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Il y a 51 ans

Entretien avec Nicole Juteau, la première policière au Québec

durée 18h00
22 mars 2026
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Marie-Claude Pilon
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Par Marie-Claude Pilon, Journaliste

En 1975, Nicole Juteau est embauchée par la Sûreté du Québec, devenant ainsi la première femme dans toute la province à occuper le poste de policière. Plus tard, elle brisera de nouveau le plafond de verre en étant à la fois enquêteuse et agente double à l’Escouade régionale alcool et moralité.

Plus tôt cette semaine, Néomédia a eu la chance de s’entretenir avec la femme inspirante qui a publié son histoire dans son autobiographie La téméraire. Cette dernière a demeuré plusieurs années dans Vaudreuil-Soulanges, où elle conserve encore des liens familiaux et amicaux.

Un métier qu’elle découvre dès l’adolescence

C’est pendant son adolescence, à Montréal-Nord, que l’éveil de Nicole Juteau pour ce métier fort en adrénaline se réalise. « Il y a presque toujours des accidents de la route au coin de ma rue. Je m’y rendais pour observer le travail des policiers. Je me demandais tout le temps, à mon retour à la maison, quel était l’état des victimes. Je me disais que les policiers devaient le savoir, car ils savent tout. C’est ce qui m’a intéressée dans le métier dès le départ. Il faut dire que mon père était pompier. J’ai donc été sensibilisée dès l’enfance à ces métiers d’urgence où la mission première des intervenants est d’aider les gens », résume-t-elle.

Fait intéressant : Mme Juteau a découvert sa vocation en même temps qu’un de ses frères qui a entamé son parcours en Technique policière au même moment. Celui-ci a fait carrière au sein de la Gendarmerie royale du Canada.

Un chemin pavé d’obstacles

Lorsqu’elle a décidé de s’inscrire en Technique policière, Nicole Juteau a dû faire preuve de ruse. « À l’époque, le programme se donnait seulement au Cégep d’Ahunstic et il était interdit aux femmes. Je n’avais pas le droit de m’inscrire, car la profession était réservée aux hommes de cinq pieds huit pouces et 140 lbs, tel que stipulé par la loi. Je me suis donc inscrite en Technique correctionnelle, car la première année de cours était la même qu’en Technique policière. Une fois en première année, j’ai fait une demande de changement de programme pour la deuxième année », témoigne-t-elle.

Le reste de l’histoire implique un peu de chance. « La personne qui s’occupe des demandes de transfert de programmes était nouvelle et ne savait pas que les femmes étaient interdites en Technique policière. Elle a donc accepté ma demande. L’année suivante, je suis arrivée en classe avec le papier confirmant l’acceptation de ma demande, parce que je savais que j’aurais sans doute des problèmes (rires). Finalement, le directeur du cégep m’a demandé de lui signer un papier attestant que je n’entamerais pas de poursuites judiciaires contre le cégep si je ne me trouvais pas d’emploi dans ce domaine. Ce que j’ai fait. J’ai pu poursuivre ma formation par la suite. »

La suite de sa carrière lui aura donné raison de persévérer. À sa troisième année, qui s’est passée à l’École nationale de police, elle est arrivée au troisième rang lors des tests physiques sur 49 candidats, dont 46 de sexe masculin.

« Quand j’ai obtenu mon diplôme, deux corps de police embauchaient des femmes, soit la Sûreté du Québec et le Service de police de Sainte-Foy. À l’époque, la SQ n’avait pas d’uniformes pour des policières. Lors de ma première journée, le 19 juin 1975, on m’a dit que je n’avais pas le droit d’aller sur le terrain en raison de la loi. J’ai dû attendre trois mois avant que les parlementaires changent la loi. Le 1er septembre 1975, j’ai pu être assermentée officiellement et je suis devenue la première policière au Québec. »

Dans son milieu de travail, Mme Juteau a dû composer avec les commentaires de certains collègues. « J’ai été patrouilleuse pendant six ans. Au début, un seul collègue sur vingt acceptait d’être en binôme avec moi. J’ai longtemps patrouillé seule et les gars disaient entre eux que j’irais me cacher dans les bois si j’avais peur. Par la suite, j’ai été enquêteuse et agente double à travers le Québec pendant 17 ans. J’ai occupé les deux fonctions en simultanée.»

Et face aux criminels? « Étonnamment, lors des arrestations, ils voulaient tous embarquer dans ma voiture. Ils disaient qu’au moins je ne les battrais pas. »

Nicole Juteau a aussi travaillé pendant deux ans et demi aux renseignements criminels, notamment en tant qu'agente double auprès des Hells Angels. Elle a côtoyé de près Maurice « Mom » Boucher avant de prendre sa retraite en 2001. En marge de sa carrière, Mme Juteau s’est aussi beaucoup impliquée au sein des Olympiques spéciaux à titre d’entraîneuse.

Aujourd’hui, près de 51 ans après son arrivée au sein de la SQ, le corps de police provincial compte 1400 femmes dans ses rangs. « Je suis contente d’avoir contribué à leur ouvrir les portes. Sinon, sur le plan personnel, je me rends dans les écoles intéressées pour jaser de ma carrière et de mon parcours avec les jeunes. Ça me fait toujours plaisir de le faire. »

En terminant, quel conseil aimerait-elle partager avec les jeunes femmes intéressées par le métier? « C’est la plus belle profession du monde. On peut vraiment y avoir une belle carrière. Il ne faut pas hésiter. Je suis toujours disponible pour aider les jeunes policières et partager mon expérience avec elles », termine-t-elle.

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