Propositions de la FQCS en vue des consultations prébudgétaires 2026-2027
Miser sur les coopératives de santé pour renforcer la première ligne
Par Salle des nouvelles
À l’occasion des consultations prébudgétaires, la Fédération québécoise des coopératives de santé (FQCS) dévoile un mémoire mettant en lumière le potentiel stratégique encore sous-exploité des coopératives de santé pour renforcer l’accès à des soins et services de première ligne partout au Québec.
S’appuyant sur leur ancrage dans les communautés, leur gouvernance démocratique et leur approche interdisciplinaire, les coopératives de santé représentent un levier concret pour répondre aux priorités gouvernementales en matière d’accessibilité, de continuité des soins, de proximité et d’efficience du réseau. Or, les défis qu’elles rencontrent sont non seulement financiers, mais aussi structurels.
Agissant souvent où l’État ne peut implanter des points de services, les coopératives assurent, sans bénéficier de financement récurrent de l’État, la gestion clinique, administrative et matérielle de services de santé accessibles à l’ensemble de la population, y compris à de nombreux usagers non-membres bénéficiant de services couverts par la RAMQ.
Ainsi, la FQCS recommande la mise en place d’un mode de financement à la mission, analogue au Programme de soutien aux organismes communautaires afin d’assurer l’équité, la pérennité et la capacité d’action des coopératives de santé. Elle demande une contribution gouvernementale équivalente à 15 % des coûts d’exploitation – soit 2,48 millions annuellement, sur des dépenses globales estimées à 16,5 millions pour l’ensemble des coopératives pour 2025.
« Les coopératives de santé permettent à des milliers de Québécoises et de Québécois d’avoir accès à des soins et services, souvent là où le réseau public ne peut être présent, elles sont des acteurs clés de la première ligne, une solution éprouvée, humaine et enracinée dans les réalités locales, mais leur contribution pourrait être décuplée. Dans un contexte de transformation du système de santé, il est essentiel de reconnaître concrètement leur contribution par un financement à la mission juste et prévisible. L’investissement sollicité demeure modeste, mais son impact sur l’accessibilité et l’efficience du réseau est majeur », affirme Mme Marie-Claude Vachon, présidente de la FQCS.
Au-delà des enjeux financiers, le mémoire de la FQCS met également en lumière des défis structurels importants qui freinent le déploiement du modèle coopératif en santé. Les coopératives évoluent dans un environnement réglementaire et organisationnel, souvent conçu pour des modèles institutionnels centralisés, peu adaptés à leur réalité hybride, à la fois communautaire, et entrepreneuriale. Cette situation limite leur capacité d’intégration au réseau, complique la planification à long terme et restreint leur contribution potentielle à l’organisation territoriale des soins de première ligne, et ce, sans compter l’enjeu de la pénurie de personnel médical qui les affecte également.
« Le nerf de la guerre se situe au niveau de l’attraction et de la rétention du personnel médical dans les coopératives. Les coopératives sont, pour la plupart, aux prises avec des enjeux de recrutement, qu’il s’agisse de médecins ou des infirmières praticiennes spécialisées. De plus, nous constatons malheureusement, dans certains cas, une répartition inéquitable du personnel médical entre les territoires ruraux et les centres urbains. Cela pénalise les patients, à plus forte raison les personnes âgées vulnérables, qui doivent en conséquence parcourir de longues distances supplémentaires afin d’être pris en charge. Nous demandons une meilleure reconnaissance du modèle coopératif en santé dans la planification du réseau, et des ajustements structurels en ce sens, pour nous permettre de contribuer pleinement à l’atteinte des objectifs gouvernementaux en matière d’accessibilité aux soins », soutient M. François Allaire, directeur général de la FQCS.
Voici donc les recommandations contenues dans le mémoire de la FQCS :
- Créer un programme gouvernemental de financement pour soutenir les coopératives de santé dans la réalisation de leur mission, en lien avec leurs infrastructures, leurs ressources humaines et l’organisation des services curatifs et préventifs en santé.
- Assurer une répartition plus équitable des ressources médicales, en tenant compte des besoins territoriaux et du rôle des coopératives dans le maintien des services de proximité.
- Que Santé Québec et le ministère de la Santé et des Services sociaux reconnaissent formellement les coopératives de santé comme des milieux de pratique privilégiés pour les IPS et adaptent les programmes, les cadres de référence et les enveloppes budgétaires de Santé Québec pour soutenir leur intégration durable au sein de ces organisations.
- Que Santé Québec et le ministère de la Santé et des Services sociaux reconnaissent explicitement le modèle coopératif en santé en l’intégrant de manière systématique à la planification du réseau de la santé et des services sociaux, ainsi qu’à l’organisation et au financement des services de première ligne.
- Que le gouvernement du Québec corrige les iniquités dans les critères d’admissibilité et des programmes de soutien financier, afin de permettre à des organisations à mission collective – dont les coopératives de santé – de contribuer pleinement aux objectifs de vitalité territoriale, d’innovation et de services essentiels aux populations.
