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Rencontre avec Charles, 20 ans, qui a dû réapprendre à vivre

Mordre dans la vie à pleine dent après un grave accident de voiture

durée 18h00
10 mai 2024
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Marie-Claude Pilon
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Par Marie-Claude Pilon, Journaliste

Le 10 août 2022, la vie de Charles Gagnon-Giroux et de ses proches basculait à jamais alors que le jeune homme était victime d'un grave accident de la route. Près de deux ans, le jeune homme a déjoué tous les pronostics des médecins rencontrés sur sa route et, accompagné de sa maman Francine, a tenu à raconter son histoire qui se résume en deux mots: résilience et courage. 

C'est ce jeudi 9 mai que l'auteure de ces lignes a rencontré le duo mère-fils dans un commerce de Vaudreuil-Dorion. Charles, 20 ans, se déplace maintenant avec une canne, un accessoire dont il n'a plus vraiment besoin, mais qu'il se plaît à garder, car ça lui donne un air de Gandalf dans Le seigneur des anneaux, un récit fictif qu'il affectionne particulièrement. 

Il y a maintenant près de deux ans, Charles a eu un accident de voiture alors qu'il circulait sur la route 325 à Sainte-Justine-de-Newton à 4h45 du matin. Selon les informations communiquées par la Sûreté du Québec à l'époque, son véhicule a percuté un poteau d'Hydro-Québec. L'accident lui a causé des blessures très sérieuses. Si bien que ses proches ont craint pour sa vie. Sa mère se rappelle très bien du moment où elle a appris les évènements. 

«  J'ai reçu un appel téléphonique de son père, de qui je suis séparée. J'allais faire du jardinage ce jour-là et j'avais mes souliers dans les mains. Je marchais vers ma voiture, dans la cour de ma résidence. Quand j'ai pris le téléphone, j'ai crié tellement fort que mes quatre voisins sont sortis à l'extérieur pour voir ce qui se passait. Ils pensaient que quelqu'un s'était fait frapper devant la maison. À l'époque, ça faisait un an et demi que Charles et moi nous ne nous étions pas parlé en raison de sa crise d'adolescence. Malgré un avertissement de mon ex à l'effet que Charles était pas mal blessé et pas très beau à voir, j'ai tenu à me rendre à son chevet pour le voir et savoir ce qui se passait exactement », raconte-t-elle. 

Garder espoir malgré la gravité de la situation

À partir de ce moment, la mère de famille a passé 5h par jour aux côtés de son fils pour en prendre soin et le stimuler, malgré ses obligations familiales avec les trois frères et sœurs de Charles et la distance qui séparait le domicile familial et l'Hôpital Général de Montréal où le jeune homme était hospitalisé. « J'ai mis ma vie sur pause, mais je ne le regrette pas. J'ai toujours gardé espoir. Aux soins intensifs, j'ai demandé à Dieu de préserver mon fils, de m'aider à traverser cette épreuve et de prendre soin de lui. J'ai entendu une voix me dire que tout irait bien et qu'il passerait au travers. À partir de là, je n'ai jamais désespéré et j'ai toujours tout fait pour le stimuler. Certains des médecins qui ont croisé sa route le croyaient condamné», ajoute-t-elle. 

Certains ont même suggéré à sa mère de placer le jeune homme dans un CHSLD trois mois après son arrivée à l'hôpital. 

Pour le stimuler pendant son coma, elle caressait ses bras pour lui provoquer des frissons. « Je voulais que son cerveau sache qu'il se passait quelque chose là. Finalement, ça a fonctionné et il s'est mis à bouger de plus en plus. Au début, les médecins attribuaient ses gestes à des spasmes. Ils ne voulaient pas que je me fasse de faux espoir. Je les comprends aussi et je ne leur en veux pas.» 

Elle se faisait aussi un devoir de lui chanter des chansons, toujours positives, ou d'en faire jouer dans sa chambre. Des titres dont Charles se souvient encore aujourd'hui et dont il entonne, à son tour, les paroles de temps en temps. 

« Je lui chantais Somewhere over the rainbow, We are the world et des chansons du genre pour nourrir son subconscient de positif pendant le coma. On a été chanceux, Charles a été très bien soigné partout où il est passé. Pendant son coma, on ne savait pas comment il s'en sortirait, car son cerveau était très gonflé. Il a fallu qu'on lui a retiré un os pour lui permettre de se dégonfler. Il avait 10% de chances de retrouver un état normal selon les médecins. Je suis contente qu'il ait déjoué tous les pronostics», confie-t-elle. 

Selon les médecins qui le traitait, Charles avait 30% de chances de rester en vie, mais dans un état végétatif, 30% de chances de mourir, 30% de chances de voir quelques petites améliorations dans son état général et 10% de chances de revenir à une vie normale. 

Le 4 octobre 2022, les médecins replacent l'os retiré de son cerveau avant de le transférer au 12e étage en neurologie. « À partir de là, on a pu le sortir dehors. Même si c'était compliqué pour le personnel, j'insistais pour le faire, car je voulais qu'il voie autre chose que ses quatre murs. J'ai acheté un haut-parleur sans fil et je lui faisais jouer des chansons entraînantes comme Don't stop Believin'  de Journey

C'est finalement 20 jours plus tard qu'il a prononcé ses premiers mots. « Chaque accomplissement était une victoire.»

Même chose quand on a retiré le collet cervical de Charles. « Son cou était mou et ne tenait pas droit. Son cerveau n'envoyait pas de signal aux muscles. J'ai donc commencé à l'asseoir à 90 degrés dans son lit. Je roulais une serviette pour stabiliser son cou. Il a fini par pouvoir tenir sa tête tout seul. » 

Le parcours de Charles vers sa nouvelle autonomie a été long et parsemé de spécialistes variés: orthophoniste, physiothérapeute, ergothérapeute, neuropsychanalyste et on en passe. 

Le 7 décembre 2022, il est transféré au Centre de réadaptation en déficience physique de Boucherville (URFI) où il croise la route d'humains attachants et à l'écoute de ses besoins selon sa mère. « Depuis le jour 1 de son accident, j'avais pris l'habitude de prendre des photos de son évolution. Avec celles-ci, les médecins ont pris la décision de cesser de lui administrer deux médicaments, une décision qui a grandement contribué à améliorer son état d'éveil. À partir de ce moment, son état s'est amélioré de jour en jour.» 

Avant d'arriver du URFI, Charles a été envoyé à l'Hôpital Barrie-Memorial à Omstown temporairement, le temps que le personnel lui trouve un nouveau foyer. Sur place, le personnel décide de multiplier les efforts et de lui laisser la chance de se remettre sur pied. Comment? En faisant une demande pour qu'il soit traité en réadaptation. C'est là qu'il obtient une place à l'URFI. 

Pendant cette période, Francine a pu compter sur le soutien de son conjoint et sur la compréhension de ses trois autres enfants, qui avaient moins l'attention de leur mère. « Quand je passais cinq heures avec Charles et que je revenais à la maison après trois heures de transport, j'étais fatiguée. Je passais moins de temps avec eux surtout que je faisais l'école à la maison à mes filles à ce moment-là. Ç’a été difficile pour tout le monde. Je veux les remercier d'avoir compris à l'époque.» 

Retrouver une vie normale 

L'air frais du fleuve situé près de l'URFI et le bon soin du personnel ont fait en sorte que Charles a pu retrouver presque toutes ses facultés et stopper graduellement sa médication.  Aujourd'hui, il ne prend que de l'oméga 3 végétal. 

Il ne peut toujours pas courir, mais la semaine prochaine, il se rendra à la Société de l'assurance automobile du Québec pour son évaluation sur la route en vue de retrouver son permis de conduire. Un pas de plus vers sa nouvelle autonomie. Pour le moment, il n'a pas peur quand il se trouve en voiture. 

« Sa réadaptation a duré plusieurs mois. C'est comme si j'avais accouché de lui à nouveau parce qu'il a fallu tout lui réapprendre. Partout où il est passé, Charles était apprécié en raison de son sourire attachant et de son moral inébranlable.» 

Pour le moment, Charles demeure au domicile familial de Rivière-Beaudette avec sa mère, son beau-père et ses deux jeunes sœurs. « Il a retrouvé sa carte de débit depuis quelques mois et sa carte de crédit depuis environ 1 mois. Il se souvient encore de ses numéros personnels d'identification (NIP). Il n'a jamais perdu sa mémoire.» 

De son propre aveu, Charles aimerait pratiquer le Taekwondo, un art martial populaire au Québec, et devenir architecte. Pour ce faire, il devra reprendre l'école afin de terminer son secondaire 5. 

De son côté, sa mère est certaine que Charles pourrait avoir une vie normale et fonder sa famille. « Je suis certaine qu'il aura des enfants un jour. Il aura une belle vie. Quoi qu'il arrive, je serai toujours là pour lui comme pour mes autres enfants. » 

En terminant, quel message Charles aimerait-il transmettre aux conducteurs ? « Soyez prudents sur la route. N'allez pas trop vite et si vos freins doivent être réparés, faites-le. C'est une question de vie ou de mort. Dans un jeu vidéo, si tu te plantes, tu peux recommencer, mais tu as juste une vie.» 

« Ce matin-là, Charles a croisé un automobiliste sur sa route, un ange qui a eu la bonté d'esprit de rebrousser chemin quand il a compris que Charles roulait trop vite pour prendre la courbe qui arrivait. Sans sa présence d'esprit, mon fils serait mort là parce que ses poumons se vidaient d'air. On sait qui est ce bon samaritain, mais on ne l'a jamais rencontré. On aimerait pouvoir le remercier en personne. Si vous lisez ces mots, merci», conclut Francine.  

À lire également:

- Un automobiliste de 19 ans est blessé sérieusement dans un capotage

 

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