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Un homme hors du commun

« L’ermite de Vaudreuil-Dorion » n’est plus

durée 14h00
8 octobre 2021
Benjamin Richer
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par Benjamin Richer, Journaliste

Peder Mortensen vivait en marge de la société dans un boisé de Hudson Acres à Vaudreuil-Dorion. Décédé jeudi dernier à l’âge de 86 ans, il laisse dans le deuil ses voisins ainsi que Céline Chartier, qui était bien plus qu’une simple conseillère municipale pour lui. 

D’une allure plutôt allongée, portant la barbe blanche, Peder Mortensen faisait partie intégrante de son quartier. Tout le monde le connaissait dans le coin.

Son logis, construit de ses propres mains à son arrivée du Danemark en 1962, était toute sa vie avec le boisé qui l’entourait. « Son âme, c’était son terrain, ses animaux sauvages qu’il nourrissait », indique Céline Chartier, conseillère municipale sortante du district 6 de la Ville de Vaudreuil-Dorion. 

« En dernier, je n’étais plus juste sa conseillère, j’étais son amie », témoigne-t-elle. C’est d’ailleurs Mme Chartier qui l’a découvert souffrant.

Après la visite d’une ancienne infirmière, le voisinage a pris la décision de l’amener à l’hôpital. Il a été transféré à Ormstown et y est mort trois semaines plus tard.

Ayant du mal à avaler, l’autopsie n’a rien révélé selon Mme Chartier. Les médecins croient toutefois qu’il aurait pu mourir de la sclérose latérale amyotrophique (SLA), pouvant se déclarer tard chez une personne âgée, et dont l’état de la personne chute rapidement.

Un style de vie hors norme 

Les rayons du soleil peinent à percer le feuillage dense des arbres matures qui entourent sa maison. Autour d’elle, Peder Mortensen cumulait les objets de toutes sortes.

Voitures d’époques démontées en forme de tipi, sac de feuilles mortes accrochés sur des cordes à linge et des cannes de sardines par centaine font de l’endroit un décor sortant d’un film de fiction. 

Bien qu’il mangeait une variété d’aliments, il avait un penchant pour les sardines et les poissons en conserve, qui lui apportaient une bonne dose en omégas trois et six selon ce qu’il racontait à Mme Chartier.

Peder Mortensen était ce qu’on peut appeler un « patenteux ». Il a d'ailleurs été ingénieur et a travaillé pour l’Expo 67. Il vivait toutefois en solitaire depuis des années dans son petit boisé de Hudson Acres.

« On le voyait travailler sur son terrain, prendre des marches. Il n’était pas très sociable, mais il apportait une présence chaleureuse dans le quartier », souligne Tara Knight, résidant sur le terrain voisin depuis seulement un an et demi. 

Son mode de vie a malgré tout eu des répercussions sur Mme Knight. « Il était l’une de ces personnes avec un grand charisme, qui était certes non conventionnel selon les normes d’aujourd’hui, mais le fait d’habiter près de lui nous a poussés à une certaine réflexion sur la vie qu’on mène et ce qui est important. C’était très spécial pour nous de l’avoir eu comme voisin », ajoute-t-elle.

Une amitié imprévue

La première rencontre entre Céline Chartier et Peder Mortensen était plutôt froide. C’était au printemps 2016 alors que la Ville de Vaudreuil-Dorion le menaçait d’éviction pour sa propre sécurité. 

Elle a néanmoins gagné son cœur avec son chien, qu’il adorait par-dessus tout. Les discussions de cadres de porte ont peu à peu laissé place à des confidences à l’intérieur de sa maison. « Il me racontait les choses qu’il faisait quand il était jeune », se souvient-elle, notamment sur ses années dans l'aviation. 

Par après, Mme Chartier s’est occupée de son courrier, de ses comptes de téléphone et d’Hydro-Québec afin de l’aider. 

Elle lui a même donné une mijoteuse, qu’elle a retrouvée quelques semaines plus tard avec un couvercle sans poignée. Il avait inséré un thermomètre dans le trou afin de mesurer la température de sa viande sans perdre la chaleur. 

« Je l’appelais mon ingénieur ingénieux [...] Quand il travaillait sur un projet, il ne voyait que le projet », explique-t-elle. 

Que ce soit sa radio ou le chauffage de sa maison, confectionné à partir d’un élément de four dans une mèche de métal, Mortensen fabriquait tout lui-même. 

Retrouver sa famille 

Depuis sa mort jeudi dernier, Céline Chartier recherche activement les membres de sa famille pour qu'ils décident ce qui devrait être fait de ses cendres. Après avoir contacté le consulat et l'ambassade danoise, Mme Chartier est actuellement en discussion avec le service de police du Danemark. 

Pour ce qui est de sa propriété, c’est maintenant de la responsabilité de Revenu Québec de déterminer ce qu’il adviendra. Le voisinage aimerait cependant que tout demeure ainsi en la mémoire de Peder Mortensen, surnommé « l’ermite de Vaudreuil-Dorion ».

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