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Cent vingt-six camions par jour

Le maire renforcit son NON pour la plateforme de compostage

durée 18h00
13 mai 2022
Stéphane Tremblay
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Temps de lecture :

5 minutes

Par Stéphane Tremblay, Journaliste

Le maire de Sainte-Justine-de-Newton, Shawn Campbell, persiste et signe: « Il n’y aura pas de plateforme de compostage dans ma localité ».

Élu à la mairie en novembre 2021, l’ancien conseiller explique que le mot « expropriation » a fait lever un drapeau rouge. 

Le premier des 19 points de la résolution adoptée à l’unanimité, le 10 mai, par les élus de Sainte-Justine-de-Newton, signifiant leur désaccord au projet, est limpide. 

« Lors de la rencontre des maires de la MRC du 20 avril, un maire honorable et influent, politicien expérimenté, disposant lui-même de deux droits de vote au conseil de la MRC, a déjà émis une opinion tranchante proposant l’expropriation de terrain dans la municipalité de Sainte-Justine-de-Newton, avant même que la MRC et la Société de gestion de matière résiduelle (SGMR) ait eu l’occasion de présenter son projet initial à la municipalité, dans un esprit dit de collaboration », peut-on lire dans cette résolution, dont Néomédia a obtenu une copie. 

« La déclaration de ce maire a eu lieu dans une rencontre de la MRC, tenue à huis clos. Pour moi, ça voulait dire que peu importe notre opinion, la MRC n’en tenait pas compte et allait de l’avant avec le projet. On s’en balançait que des gens soient expropriés pour arriver à leur fin. Ce n’est pas comme ça que ça marche », s’exprime le maire Campbell dans une longue entrevue téléphonique.

Malgré le fait que le maire anonyme, celui qui a soulevé l’idée d’expropriation, dira plus tard que ses paroles ont dépassé ses pensées, le maire de Sainte-Justine-de-Newton aurait aimé plus que de simples regrets.

« J’ai clairement exprimé mon étonnement et mon mécontentement lors du caucus du 27 avril, sans que la MRC n’exprime des excuses, tente de réparer l’impair ou en prenne note dans un procès-verbal officiel ». 

« Dès le départ, je devais faire face à une pression sociale, des préoccupations et des craintes des citoyens, soucieux de conserver leur tranquillité d’esprit. Des excuses officielles auraient pu permettre de calmer le jeu, mais rien ».

Shawn Campbell assure que cet imbroglio a causé un bris de confiance majeur. « Le risque élevé que ce maire influent ne cherchât à rallier d’autres maires de la MRC ou membres du SGMR à son approche et à son attitude était bien réel ».

Manque de communication

Le maire Campbell n’est pas tendre envers la MRC l’accusant d’un manque flagrant de communication. Il souligne avoir envoyé plusieurs correspondances afin d’obtenir des réponses claires à de nombreuses questions soulevées par le conseil municipal de même que par des citoyens.

« Après plusieurs mois d’attente, nous venons de recevoir quelques réponses, sans plus. Dire non pour dire non, c’est trop facile. Il faut peser les pours et les contres avant de prendre une décision finale, mais si tu n’a pas tous les éléments devant toi pour prendre cette décision, difficile de le faire de façon éclairée ». 

La plus grande interrogation est l'investissement du projet évalué à 20 M$. « Ce montant comprend l’ensemble du projet. Combien pour la machinerie? combien pour les travaux? combien pour le bâtiment? parce que moi je ne peux percevoir des taxes que sur l’édifice », mentionne-t-il.

Les retombées

Shawn Campbell est aussi estomaqué par la réponse de la MRC  « pour les possibles bénéfices escomptés pour Sainte-Justine-de-Newton, la MRC a proposé de l’assistance à des projets éventuels, alors que cette assistance fait déjà partie du rôle de la MRC auprès de ses constituantes », dit celui qui n’a pas voulu émettre de qualificatif sur cette réponse de la MRC, question de ne pas mettre de l’huile sur le feu.

Autre inquiétude du maire Campbell est que la plateforme de compostage pour recevoir les matières organiques recueillies lors des différentes collectes de résidus alimentaires, dans Vaudreuil-Soulanges, devienne trop grosse. 

« Nous avons des inquiétudes et des réserves quant au développement éventuel du site de compostage qui pourrait connaître un essor exponentiel vu les immenses besoins publics et la philosophie actuelle de récupération de déchets résiduels dans notre MRC ou dans d‘autres ».

Cette augmentation du volume de résidus proviendrait des centres d’alimentation, de toutes nouvelles résidences, des constructions futures dans la MRC, de bâtiments multi-logements et de centres de restaurations, notamment. «Ajoutons les matières vertes non comptabilisées, le tout sans que jamais la municipalité puisse exercer aucun frein d’arrêt, de droit de regard, étant minoritaire à la la MRC et dans la gouvernance ».

Un scénario encore plus inquiétant aux yeux du maire de Sainte-Justine-de-Newton est que les résidus de la Communauté métropolitaine de Montréal soient acheminés au site de Sainte-Justine-de-Newton. 

« On me dit que non, mais si le vote est demandé pour accueillir les résidus de la Communauté métropolitaine de Montréal, on aura pas un mot à dire, notre vote est minoritaire parmi les autres maires de la MRC. Une fois le site aménagé, on ne pourra plus stopper rien ». 

Le maire assure ne pas être contre l’environnement. Au contraire, ils invitent ses contribuables à poser des gestes environnementaux. « La municipalité est essentiellement un milieu rural, visant actuellement que chaque citoyen assure son propre compostage, dans l’esprit d’un virage vert et d’économie de coûts ». 

126 camions par jour 

La circulation accrue dérange aussi le maire Campbell. « On parle de 63 camions entrant quotidiennement au site de compostage. Moi je compte en double, soit 126, car ces mêmes camions devront ressortir. C’est deux fois plus d'achalandage dans un trafic déjà dense avec les machineries agricoles. Nous avons déjà des problèmes de vitesse avec les automobilistes qui ne respectent pas les limites sur le 3e rang et la Principale, ça ne fera qu’aggraver une situation dangereuse ».

Finalement, Shawn Campbell dit préférer consacrer ses énergies sur de véritables projets pour sa communauté que sur cette plateforme de compostage qui ne créera qu’un seul emploi une fois opérationnelle. « Je sais que nous sommes une municipalité dévitalisée, mais investissons notre temps dans des projets comme 15 maisons et huit fermes équestres qui pourraient être construites dans la localité. Passons du temps sur ces règlements de zonage, ça sera plus profitable pour nous », lance celui qui voit à la destinée de quelque 1000 résidents. 

Le préfet garde le silence

Après avoir laissé un premier message sur la boîte vocale du conseiller en communication à la MRC de Vaudreuil-Soulanges afin d’obtenir une entrevue sur le sujet avec le préfet, Patrick Bousez, mercredi, et une seconde tentative, jeudi, (pas moins de 22 coups avant d’obtenir la messagerie) c’est finalement vendredi matin par courriel que la MRC a dit préférer ne pas commenter. 

« Malheureusement, nous devons décliner cette demande d’entrevue. En raison de votre biais dans le dossier, nous estimons n’avoir rien à ajouter », peut-on lire dans la réponse à notre courriel. 

Shawn Campbell est bien conscient que le refus d’aménager une plateforme de compostage sur le territoire de Sainte-Justine-de-Newton choque des élus de la région, car c’est un dossier «chaud», a-t-il conclu.

 

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