Venezuela: le contexte serait défavorable à la construction d'un pipeline

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — La crise au Venezuela renforce la volonté de certains politiciens de construire un oléoduc pour exporter du pétrole vers l’Asie, mais dans un contexte de surplus de production par rapport à la demande mondiale, un tel investissement serait mal avisé, selon des experts en énergie.
Le titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie de HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau, comprend difficilement «l'acharnement de certains politiciens à vouloir maintenir de manière proéminente un secteur qui est voué au déclin» et soutient que de construire un pipeline pour exporter du pétrole albertain vers l’Asie est, économiquement, une mauvaise idée.
«On est en surproduction mondiale et ce n'est pas quelque chose de contextuel, c'est vraiment structurel», donc «c'est très difficile de comprendre comment des entreprises voudraient dépenser des milliards de dollars pour des nouvelles infrastructures», indique le professeur Pineau, en entrevue avec La Presse Canadienne.
Le prix du baril de pétrole de Brent est passé sous la barre des 60 $ US et «c'est difficile de voir un scénario où le prix va remonter au-delà de 100 dollars le baril de manière durable pour justifier véritablement un investissement comme un pipeline», précise-t-il.
Le directeur de l'Institut de l'énergie Trottier à Polytechnique Montréal, Normand Mousseau, croit également que le Canada ferait fausse route en misant sur un pipeline pour exporter davantage de pétrole.
«On ne s'attend pas à ce que les prix augmentent, on s'attend plutôt à ce qu'ils diminuent un peu. Dans ce contexte-là, les grandes pétrolières n'ont pas d'intérêt à mettre encore plus de pétrole sur le marché parce que ça dévalorise même leur production actuelle», indique celui qui est également professeur de physique à l'Université de Montréal.
Malgré «le drill baby drill de Donald Trump, les compagnies pétrolières ne se sont pas précipitées depuis son élection pour lancer de nouveaux grands projets», fait remarquer Normand Mousseau.
«Si on ajoute quelques millions de barils par jour provenant du Venezuela, dans un contexte où on est déjà en surproduction, qui va acheter le pétrole lourd comme le pétrole canadien et à quel prix?» demande le directeur de l'Institut de l'énergie Trottier.
Poilievre et Carney évoquent la construction d'un oléoduc
Le chef conservateur Pierre Poilievre a transmis une lettre au premier ministre Mark Carney, mardi matin, dans laquelle il lui demande d’approuver rapidement la construction d’un nouveau pipeline vers le Pacifique.
M. Poilievre écrit dans sa missive que les événements survenus ces derniers jours au Venezuela ont «bouleversé le paysage énergétique mondial».
De passage à Paris, M. Carney a assuré que son gouvernement s’efforce d’élargir l’accès aux marchés pétroliers asiatiques.
Interrogé quant à savoir si la volonté du président américain, Donald Trump, de prendre le contrôle de l’industrie pétrolière vénézuélienne renforçait la nécessité de construire un oléoduc, le premier ministre a répondu qu’«un oléoduc et des exportations vers l’Asie» permettraient de diversifier les marchés.
«C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons signé un protocole d’accord global avec l’Alberta. Nous allons donc travailler dans ce sens», a indiqué Mark Carney mardi.
Un secteur en déclin
MM. Carney et Poilievre n’ont pas indiqué spécifiquement dans quel pays le Canada pourrait vendre du pétrole albertain dans l’éventualité où les États-Unis décidaient d’acheter moins d'hydrocarbures canadiens.
«Au niveau mondial, le pétrole sert à 60 % pour le transport» et «on est sur le point de voir un déclin de la consommation de pétrole en transport dans plusieurs pays», souligne le titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie de HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau.
Dans les prochaines années, ajoute-t-il, «beaucoup de sociétés humaines vont consommer moins de pétrole. En Chine, par exemple, le déclin a débuté dans le secteur du transport».
Tous secteurs confondus, incluant les transports, «la Chine verra son pic de demande pétrolier arriver d'ici deux ans à peu près», renchérit Normand Mousseau.
«Alors est-ce que la Chine va investir dans de nouvelles raffineries pour être capable de traiter massivement du pétrole canadien? J'ai des doutes.»
L'Agence internationale de l'énergie prévoit un pic de la demande mondiale du pétrole autour de 2030.
Stéphane Blais, La Presse Canadienne