« Le communautaire à boutte »
Le milieu communautaire de la région part en grève
Du 23 mars au 2 avril, plus de la moitié des membres de la Corporation de développement communautaire de Vaudreuil-Soulanges (CDCVS) et de Beauharnois-Salaberry (CDCBHS) participeront à une grève de service pour dénoncer le sous-financement de leur milieu, exiger de meilleures conditions de travail et de plus grands investissements de la part du gouvernement du Québec.
Mobilisés autour du mouvement « Le communautaire à boutte », des travailleuses et des travailleurs d’un peu partout dans la province cessent leurs activités ou diminuent grandement leur offre de service afin d’exercer une pression supplémentaire sur les services publics.
En octobre 2025, quelques organismes concentrés à Shawinigan et dans le reste de la Mauricie ont participé à une première semaine de grève, marquant un tournant pour le milieu communautaire.
Cette mobilisation locale est rapidement devenue un mouvement de solidarité partagé par de nombreuses CDC à travers le Québec, ce qui confirme que les enjeux soulevés dépassent largement une seule région. D’autres cellules ont ainsi vu le jour ailleurs, dont ici dans le Sud-Ouest.
Les organismes communautaires comblent déjà un angle mort du filet social, mais selon Andréanne Poulin-Lavigne, directrice générale de COMQUAT et porte-parole de la cellule locale du mouvement, « si nos revendications n’aboutissent à rien, des organismes vont devoir fermer de manière permanente et ça, ça crée des trous de service à jamais », exprime-t-elle.
Mettre de la pression sur le système
Dans la région, près de 1300 groupes ont reçu un mandat de grève de service. Cela représente des centaines voire des milliers de personnes qui, du 23 mars au 2 avril, n’auront pas accès à l'entièreté de l’aide habituellement offerte sur le terrain par ces organismes communautaires.
Ainsi, on espère que les gens dans le besoin iront, d’une certaine manière, engorger les services publics. « C’est sûr que nos moyens de pression auront des impacts sur la population, mais on a essayé d’autres avenues par le passé et ça n'a pas marché », rappelle la porte-parole de la cellule locale.
De plus, Mme Poulin-Lavigne estime que les usagers comprennent et soutiennent le mouvement communautaire : « Ils savent qu’on travaille fort, ils nous le disent souvent et nous remercient. »
Les services essentiels ne seront pas interrompus, mais l'action vise à mettre en lumière une réalité trop souvent ignorée: le milieu communautaire est un pilier indispensable de la société québécoise.
« Les organismes communautaires de Beauharnois-Salaberry sont à bout de souffle. Chez nous, la réalité est brutale : on a dû doubler le coût des activités pour nos membres, payer le tiers de notre équipe au salaire minimum, et consacrer un tiers de notre temps d'administration à courir après des subventions ponctuelles plutôt qu'à servir notre communauté. On a même dû déménager dans un local plus petit. Appliquer une politique salariale équitable ? C'est devenu utopique. On ne demande pas la charité : on demande un financement à la hauteur du travail qu'on accomplit », ajoute une membre de la cellule locale de mobilisation de Beauharnois-Salaberry.
Changer l'avenir de la région une revendication à la fois
Dans un contexte de précarité et d’incertitude grandissante, les groupes communautaires jouent un rôle d’une importance capitale. Statistiquement, un Québécois sur trois aura besoin de l’aide du milieu communautaire dans sa vie, mais sans financement stable et adéquat, la capacité et même la survie de certains organismes ne tiennent qu'à un fil.
À travers le mouvement « Le communautaire à boutte », on revendique premièrement des conditions de travail décentes pour les travailleuses et travailleurs du communautaire.
« On ne demande même pas de meilleurs salaires, on veut surtout les moyens de pouvoir engager plus de personnel [...] On travaille comme des fous pour aider les gens de la population et ça finit par nous placer nous-mêmes en situation vulnérable », explique Andréanne Poulin-Lavigne.
Deuxièmement, on demande un financement suffisant à la mission. Dans la plupart des organisations, le manque à gagner est de plus en plus important. Pour ce qui est de COMQUAT par exemple, c’est 50 000 $ qui sont nécessaires chaque année pour le bon fonctionnement des activités. En 2025-2026, l'organisme a reçu le dixième de cette somme.
Le milieu communautaire réclame aussi une meilleure prévisibilité pour ce qui est des appels de projets. Il leur faut parfois attendre plusieurs mois avant d’obtenir une réponse, ce qui mobilise des ressources pour rien et ralentit le développement de projets.
Troisièmement, le monde communautaire désire obtenir une reconnaissance pleine et entière des organismes de la part du gouvernement : les travailleurs et travailleuses sont épuisés et tannés de se faire dire qu’ils font leur travail par vocation. « Oui ça nous tient à cœur, mais à quel prix ? « Il faut vraiment être fait fort », souligne Mme Poulin-Lavigne, rappelant par le fait même qu’elle doit elle aussi être en mesure de vivre.

La protection de l'autonomie, la fin du financement précaire, et un engagement clair à investir dans le modèle communautaire comme pilier stratégique font également partie des demandes du mouvement « Le communautaire à boutte ».
« Ça fait des semaines que nous constatons que la classe politique manque clairement de considération envers le travail des groupes communautaires. Combien de groupes devons-nous encore mobiliser ? Doit-on toujours prendre la rue au Québec pour être pris au sérieux et entamer des discussions officielles avec les représentants du gouvernement ? », conclut Mathieu Gélinas, co-porte-parole du mouvement.
Le lundi 30 mars, les différentes cellules iront toutes à la rencontre de leurs députés provinciaux. Puis, le 2 avril, la mobilisation culminera à Québec, devant l'Assemblée nationale, où des milliers de travailleuses et travailleurs se rassembleront pour interpeller directement les décideurs.
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