« Le PTEM ne tient pas compte de nos besoins réels » - Sylvain Dufresne
Manque de médecins pour le futur hôpital: le bouton panique est enclenché
L’avenir de l'hôpital de Vaudreuil-Soulanges semble boiteux selon des professionnels et des acteurs importants du milieu de la santé. Il y a un manque criant de médecins et de personnel de soutien et aucune solution ne se pointe à l’horizon pour le moment. À deux ans de l’ouverture prévue du centre hospitalier, c’est aux instances décisionnelles d’agir selon les intervenants questionnés par Néomédia.
En fait, que ce soit pour Marie-Claude Nichols, députée libérale de Vaudreuil, Sylvain Dufresne, président de l'Association des médecins omnipraticiens du Sud-Ouest (AMOSO), ou Philippe Smith, chef de la médecine générale au CISSSMO, l’enjeu est clair: il faut revoir les plans territoriaux des effectifs en médecine de famille (PTEM).
Contrairement à ce que plusieurs personnes pourraient soupçonner, l'attractivité de notre région n’est pas remise en cause. « Les jeunes médecins sont prêts à venir s’installer ici, mais les limites territoriales les en empêchent », dénonce Mme Nichols.
Selon le Dr Sylvain Dufresne, la méthode utilisée pour calculer les PTEM désavantage structurellement la région de Vaudreuil-Soulanges, et ce, pour deux raisons principales.
Il estime d’abord que les besoins de notre région sont captés, à tort, dans d’autres hôpitaux du réseau. Visites à l'urgence, hospitalisations, accouchements et ainsi de suite sont des services pour lesquels les Vaudreuil-Soulangeois se déplacent vers Valleyfield, Châteauguay, Lakeshore, Lachine et certains hôpitaux montréalais, voire ontariens.
« Le PTEM ne tient pas compte de nos besoins réels, la répartition n’est pas équitable puisque la Montérégie-Centre et la Montérégie-Est profitent de notre manque », critique le Dr Dufresne, se disant frustré de la situation. « Tout ce que je veux, c’est défendre les besoins de la population…Est-ce que les besoins sont vraiment bien compris dans [le Sud-Ouest] ? Je ne suis pas sûr », complète le médecin de famille.
Son collègue, le Dr Philippe Smith, abonde sensiblement dans le même sens. Il évoque les 150 postes vacants en résidence de médecine familiale. Cette absence de candidat va être ressentie dans deux ans.
Selon lui, il faut trouver des solutions innovantes pour éviter le pire. Pas dans deux ans, maintenant. « C’est urgent, si on attend, on ne sera pas en mesure d'ouvrir cet hôpital et ça va être difficile à accepter pour les contribuables et pour notre région », exprime le Dr Smith.
Si les façons dites traditionnelles d’engager des médecins, soit via le département territorial de médecine familiale (DTMF), le programme d’arrangement de reconnaissance mutuelle (partenariat Québec-France) ou la mobilité interrégionale (MIR), suffisent à peine à combler le manque d’effectif actuel, Philippe Smith pense aussi qu’il est temps de revoir la répartition des PTEM.
Créer un écosystème complet
En tout, il faudra engager 3 500 personnes pour faire fonctionner le nouveau centre hospitalier. Au-delà des médecins, il faut penser à tout le personnel soignant: les infirmières, les spécialistes, mais aussi les techniciens et le personnel administratif.
« Je suis prêt à appuyer sur le bouton panique, s’il n’y a pas de personnel, on va avoir de la misère à le mettre en marche, cet hôpital », souligne Sylvain Dufresne.
Toujours d'après lui, le gouvernement pourrait considérer attirer des infirmières avec des mesures incitatives. « Si notre territoire avait une plus grande autonomie décisionnelle, notamment au niveau du DTMF, nous pourrions probablement mieux défendre notre réalité et améliorer notre position en matière de besoins d’effectifs médicaux », ajoute M. Dufresne.
La position du politique
Dans la mesure où il manque encore beaucoup d'employés pour que l'hôpital carbure à plein régime, le retrait du PEQ paraît comme un non-sens pour les partis de l’opposition, mais aussi pour les gens qui œuvrent en santé. « Quand les gens de Développement Vaudreuil-Soulanges disent qu’on a besoin d’un droit spécial par rapport à la main-d'œuvre étrangère, ils ont raison », soutient Marie-Claude Nichols.
Le manque d’effectif est un problème qui préoccupe la députée de Vaudreuil depuis le tout début du projet: « C’est un enjeu majeur et je suis plutôt découragée de ce que je vois du gouvernement dans les huit dernières années », explique-t-elle, critiquant du même coup le manque de proactivité de la CAQ.
Pour Mme Nichols, la loi 2 n’a pas aidé le gouvernement québécois dans le dossier du nouvel hôpital de Vaudreuil-Soulanges et a plutôt contribué à creuser l'écart entre le milieu politique et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ). « Il faut les traiter comme des partenaires parce qu’on a besoin d’eux », ajoute la députée.
À quelques mois des prochaines élections provinciales, les médecins interviewés par Néomédia poussent les politiciens à faire de cet enjeu l’un des points centraux de leur campagne. « Peu importe les politiciens qui se présenteront, pour être élus, ils devront s’engager fermement à faire avancer ce dossier là auprès du ministère de la santé », termine avec aplomb le Dr Dufresne.

