’une des artères les plus anciennes et les plus symboliques de notre ville.»
Sa suggestion ? Si la restauration complète n’est pas envisageable en raison des coûts trop élevés, il avance qu'une intégration intégration partielle, une conservation de façade ou même un projet hybride pourraient être envisagés. « Peut‑être que l’expertise structurale en cours confirmera que la démolition est inévitable. Mais avant de tourner la page, il me semble essentiel que nous explorions toutes les avenues possibles.»
Il avance que la maison pourrait connaître une seconde vie porteuse de sens. « Je peux imaginer un mécène, un organisme, une fondation ou un partenariat public privé qui lui offrirait une nouvelle vocation. Par exemple, un espace communautaire, un centre de jour, un lieu d’activités ou de répit pour les personnes autistes et leurs familles. Ce n’est qu’une possibilité parmi d’autres, mais elle illustre ceci: ce bâtiment pourrait encore servir, rassembler, soutenir, bref, être utile. Nous n’avons pas tant de bâtiments exceptionnels à Vaudreuil‑Dorion. Celui‑ci en est un. Et une fois disparu, il ne reviendra pas. Je souhaite simplement que la décision finale reflète pleinement la valeur patrimoniale reconnue de ce lieu, l’importance de notre mémoire collective, et la vision que nous voulons pour l’avenir de notre ville.»
De son coté, la Ville de Vaudreuil-Dorion précise que la décision du Comité de démolition a été repoussée à une date ultérieure, non déterminée au moment d’écrire ces lignes. Ce délai est nécessaire afin de recevoir un rapport sur la structure du bâtiment.
En attente d'un rapport de démolition
Lors de la séance du lundi 16 février, la directrice adjointe à la Ville de Vaudreuil-Dorion,. Me Mélissa Côté, a précisé que cette analyse sera réalisée aux frais des propriétaires des lieux. Après quelques recherches, Néomédia a appris que le bâtiment appartient à l’entreprise Groupe Realta inc.et que ses principaux actionnaires sont Pierre Séguin qui agit à titre de président-secrétaire et Bérangère Cortin, qui occupe la fonction de vice-présidente.
« Ce rapport nous permettra de mettre à jour le carnet de santé des lieux. Il faut préciser qu’il n’y a pas d’évaluation patrimoniale dans ce dossier», ajoute Me Côté.
Elle a aussi dressé un court historique des travaux effectués sur place dans les dernières années. En 2001, il y a eu remplacement du bois par du vinyle. En 2003, un permis à été demandé pour refaire une salle de bain. En 2006, le rez-de-chaussée a été converti en espace commercial.
« Une fois le rapport en main, le comité de démolition va prendre une décision dans ce dossier », a pour sa part précisé le maire Paul Dumoulin lors de la même séance.

