Manon Desrochers prendra sa retraite le 30 décembre prochain
Accrocher définitivement ses ciseaux après 43 ans en coiffure
Le 30 décembre prochain, Manon Desrochers, coiffeuse de métier depuis 43 ans, va accrocher définitivement son tablier et ses instruments pour profiter d’une retraite bien méritée.
Pour dresser le bilan de sa carrière bien remplie, Néomédia est allée à sa rencontre entre deux clients à L’Atelier pour Elle et lui à Les Coteaux où elle loue une chaise depuis déjà quelques années.
« Une de mes clientes pleurait ce matin quand je lui ai annoncé la nouvelle, car on tisse vraiment un lien particulier avec notre clientèle. On est un peu le psychologue de nos clients, sans avoir le salaire qui va avec. Parfois, on me fait des confidences que je suis la seule à savoir. Je ne quitte pas car la passion est partie, je pars parce que mon corps m’envoie des signaux. Mes épaules me font mal et j’ai deux fasciites plantaires et des épines de Lenoir qui me font souffrir le martyr depuis quatre ans. Je ne peux plus rester debout aussi longtemps qu’avant », confie-t-elle d’entrée de jeu.
Un choix de carrière qui remonte à 1982
À quelques semaines de sa retraite, Manon Desrochers raconte ses débuts dans cette profession qu’elle a choisie pour gagner sa vie. « C’est en 1982 que j’ai suivi mon DEP en coiffure au Centre de formation professionnelle situé à Salaberry-de-Valleyfield. À l’époque, il fallait choisir entre coiffer les hommes ou les femmes et j’ai décidé de me spécialiser dans la coiffure masculine. Dans ce temps-là, on ne coiffait pas les deux sexes au même salon (rires). »
Comment a-t-elle atterri dans le milieu de la coiffure? « Au secondaire, on allait voir un orienteur pour savoir quel métier nous conviendrait. Déjà à l’époque, je savais que je pratiquerais une profession manuelle. Je n’aimais pas le français, les maths et les autres matières. L’orienteur m’a guidée vers le métier de coiffeuse, car c’était manuel et créatif à la fois. Je me suis dit que c’était une bonne idée. Je me suis donc inscrite au DEP en coiffure. Par précaution, je m’étais aussi inscrite en secrétariat comme plan B. J’ai été acceptée dans les deux programmes et j’ai choisi le premier », raconte-t-elle en pliant des serviettes qui serviront à sécher les têtes des clients du lendemain.
Après quatre ans au secondaire à la polylvalente de Saint-Polycarpe, Manon Desrochers prend le chemin de Salaberry-de-Valleyfield pour y compléter un DEP de deux ans en coiffure, soit de 1982 à 1984. « Je ne connais personne là-bas, mais j’ai complété mon cours. Pour mon stage, j’ai été engagée dans un salon de Salaberry-de-Valleyfield où je suis restée de juin à septembre. J’avais envie d’ouvrir mon propre commerce et je l’ai fait en septembre 1984 à Saint-Polycarpe. J’avais 19 ans. J’ai finalement coiffé là-bas jusqu’en 2002. Mon Salon était dans ma maison, ce qui m’a aussi aidé avec la conciliation travail-famille.»
En 1987, la loi change et autorise maintenant les hommes et les femmes à se faire coiffer au même endroit. Manon Desrochers profite de l’occasion pour suivre un cours en ce sens, mais aussi pour être maître-coloriste.
Est-ce plus facile de coiffer une femme ou un homme? « On peut penser que la gent masculine est plus simple, mais ce n’est pas le cas. Eux aussi aiment être coquets et savent ce qu’ils veulent. À l’époque, c’étaient les femmes qui décidaient de comment leur mari était coiffé », note-t-elle.
Les réseaux sociaux, le plus grand changement
Depuis ses débuts, le plus grand changement avec lequel Manon Desrochers a dû composer n’est pas technique, mais plutôt technologique. « Oui, le matériel a évolué et les termes ont changé même si la base du métier reste la même. Ce qui a le plus changé est l’arrivée des médias sociaux qui facilitent le recrutement de clients. Par exemple, je mets une nouvelle coupe sur mes réseaux sociaux avec un avant et après et quelqu’un m’écrit pour avoir la même. »
Après quatre décennies de pratique, Mme Desrochers trouve toujours que la coiffure est le plus beau métier du monde. « On l’a vu pendant la pandémie comment on faisait du bien aux gens. Il faut s’y investir à 100%. En tant que coiffeuse, je suis toujours en apprentissage des nouvelles tendances et je participe à des congrès pour connaître les nouveaux produits disponibles sur le marché. Je regarde souvent des Tik Tok ou des vidéos sur les réseaux sociaux sur la coiffure. »
Pour la coiffeuse expérimentée, plusieurs qualités sont requises pour pratiquer son métier. « Il faut de la patience puisqu’on est dans le service à la clientèle, mais surtout de la passion. C’est long toute une vie à faire quelque chose que tu n’aimes pas. Tu dois aussi être gentille, à l’écoute et empathique à l’égard de la clientèle. Il faut aussi être à l’aise avec les réseaux sociaux. Il ne faut non plus être dédaigneuse des cheveux, parce que j’en retrouve partout sur moi à la fin de mes journées. »
Au cours de sa carrière, elle a vécu plusieurs moments touchants. Par exemple, une cliente atteinte du cancer lui a demandé de raser ses cheveux. « Je lui tenais la main en le faisant et on pleurait tous les deux. »
Mais elle a aussi vécu quelques moments moins…plaisants. « Un monsieur âgé m’a déjà touché les seins pour me faire une blague. Disons que je suis restée surprise. »
Dans l’un de ses commerces, Manon Desrochers a aussi eu un lit de bronzage. « Un monsieur m’a déjà demandé de lui mettre de la crème alors qu’il était nu comme un ver. Je lui ai dit que je n’offrais pas ce genre de service et je l’ai laissé se débrouiller », confie-t-elle en riant.
Elle a aussi eu droit à plusieurs confidences au fil des ans. « Un client m’a confié qu’il était amoureux de l’une de ses employées. Personne n’était au courant à part moi. Ce qui se dit ici reste ici. Il faut aussi faire preuve de discrétion quand on pratique ce métier. »
Enfin, quels sont ses plans pour sa retraite? « Beaucoup de repos. Puis, je vais essayer de me trouver un autre travail où je peux m’asseoir souvent. Je n’ai pas les moyens financiers de ne pas travailler. Je veux remercier exprimer ma gratitude à ma clientèle pour leur confiance au fil des ans. Ils m’ont aidé autant que je les aidé. Je vais assurément m’ennuyer de ces contacts humains », conclut-elle.

