Centre d'Archives de Vaudreuil-Soulanges
La sculpture de glace ou de neige
Frères enseignant devant la sculpture de lion, 1961.
Sculpture de cheval au Festival de St-Michel, 1960.
Sculpture de lion au Festival St-Michel, 1961.
Étudiantes devant la sculpture de cheval au Festival de St-Michel, 1960.
Dans la prison de neige, [196-?].
On chevauche la sculpture de cheval au Festival de St-Michel, 1960.
La prison de neige, [196-?].
Frères enseignant devant la sculpture de lion, 1961.
Sculpture de cerf de neige, [196-?].
Étudiants devant le cerf de neige, [196-?].
Par Centre d'Archives de Vaudreuil-Soulanges
Dans le passé, nos hivers offraient une matière première abondante pour la réalisation de ces œuvres d’art en plein air. À l’image des sculptures dans le sable, cet art éphémère nous permettait d’enjoliver des espaces envahis par la neige et d’occuper l’espace extérieur durant les froides journées d’hiver. Il est difficile de déterminer avec exactitude les origines de cette tradition, mais les premières traces écrites datent du Moyen Âge. L’expression la plus simple en est le bonhomme de neige qui est la plus répandue. De plus, il ne faut pas oublier, qu’en Amérique, les Inuits façonnaient depuis de nombreuses années la neige et la glace pour la construction d’habitation.
Les premières mentions d’installations planifiées ou de concours datent de la fin du XIXe siècle, notamment dans le cadre du carnaval d’hiver de Québec de 1894. Par la suite, on retrouve dans les journaux de l’époque, différentes mentions liées à des événements incluant des sculptures sur glace ou sur neige. Cependant, c’est avec la relance du carnaval en 1954 que la sculpture sur neige reprend toute son importance avec un événement officiel et encadré. Dans les années qui suivent, les différentes festivités réparties sur le territoire québécois copient les grands carnavals et incluent la sculpture dans la programmation de leurs activités.
Si certains carnavals de plus grande importance présentent des concours de professionnels, dans la région, on trouvait presque qu’exclusivement des compétitions amicales dans le cadre des carnavals d’hiver. À la lecture des programmes dans les journaux, il est possible de voir les annonces aux citoyens pour les inciter à réaliser un projet. On classe les artistes en herbe selon les simples critères de jeune, d’étudiant ou d’adulte. Pour les thématiques, on pige dans nos traditions et on imite souvent les grands festivals de Montréal et Québec. Au départ, on souligne les activités de nos ancêtres et on s’intéresse beaucoup au folklore comme la Chasse-galerie. Avec le temps, les sujets évoluent et changent. Ils sont liés aux intérêts des sculpteurs et comprennent les animaux, les plantes, les dessins animés, l’actualité ou l’histoire. Sans oublier les sculptures les plus imposantes que sont le château ou le palais de bonhomme, de la reine et des duchesses. Dans la région, on a même vu une sculpture de glace sur des chars allégoriques !
Pour réaliser ces œuvres d’art, on utile un monticule de neige ou bien on compacte la neige dans un moule pour obtenir une forme de base de laquelle on retire de la neige pour créer notre sculpture. Chacun a sa technique et ses « outils » improvisés. On utilise parfois de l’eau pour solidifier notre œuvre et certains vont jusqu’à la peindre pour la rendre plus attrayante et flamboyante. Dans certaines municipalités, les sculptures étaient réalisées sur les terrains des participants alors que dans d’autres cas, elles étaient centralisées dans un parc ou dans la zone du carnaval. La sculpture sur neige permet à tous de s’amuser en réalisant un chef-d’œuvre avec plus ou moins de résultats. Cependant, la sculpture sur glace demande plus de technique et un outillage plus spécialisé. Elle est souvent l’œuvre de professionnels.
Certaines écoles organisaient elles aussi des carnavals durant lesquels les concours de sculptures de neige prenaient place. On en a un exemple avec l’école Saint-Michel de Vaudreuil qui accueillait les élèves de niveau secondaire dans les années 1950 et 1960. Il était appelé le Festival de St-Michel comme on peut le voir dans l’édition du 30 janvier 1958 du journal L’Écho. Il avait lieu la fin de semaine. Au programme, courses, jeux et parties de ballon-balai avaient lieu devant des milliers de spectateurs selon ce qui est rapporté dans l’article. Ont également eu lieu des « évolutions sur glace ». Et des Mademoiselles et un Monsieur Festival étaient couronnés pour l’occasion. Mais avant le Festival, d’immenses sculptures de neige et de glace étaient créées et représentaient particulièrement le monde animalier. Elles étaient façonnées et prenaient place à l’avant de l’école afin que tous les passants puissent les apercevoir.
Au début de l’année 1974, dans le cadre du centenaire de Salaberry-de-Valleyfield, une grande compétition est annoncée qui se déroulera dans tous les quartiers de la ville. Il est important que la sculpture se retrouve dans un endroit visible des passants. Les gens auront entre le 15 janvier et le 1er mars pour réaliser leur chef-d’œuvre. Malheureusement, la température a joué un mauvais tour aux participants et a entrainé la fonte des œuvres. Pour sauver le concours, les organisateurs soulignent que les participants peuvent faire parvenir des photographies comme preuve de participation et de résultats. Pour justifier les concours, on souligne que l’activité permet d’embellir les terrains ensevelis sous la neige. Pour déterminer les vainqueurs, des juges évaluent le travail réalisé selon différents critères. On retrouve habituellement les notions d’originalité et de complexité. Enfin, la sculpture doit avoir une dimension respectable.
La fin de l’hiver avec l’augmentation de la température entraînait inévitablement la disparition de ces œuvres. Mais loin d’être tristes, les participants réfléchissaient à leur prochaine idée pour mieux recommencer l’année suivante. Avec le temps, plusieurs années de redoux et l’absence de neige en quantité suffisante ont eu raison de ces activités.
