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10 mars 2021 - 07:00

Par ExploreVS

Ma thérapie par la raquette

Texte de Colette Lebel

Je commence le cinquième livre de la série de Marcel Proust, À la recherche du temps perdu. Un défi que je m’étais donné, tout juste avant les Fêtes, histoire de chasser l’ennui des soirées d’hiver en confinement. J’avoue que j’y trouve des longueurs. Mais parfois, je tombe sur une envolée qui me transporte d’émotion. Et je prends plaisir à la relire plusieurs fois pour la savourer entièrement. Ça compense largement pour les longueurs.

Mais c’est bien beau, la lecture, le télétravail et quelques marches pour prendre l’air, j’avais besoin de faire autre chose. Un petit coup de cafard, quoi. Aussi, sans plus y réfléchir, jeudi après-midi, j’ai averti mon patron que j’allais prendre congé le lendemain. Et je me suis concocté une belle longue fin de semaine. À l’agenda, pour mon vendredi, j’ai remplacé la préparation d’un Powerpoint par une randonnée en raquette au Mont Rigaud.

Vendredi matin, 9 heures. Il fait -15 °C. En fait, -23 °C, avec le facteur vent. J’enfile plusieurs épaisseurs de vêtements, je m’enduis le visage de beurre de karité, je rassemble lunettes de soleil, couvre-visage, carte de crédit et, bien sûr, téléphone cellulaire pour me faire une bonne provision d’images lumineuses.

La location de raquettes est bon marché : 9,99$ pour la journée. Je dois dire que je n’ai pas pratiqué la raquette depuis 20-25 ans. En fait, je suis restée au stade de la babouche. Aussi, je regarde la nouvelle version de l’objet avec une pointe d’interrogation dans les yeux – c’est la seule partie de mon corps qui puisse exprimer quoi que ce soit. Mais le préposé est fin observateur. Soupçonnant mon retard en la matière, il me pointe le banc et m’invite à m’asseoir. Avec bienveillance et humour, il prend une raquette et m’explique le fonctionnement de l’ingénieux mécanisme qui tiendra ma bottine bien en place dans la raquette et que je pourrai désamorcer pour l’en retirer.

Attentionné comme un professeur de maternelle, il me fait même pratiquer. Fière de lui montrer quelle bonne élève je suis, je prends l’autre raquette en lui disant : « On va les mélanger, pour voir! » et je lui fais la démonstration que, eh bien oui, même en les mélangeant, je suis toujours capable. On rigole. Ce sont ces petits moments de rien qui rendent la pandémie plus supportable. Un petit mot d’humour, un sourire gratuit, un petit coup de main, tout ça vous fait grand bien.

Carpe Diem

On me remet une carte des sentiers. J’aurai l’embarras du choix. La seule contrainte, me dit-on : on ne va pas en raquettes dans les pistes de ski de fond.

Aucun problème pour moi. De toute façon, je préfère battre ma propre piste. La beauté de la raquette, c’est justement cette possibilité qu’elle nous donne d’aller, sans autre préavis, là où personne n’est allé, de fouler une neige encore toute vierge, tel un premier colon.

Mes yeux ne sont pas assez grands pour capter l’immensité du panorama. De gauche à droite, de haut en bas, tout m’enveloppe et me conforte. Je m’emplis et me rassasie.

Dans cet état d’immersion dans la nature, c’est inévitable : il me remonte toujours, par l’intérieur, un puissant sentiment d’émerveillement et de gratitude. Ai-je le bonheur facile? Peut-être. Mais il faut aussi y mettre un peu du sien, s’efforcer de tourner son attention sur ce qui est beau et bon, plutôt que sur les tensions qu’on vit.

Je suis revenue sereine et chargée de bonnes énergies. Un état d’âme qui m’a habitée quelque temps et que j’ai pu rediffuser à mon tour, ne serait-ce que par un coucou à un enfant, là-bas, ou par un sourire à la dame qui attend patiemment son tour, devant la porte d’entrée du bureau de location. Car la gratitude, c’est contagieux, même à plus de 2 mètres de distance.

En quittant le Mont Rigaud, je note les autres types de thérapie qui y sont offertes. La prochaine fois, ça sera la thérapie par le Fatbike. On n’arrête pas le progrès!

 

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