Deuxième partie de l’entrevue avec le professeur
«Mark Carney aura les coudées franches» - Fodé-Moussa Keita
Par Christopher Chartier-Jacques, Directeur régional des contenus
Tous les signes laissent présager que les Vaudreuil-Soulangeois se réveilleront mardi avec un gouvernement majoritaire à Ottawa. Pour Fodé-Moussa Keita, professeur de sciences politiques au cégep de Valleyfield, il s’agit d’une certitude. Selon lui, une majorité de députés aussi avec ses pièges.
La règle est simple: le parti qui fait élire le plus de députés forme le gouvernement. Un gouvernement est minoritaire s’il fait élire plus de députés que les autres partis dans détenir plus de la moitié des 343 sièges à travers le Canada. Un gouvernement est majoritaire quand il dépasse ce seuil. Le nombre magique est donc 172. Il y a cependant une nuance. En effet, le parti au pouvoir nomme le président de la Chambre des communes parmi les députés élus. Ce député doit agir de façon neutre donc il ne votera que dans des circonstances extrêmes. Ainsi, pour détenir un gouvernement majoritaire et nommer le président de la Chambre, un parti doit pouvoir compter sur 173 députés élus.
Un gouvernement majoritaire peut dès lors faire adopter des projets de loi sans avoir à négocier avec les autres partis pour obtenir le nombre minimal de votes (50%+1). Le risque de se faire renverser par une coalition des autres partis disparaît presque totalement.
Voilà pour la théorie.
En pratique, après la transition de la députée Marilyn Gladu du Parti conservateur au Parti libéral, Mark Carney compte sur une équipe de 171 élus.
Rappelons que trois élections partielles se tiendront lundi: deux en Ontario et une à Terrebonne. Selon plusieurs analystes, tout porte à croire que le nombre de 173 sera franchi par l’équipe Carney.
Un PM en excellente position
« J’ai vérifié pour être sûr mais Mark Carney est le premier ministre avec le meilleur taux d’approbation un an après son élection depuis que ce genre de statistique est compilé », amorce Fodé-Moussa Keita.
Pour lui, le passage d’un gouvernement minoritaire à majoritaire est une certitude. « C’est incroyable comment tout sourit au premier ministre sur la scène canadienne dans les derniers mois, poursuit l’enseignant. Si on regarde le portrait de madame Gladu, on se rend compte que c’est une conservatrice convaincue qui a été élue dans un bastion conservateur. Son changement d’allégeance montre que vraiment n’importe quel député pourrait prendre une décision semblable. »
Le spécialiste rappelle que Justin Trudeau et Mark Carney, à la tête de gouvernements minoritaires, ont dû négocier avec les partis d’opposition. « On n’a qu’à regarder le programme fédéral d’assurances dentaires. Sans une négociation et un accord avec le Nouveau Parti démocratique (NPD), ce projet n’aurait jamais avancé. Je pense que le NPD sera le grand perdant de la transition vers un gouvernement majoritaire », argue Fodé-Moussa Keita.
Rarement un long fleuve tranquille
Si les partis politiques préfèrent être à la tête de gouvernements majoritaires, cette forme de gouvernance vient avec ses écueils, selon l’enseignant.
« On voit souvent ce genre de gouvernement oublier que même s’ils sont majoritaires, à peine 35 ou 40% des électeurs ont voté pour eux dans les faits. Il risque de moins écouter les oppositions et les commentaires et ainsi se mettre à dos les électeurs. Selon moi, les gouvernements minoritaires sont plus avantageux pour les électeurs », commente-t-il.
Il rappelle, pour terminer, que la société civile a son rôle à jouer sous un gouvernement majoritaire. « Les oppositions doivent se faire entendre et faire entendre les opinions de la population. Les médias doivent veiller au grain. Les électeurs ont aussi le devoir de s’informer et de se faire entendre », conclut le professeur.
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