Des citoyens s'interrogent sur l'application
Vaudreuil-Dorion: l'interdiction totale d'arrosage passe mal
Par Christopher Chartier-Jacques, Directeur régional des contenus
En plus de faire face aux questions de la communauté sikhe sur le dossier d'une cabane à sucre, le conseil municipal et l’administration de la Ville de Vaudreuil-Dorion ont dû répondre à des questions relatives au Règlement 1821 (R-1821) lors de la séance du conseil du 4 mai. R-1821 permet, entre autres, à la ville d’interdire complètement l’arrosage des pelouses. Une pluie de questions a émané de cette décision.
Une modification a été apportée au R-1821 en janvier dernier. La modification au règlement intitulé « Règlement sur la protection de la ressource en eau » interdit en tout temps l’arrosage manuel, mécanique ou automatique d’une pelouse avec de l’eau potable. Rappelons que dans les dernières années, Vaudreuil-Dorion a interdit périodiquement cet arrosage. L’interdiction complète et préventive est un fait nouveau.
Interpellé sur les raisons derrière cette modification, le maire Paul Dumoulin a expliqué d’une part que la ville doit se conformer à des normes provinciales quant à l'utilisation de l’eau potable. Il a poursuivi en signalant qu’il était primordial pour les autorités municipales d’assurer une certaine pression d’eau, malgré les sécheresses, pour des questions de sécurité publique. Or, argue-t-on, les pics estivaux, entre autres expliqués par l’arrosage des pelouses, créent des enjeux quant au niveau d’eau disponible.
Des questions de procédures
Lors des périodes allouées aux questions des citoyens de la séance du conseil, quelques citoyens, dont Gary Machado, ont directement pointé ce qu’ils qualifient de manque de consultation et d’information en amont du processus de modification du R-1821.
« Des personnes ont investi beaucoup jusqu’à l’année dernière pour leur paysagement. Ils apprennent aujourd’hui que tout ça était en vain. Pourquoi n’avons-nous pas été consultés ou informés l’an dernier que cette mesure était en réflexion. Je crois que de nombreux citoyens auraient fait des choix différents », a questionné le citoyen engagé.
Le maire Dumoulin, pour sa part, n’a pas contesté l’analyse faite sur l’omission de tenir une procédure de consultation et d’information.
« J’étais sur le conseil qui a pris cette décision à l’automne dernier comme conseiller municipal. Il est possible que le processus ait été mal fait. On aurait pu plus consulter », a lancé le nouveau maire en rappelant que la ville a des obligations en matière de protection de l’eau potable. Malgré cette bonne volonté et des principes de conservation, il a semblé concéder que le nouveau principe est « mal appliqué ».
Il a tenu, du même souffle, à répondre à un commentaire souvent formulé en ligne: « Je lis souvent que notre pénurie en eau est causée par la construction des condos récemment. Ce n’est pas le cas: les nouvelles tours à condos sont munis de leur propre système de puits. Elles ne sont pas connectées au réseau municipal. »
Réactions de l’équipe Inspire
Le parti Inspire Vaudreuil-Dorion a fait élire deux conseillères municipales en novembre dernier. L’équipe milite justement pour la mise en place d’une politique de participation et de consultation citoyenne.
La conseillère Jasmine Sharma est revenue sur sa volonté politique. « Le dossier de l’interdiction d’arrosage des pelouses illustre clairement, à mes yeux, la nécessité de doter notre ville d’une véritable politique de participation et de consultation citoyenne. Lorsqu’on souhaite encourager un changement de comportement au sein de la population, il ne suffit pas de réglementer : il faut aussi informer, sensibiliser et mobiliser les citoyennes et citoyens autour des objectifs poursuivis », souligne la conseillère d’expérience. Sa collègue Vanessa Leduc, qui en est à son premier mandat, acquiesce: « bien que la Ville ait amélioré ses outils de communication au cours des dernières années, cela ne remplace pas l’importance d’un cadre formel qui permet aux citoyennes et citoyens de s’exprimer en amont des décisions. Une telle politique devient donc non seulement pertinente, mais nécessaire »
Jasmine Sharma était membre du conseil ayant adopté la nouvelle mouture de R-1821, elle fait son mea culpa: je reconnais avoir été prise à court. Le dossier était à l’étude en pleine période électorale, et avec le recul, j’aurais dû avoir le réflexe de questionner davantage les mesures prévues pour accompagner la population dans cette transition. »
Elle fait un lien avec un autre enjeu qui a mobilisé une forte réponse citoyenne récemment. Rappelons qu’un projet de construction de logements abordables a été renvoyé à la planche à dessin suite à une opposition du secteur. Elle explique: « On l’a vu également dans des dossiers comme celui du logement abordable au parc Esther-Blondin : une approche structurée de participation publique permettrait de mieux encadrer la prise de décision, particulièrement lorsqu’il est question d’acceptabilité sociale. »
Le maire Dumoulin n’a pas formulé de commentaires supplémentaires. Il a toutefois ouvert la porte en séance publique à une modification ou une pondération différentes des paramètres du R-1821.
