Heures d'ouverture prolongées dans les commerces de détail
« Un autre défi à gérer » - Lucie Bourbonnais
Le 11 mars, les commerces de détail qui le désirent pourront étendre leurs heures d’ouverture de 6 h à 21 h tous les jours. Si sur papier cette nouvelle mesure volontaire peut sembler une bonne idée, ce n’est pas nécessairement reçu comme tel le cas sur le terrain.
Pour réagir à cette proposition annoncée plus tôt cette semaine par Samuel Poulin, ministre délégué à l’Économie et aux Petites et Moyennes Entreprises, on s’est tourné vers Lucie Bourbonnais, propriétaire de La Ribouldingue.
D'emblée, elle n’a pas caché son intention de ne pas appliquer ce nouveau projet de règlement au sein de son entreprise. « On ne suivra pas cette recommandation. C’est déjà difficile pour nous d’être ouverts les soirs où nous le sommes depuis la pandémie. Le jeudi, on ferme à 19 h et je vous dirais que les clients sont peu nombreux à cette heure-là. Je ne me vois pas dire à mes employés de rester ouverts deux heures de plus. Ce ne serait pas rentable pour nous. Le vendredi nous sommes ouverts jusqu’à 21 h, car c’est notre soirée de jeux de société. Encore là, ce n’est pas toutes les semaines où on est occupés jusqu’à la fermeture », observe-t-elle.
Même chose le matin. La Ribouldingue ouvre ses portes à 9 h 30. Il n’est pas rare que les premiers clients de la journée franchissent la porte après 10 h, estime la propriétaire.
Elle ne souhaite pas adopter cette nouvelle possibilité en raison de deux facteurs. « Premièrement, je dois penser à ma main-d'œuvre. Je ne peux pas leur en demander plus qu’actuellement. Mais surtout, deuxièmement, parce que la demande n’est pas là, du moins, pas dans notre secteur. Ce ne serait pas rentable. Ça nous nuirait plus qu’autre chose de le faire. C’est important aussi de préciser que nos employés ne sont pas que des caissiers qui remplissent des tablettes, ce sont des employés avec des connaissances spécialisées sur nos produits. Je comprends que le gouvernement essaie de nous donner des outils pour pallier les ventes perdues aux mains des grosses entreprises comme Amazon, mais ce n’est pas la bonne solution. C’est un combat perdu d’avance. »
Craint-elle les commerces concurrents qui pourraient étirer leurs heures d'ouverture ? « C’est possible que ça nous nuise un peu, mais j’en doute, car les employés là-bas n’offrent pas la même expérience client qu’ici. À mes yeux, cette perte potentielle de profits n’est pas assez importante pour justifier d’ouvrir plus longtemps. Ce ne serait pas rentable. Ce serait logistiquement impossible pour nous. »
Lucie Bourbonnais précise que même lors de la période des Fêtes, elle a modifié ses heures d’ouverture. « Avant la pandémie, on ouvrait tous les soirs jusqu’à 21 h environ un mois avant Noël. Maintenant, on se contente de le faire deux semaines avant. Il faut dire que notre site Internet est accessible 24 h sur 24 h. Même si je voulais, je ne pourrais pas ouvrir comme avant. Mon personnel est déjà débordé à cette période de l’année et la demande n’y est pas. Je pense que notre fidèle clientèle organise bien sa gestion de temps pour passer nous voir pendant nos heures d’ouverture. Sinon, elle commande sur notre web et le ramasse quand elle le désire.»
Enfin, elle précise que ce sera un autre défi à gérer pour les petits commerces comme le sien dès le 11 mars. « Je trouve que le gouvernement, via cette initiative, nous met beaucoup de pression afin de nous obliger à compétitionner avec les grosses bannières de ce monde. On va perdre quelques ventes à cause de ça, c’est certain. Ce sera un autre défi à gérer», conclut-elle.

