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Vingt ans après la tragédie de Dawson, un survivant travaille au SPVM

Vingt ans après la tragédie de Dawson, un survivant travaille au SPVM
Photo: La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Il y a deux décennies, James Santos a vu son amie mourir après qu'un individu eut tiré des coups de feu à l'intérieur du cégep Dawson, de Montréal. Aujourd'hui, il est policier au Service de police de Montréal (SPVM), qui, selon lui, lui avait sauvé la vie ce jour-là.

Dimanche marquera le 20e anniversaire de l'attaque. Le 13 septembre 2006, un tireur est entré dans le cégep et a ouvert le feu sur des étudiants dans le hall. Il a tué Anastasia De Sousa, âgée de 18 ans, et en a blessé 16 autres, selon un rapport du coroner datant de 2008.

James Santos, alors âgé de 17 ans, déjeunait avec Anastasia De Sousa, ce jour-là. La cafétéria était bondée et les deux jeunes gens avaient trouvé une table libre près de l’entrée, se souvient-il dans une interview accordée à La Presse Canadienne.

«Nous parlions de notre week-end et de ce que nous avions fait, et nous riions — puis, tout à coup, j’ai vu le tireur entrer», raconte-t-il.

Lorsqu’il a compris que l’homme était armé d’une véritable arme, M. Santos s’est précipité derrière des chaises. Mme De Sousa, qui ne voyait pas le tireur, s’est levée.

«Elle s’est retournée pour faire face au tireur et, en gros, l’un des premiers coups de feu a été tiré sur mon amie», témoigne M. Santos.

Pensant que Anastasia s’était évanouie, le futur policier a rampé jusqu’à elle pour la traîner à l’abri.

«C’est là que j’ai compris qu’elle avait été touchée par une balle près de l’abdomen. J’ai donc essayé de la réconforter, de lui dire que j’étais à ses côtés et que tout irait bien», relate-t-il.

Peu après, le tireur a de nouveau tourné son attention vers M. Santos. Il lui a ordonné de se lever et de se placer devant lui, pour servir en quelque sorte de bouclier humain. James a obéi.

«Je ne voulais pas le mettre en colère, car je pensais qu’Anastasia était toujours là, et j’avais aussi d’autres amis qui étaient pris au piège», explique-t-il.

Il a tenté de raisonner le tireur. À ce moment-là, il s’est résigné à l’idée qu’il allait mourir.

«Je ne voulais simplement pas entraîner d’autres élèves dans ma mort», dit M. Santos.

Il a raconté au tireur des mensonges pieux sur la configuration de l’école, lui disant qu’un couloir menait au local d’entretien ou qu’un autre ne menait nulle part.

Lorsque le tireur lui a demandé à M. Santos comment allait Anastasia, le futur policier ne savait pas quoi répondre. À ce moment-là, il espérait encore que son amie était en vie. Il a donc répondu au tireur qu’il n’en était pas sûr et lui a demandé de le laisser aller lui porter secours.

«Il n’a rien dit — il a simplement chargé son chargeur dans un pistolet semi-automatique et s’est dirigé vers elle, il a vidé ses 12 balles sur elle, puis il est revenu et m’a dit que je n'avais plus rien à craindre», poursuit M. Santos.

L'étudiant s’est figé. Plus tard, lorsque le tireur a menacé un autre élève avec son arme, M. Santos a craqué et s’est mis à hurler au tireur de laisser cet élève tranquille.

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«Je crois que j’en avais assez de tout ça. Assez des coups de feu, du sang, des cris des élèves, de tout ça, dit-il. Le tireur n’a rien dit, il s’est contenté de rire.»

Le tireur a épargné cet autre élève. Quelques instants plus tard, la police est intervenue en tirant à son tour. M. Santos était persuadé que le tireur, furieux, allait l’abattre. Au lieu de cela, l'homme s’est suicidé.

M. Santos s’est enfui. Il pensait que plusieurs heures s’étaient écoulées depuis la mort de la jeune De Sousa et le début de ce calvaire.

«J’ai appris un peu plus tard qu’une douzaine de minutes s’étaient écoulées.»

Des embûches

En 2008, Michaelle Jean, alors gouverneure générale du Canada, a décerné à Santos l’Étoile du courage, pour ses actes ce jour-là.

M. Santos dit que son parcours pour devenir policier a été semé d’embûches, car il a dû travailler pendant des années pour surmonter ce traumatisme.

En évoquant les événements de cette journée, deux décennies plus tard, il semble calme, sa voix ne tremble à aucun moment.

M. Santos avait envisagé une carrière dans les forces de l’ordre avant les événements de 2006. C'est son expérience vécue lors du drame qui l’a poussé à vouloir rejoindre la police de Montréal.

«Je voulais rendre la pareille à la communauté qui m’avait donné une seconde chance, n’est-ce pas ? Les policiers m’ont donné une seconde chance dans la vie.»

Le chemin pour y parvenir n’a pas été facile. Santos souffrait de cauchemars très réalistes et de crises de panique, et il savait qu’il devrait surmonter son traumatisme s’il voulait travailler comme policier. Il s’est tourné vers la thérapie et s’est fixé de petits objectifs, comme regarder un film d’action, ou un film avec beaucoup de fusillades, jusqu’à ce qu’il puisse le regarder sereinement.

Puis il s’est engagé dans l’armée. L’entraînement a été un véritable défi.

«L’odeur de la poudre me ramenait immédiatement à ce qui s’était passé à Dawson», se souvient-il.

Après une dizaine d’années dans l’armée, Santos a intégré l’école de police. Il a ensuite travaillé pendant un an dans une ville de la banlieue de Montréal avant de rejoindre les forces de police de Montréal en 2018.

«En tant que policier, on ne sait jamais quel type d’appel on va recevoir. (Si) je reçois un appel, je ne vais pas ressentir d’anxiété, ni transpirer, ni rien de tout cela, grâce à toutes ces petites choses que j’ai faites auparavant pour en arriver là où je suis aujourd’hui.»

Marieke Glorieux-Stryckman, La Presse Canadienne