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Une querelle orthographique provoque une avalanche de courriels à Mark Carney

durée 19h59
3 août 2026
La Presse Canadienne, 2026
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3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Il semble que certains Canadiens se sentent tout à fait à l'aise avec le choix du gouvernement fédéral d'adopter l'orthographe britannique.

Les messages adressés au premier ministre Mark Carney à ce sujet indiquent que plusieurs correspondants considèrent ce choix comme un moyen de contrer la domination culturelle des États-Unis.

Une avalanche de courriels adressés à M. Carney a suivi l'annonce, en décembre dernier, selon laquelle les défenseurs de l'anglais canadien s'opposaient à l'utilisation de l'orthographe britannique par le gouvernement fédéral dans les documents officiels.

Des dizaines de pages de messages ont été communiquées à La Presse Canadienne en réponse à une demande d’accès à l’information.

Alors que certains auteurs s’opposaient catégoriquement à ce changement opéré par le gouvernement fédéral, d’autres l’ont salué comme un geste patriotique.

«Dans le cadre de nos efforts pour prendre nos distances par rapport à nos voisins du Sud, avides et abusifs, je soutiens cette initiative», a écrit une personne.

Dans une lettre datée du 11 décembre qui a déclenché le débat public, cinq experts en linguistique et un représentant d’une association d’éditeurs ont souligné l’utilisation de l’orthographe britannique dans les documents gouvernementaux, notamment le budget fédéral 2025.

L’orthographe canadienne est largement et systématiquement utilisée au Canada — dans l’édition de livres et de magazines, dans les journaux et autres médias, ainsi qu’au sein des gouvernements fédéral et provinciaux et de leurs assemblées législatives, indiquait la lettre.

«Si les gouvernements commencent à utiliser d’autres systèmes orthographiques, cela pourrait semer la confusion quant à savoir quelle orthographe est la bonne au Canada», ajoute-t-elle.

Les experts ont demandé au cabinet du premier ministre, au gouvernement canadien et au Parlement de s’en tenir à l’orthographe de l’anglais canadien, «qui est celle qu’ils ont systématiquement utilisée des années 1970 à 2025».

Un article de La Presse Canadienne largement relayé au sujet de cette lettre a suscité une couverture médiatique internationale de cette polémique orthographique.

L’anglais canadien standard est unique parmi les variétés d’anglais parlées à travers le monde car, bien qu’il soit influencé par sa proximité géographique avec les États-Unis, il présente des caractéristiques distinctes de celles de l’anglais américain et britannique, soulignait la lettre des experts.

Cette nuance semblait avoir échappé à certains de ceux qui se sont sentis obligés d’écrire à M. Carney.

«L’orthographe britannique est plus canadienne que l’orthographe américaine, peut-on lire dans un message. Si nous ne protégeons pas notre orthographe canadienne en privilégiant l’orthographe britannique, notre orthographe finira par imiter celle des États-Unis.»

Les noms des auteurs des courriels ont été supprimés des documents récemment rendus publics, conformément à une exception relative à la vie privée prévue par la loi sur l’accès à l’information.

Un autre message exhortait M. Carney à conserver l’orthographe britannique «car c’est celle avec laquelle j’ai grandi et je préfère nettement la tradition britannique à une version américaine dénaturée».

En réponse à un message exprimant une préférence pour l’orthographe britannique par rapport à l’orthographe américaine, un fonctionnaire chargé de la correspondance du premier ministre a renvoyé à un article de blogue publié en 2017 sur un site internet gouvernemental expliquant pourquoi l’orthographe canadienne est différente.

Plusieurs personnes ont simplement conseillé à M. Carney de s’en tenir à l’anglais canadien.

«Il y a vraiment quelque chose qui cloche chez nos “dirigeants” politiques, a écrit une personne. Nous sommes censés être farouchement pro-canadiens dès que possible, mais pas dans la façon dont nous orthographions nos mots. Qui a imaginé ça ? Quelle bande d’imbéciles!»

Un autre correspondant s’est prononcé en faveur de l’orthographe canadienne, y voyant le reflet de l’identité nationale et d’une cohérence dans les communications gouvernementales, et a fait allusion aux tensions profondes avec les États-Unis concernant les droits de douane américains et les menaces pesant sur la souveraineté canadienne.

«Il est particulièrement important de préserver ces normes en cette période décisive pour notre pays», a-t-il souligné.

Jim Bronskill, La Presse Canadienne

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