Négociations commerciales Canada-États-Unis
Des producteurs au front pour la gestion de l'offre
Par Christopher Chartier-Jacques, Directeur régional des contenus
Alors que s’amorcent les négociations entre le Canada et les États-Unis concernant l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), Benoît Fontaine, président des Éleveurs de volailles du Québec (EVQ) est formel: la gestion de l’offre est non-négociable. Le gouvernement américain n’a jamais caché son dédain de cette disposition canadienne.
La gestion de l’offre au Canada et au Québec prévoit des quotas et des prix fixés pour certains produits agricoles comme le poulet, le dindon, le lait et les oeufs. Du même coup, ce système protectionniste limite très largement l’accès aux produits américains sur les marchés locaux. Il s’agit, entre autres, de protéger le patrimoine agricole canadien.
La région de Vaudreuil-Soulanges, surtout le secteur de Soulanges, compte de nombreuses entreprises laitières ou encore productrices d’oeufs. Signalons, notamment, les installations de Burnbrae à Saint-Zotique. Cette entreprise est un des grands producteurs d’oeufs canadiens. La production laitière, selon l’Union des producteurs agricoles (UPA) génèrent des revenus, au bas mot, de 20 M$ annuellement dans Vaudreuil-Soulanges seulement.
Le président américain Donald Trump a souvent manifesté son désir de voir le système de gestion de l’offre afin de voir les producteurs américains profiter de l’accès au marché canadien.
« Dans les grandes négociations commerciales internationales, on commence par le plus facile: la langue, la culture, etc. Les questions plus difficiles sont laissées pour la fin. C’est la raison de notre mobilisation. Nous ne voulons pas voir la gestion de l’offre service d’atout final pour conclure une entente », explique Benoît Fontaine.
Selon le président de l’EVQ, la gestion de l’offre n’est rien de moins que le pilier de la souveraineté alimentaire canadienne et québécoise. Il prend en exemple la notion de la garantie des plus hauts standards de qualité des produits locaux. En effet, en raison d’une épidémie de grippe aviaire l’an dernier aux États-Unis, le prix des oeufs a connu une hausse fulgurante sur les marchés américains. Le Canada a été épargné de l’épidémie et de l’explosion des coûts.
« Je dis souvent que s’il y a bien un endroit où nous ne devons pas laisser les étrangers mettre les mains, c’est dans nos réfrigérateurs », image le représentant.
Il affirme que pour l’heure rien ne laisse présager que la gestion de l’offre est menacée en laissant tomber du même souffle que « même si on met quelque chose dans un coffre-fort, quelqu’un a toujours la clé. » Rien n’est véritablement garanti, donc.
Préserver la prévisibilité
Frédérick Perrier est directeur général de la Chambre de commerce et d’industrie de Vaudreuil-Soulanges (CCIVS). Il rappelle que le rôle de son organisation est de défendre l'ensemble du tissu économique de notre région dont font partie les entreprises agricoles.
« La gestion de l'offre apporte une stabilité et une prévisibilité importante au secteur agricole. Nous en comprenons l'importance. En même temps, elle peut aussi avoir des impacts réels sur le prix et la compétitivité de nos entreprises locales. Il va demeurer essentiel de préserver les forces qu'offre le système actuel mais aussi d'étudier la possibilité de faire évoluer le modèle pour soutenir le pouvoir d'achat de nos citoyens et le développement économique de notre région. Par exemple, il faut prendre en considération de faciliter l'accès à la relève, améliorer l'équilibre des prix et ouvrir davantage le système à l'innovation sans remettre en cause toute la stabilité du système serait l'idéal », soutient le gestionnaire.
L’agriculture dans Vaudreuil-Soulanges
L’UPA fournit un portrait éloquent de la place de l’agriculture dans la région.
En effet, on trouve localement 447 fermes et 784 producteurs sur une zone agricole de 65 070 ha. Celle-ci représente 76 % du territoire de la MRC.
