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15 septembre 2021 - 05:00

Plateforme de compostage

Les citoyens de Sainte-Justine-de-Newton veulent des réponses

Benjamin Richer

Par Benjamin Richer, Journaliste

La séance du conseil municipal était à salle comble ce mardi au centre communautaire de la petite municipalité d’à peine 1000 habitants. Les citoyens, de plus en plus nombreux aux séances, ont à nouveau eu l’occasion d’émettre leurs inquiétudes et de questionner le conseil quant à la potentielle plateforme de compostage de la MRC de Vaudreuil-Soulanges dans Sainte-Justine-de-Newton.

Les yeux du maire, Denis Ranger, et des trois conseillers municipaux présents se sont levés au ciel à l’arrivée de Stéphane Lapointe, citoyen et critique de la plateforme de compostage, avec des pancartes scandant des slogans contre ce projet, en compagnie d’autres citoyens. 

Malgré quelques escarmouches en début de séance, le conseil est tout de même parvenu à passer au travers de l’ensemble des points à l’ordre du jour.

Le sujet de l’heure est cependant revenu à la charge. Le projet de plateforme de compostage sème la controverse dans la municipalité de Sainte-Justine-de-Newton. Des citoyens s’y opposent et déplorent le manque de transparence du conseil et de la MRC de Vaudreuil-Soulanges.

Ces derniers expliquent que tout est toujours à l’étude et que la pandémie a entraîné des retards dans les étapes de concertation avec les parties prenantes et les citoyens, ce qui s’est traduit par nombreuses spéculations parmi les citoyens, notamment sur les réseaux sociaux.

Ce mardi soir, la conseillère du district 2, Maryse Lanthier, a voulu rectifier les faits lors d’une allocution. Elle s’est d’ailleurs excusée auprès des citoyens d’avoir mis fin abruptement à la dernière séance, et plus particulièrement auprès de M. Lapointe pour avoir tenu des propos offensants à son égard. 

Rétrospective des événements

« C’est important pour moi d’être transparente avec vous concernant le projet potentiel d’implantation d’une plateforme de compostage dans notre municipalité », a-t-elle indiqué en commençant. 

Tout remonte au 20 octobre 2020, alors qu’une première rencontre s’effectue entre le conseil, la MRC et la Société de gestion des matières résiduelles (SGMR), un comité à même la MRC, où une version préliminaire du projet est présentée. Une deuxième rencontre se déroule par visioconférence le 18 février 2021 dans laquelle les attentes du conseil sont émises. 

Un comité de travail, incluant des représentants de la municipalité, devait être créé et faire des rencontres individuelles avec le voisinage et la population.

C’est toutefois avec la publication d’un citoyen sur les réseaux sociaux le 17 mai dernier que tout a dérapé. « Je ne cacherai pas que cette annonce a créé tout un émoi et zizanie autant sur les réseaux sociaux que dans les assemblées de conseil qui ont suivi, ajoute-t-elle. Malheureusement, nous n’avons pas eu la chance de procéder avant que l’information soit propagée. »

Des visites d’autres sites de compostages au Québec ont malgré tout eu lieu cet été, mais les interventions des citoyens lors des séances et en ligne ont mis le feu aux poudres, notamment celles de Stéphane Lapointe. Il a fini par être mis demeure par le conseil.

« Je crois que tout le monde ici a le droit à un temps de parole et des réponses à ses questions, mais aussi au respect, a-t-elle dit avec émotion, en se raclant la gorge. J'ai Sainte-Justine à coeur, je suis une fille d'ici. »

Mme Lanthier a conclu en mentionnant qu’il restait beaucoup de questionnements à élucider. Elle invite les citoyens à rester à l’affût des nouvelles informations, ce qui lui a valu une reconnaissance de l’assistance se terminant par des applaudissements. 

Stéphane Lapointe a souligné la démarche de Mme Lanthier et s’est excusé envers sa personne, mais aussi aux conseillers Denis Pouilot et Shawn Campbell. « Oui, parfois mes propos sont exagérés, je suis une personne passionnée et les citoyens sont révoltés », a-t-il déclaré lors de la période de questions. 

Confrontation avec le maire 

Bien que Mme Lanthier ait été saluée, les citoyens sont en contrepartie montés aux barricades contre le maire, Denis Ranger. 

L’un d’eux, Mario Pitre, a débuté en distribuant un exemplaire d’une fiche du registre des entreprises du Québec à chacun des membres du conseil, où il est inscrit que M. Ranger occupe le poste de secrétaire de la Société de gestion des matières résiduelles (SGMR) depuis le 16 janvier 2020. 

Cette société, selon le Plan de gestion des matières résiduelles (PGMR) 2016-2020 de la MRC de Vaudreuil-Soulanges, est un organisme à but non lucratif ayant pour objectif de gérer les matières résiduelles, évaluer les technologies alternatives pour le traitement de matière organique et faciliter la mise en place de protocole de recherche. Elle est composée des 23 maires des municipalités de la région, dont 5 sont au conseil d’administration. 

Or, ce double chapeau soulève des questions dans la population sur les informations que M. Ranger pourrait détenir sur le projet de plateforme de compostage. « Je n’ai pas de réponses à donner ce soir », a-t-il répondu aux citoyens qui tentent d’obtenir des réponses depuis des semaines. Ce rôle au sein du SGMR semblait aussi être inconnu des autres conseillers.

Les citoyens ont par la suite défilé l’un après l’autre derrière le lutrin afin de faire part de leurs inquiétudes au conseil. 

Plusieurs redoutent l’intensification du passage de camions dans la municipalité avec une plateforme de compostage traitant les déchets organiques de l’ensemble de la MRC. Cette problématique semble faire partie des préoccupations des gens à l’heure actuelle, qu’ils estiment déjà critique. 

Sur ce sujet, Denis Lacelle, résident de Sainte-Justine-de-Newton, a demandé au conseil de formuler davantage de plaintes au ministère des Transports du Québec afin de réduire la vitesse dans le village, limiter le nombre de camions à certains moments ou encore avoir une meilleure signalisation. 

Le maire lui a néanmoins coupé l’herbe sous le pied en répondant : « Moi si j’étais à ta place, et que je ne suis pas heureux, je m’en irais ailleurs », provoquant la grogne dans l’assistance. Il a ensuite assuré qu’il téléphonerait personnellement au ministère.

Un projet difficile à défendre 

Certains s’inquiètent des répercussions de cette plateforme, notamment en termes d’odeur et d’impacts environnementaux. En revanche, même si le site répond aux besoins, d’autres se méfient des conséquences sur l’image de la municipalité, en particulier sur la valeur des maisons. 

Le projet pourrait voir le jour à proximité du site de l’atelier-école Les Cèdres du Centre de service scolaire des Trois-Lacs (CSSTL), ce qui est à moins de 2 kilomètres du noyau villageois. « Qui va vouloir venir s’installer à Sainte-Justine avec ça à côté? », lance une citoyenne dans le public. 

Le maire défend tout de même le projet en indiquant que des redevances monétaires pourraient être fournies à la municipalité. « C’est certain qu’on ne laissera pas rentrer ça pour rien, il y a des sommes considérables », précise-t-il. 

Ces sommes pourraient être utilisées pour la réfection des routes et pour des installations municipales selon lui. Un partenariat pour une formation professionnelle avec le CSSTL est aussi envisagé, ce qui ne semblait pas contenter les citoyens présents. 

Une décision plus tard

De toute manière, M. Ranger a rappelé que ce sera le prochain conseil, au lendemain des élections municipales du 7 novembre prochain, qui tranchera sur la question.

Il reste que des citoyens, incluant la conseillère Maryse Lanthier, craignent que la municipalité n'ait finalement pas son mot à dire dans toute cette histoire.

Denis Ranger dit toujours être en réflexion sur l’idée de se représenter, alors que Shawn Campbell, conseiller du district 5, a pour sa part annoncé ce mardi qu’il briguera un premier mandat à la mairie. 

« J’espère, advenant être élu, ramener le respect et rétablir la confiance des citoyens envers le conseil municipal et faire de votre opinion le point de départ de chacune de nos décisions. J’envisage de briser le silence souvent trop lourd, en faisant preuve de transparence », a-t-il affirmé devant un public reçevant chaleureusement cette annonce. 

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