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Une percée montréalaise ouvre de nouvelles possibilités d'immunothérapie

durée 11h00
11 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Une équipe montréalaise a identifié à la surface des cellules immunitaires une protéine qui empêche les lymphocytes T d'attaquer efficacement les tumeurs, ce qui pourrait carrément mener à une nouvelle génération d'immunothérapies pour combattre le cancer.

Cette découverte pourrait notamment profiter aux patients dont la maladie ne répond pas, ou ne répond plus, aux immunothérapies dont on dispose en ce moment.

«On a développé des super-anticorps qui sont complètement nouveaux (et) qui augmentent de façon très marquée l'activation des lymphocytes T, à la fois chez l'humain et chez la souris, et qui permettent de contrôler puis de guérir les tumeurs dans des modèles de souris», a expliqué le docteur André Veillette, directeur de l’Unité de recherche en oncologie moléculaire de l’Institut de recherches cliniques de Montréal, qui a discuté de ses travaux en exclusivité nationale avec La Presse Canadienne.

Le domaine de l’immunothérapie est en pleine ébullition et est à l’origine des percées les plus prometteuses réalisées dans la lutte contre le cancer depuis une dizaine d’années.

Certains cancers n'y répondent toutefois pas du tout, tandis que d'autres reviennent à la charge après avoir temporairement battu en retraite.

Les immunothérapies actuelles permettent en quelque sorte de «lever les freins» qui empêchent le système immunitaire d'attaquer et de détruire les cellules tumorales. Ces freins sont habituellement activés quand des protéines qui portent des noms comme PD-1 et PD-L1 interagissent avec la tumeur elle-même.

Mais cette fois-ci, le docteur Veillette et ses collègues ont identifié une protéine, la SLAMF6, qui «s'autoactive», sans interaction avec la tumeur, et inhibe la réponse immunitaire.

Une fois activée à la surface des lymphocytes T, cette molécule affaiblit leur capacité d’attaque; réduit la production de cellules T saines, robustes et durables; et accélère l’épuisement immunitaire, un état où les cellules T deviennent inefficaces contre le cancer.

«C'est très excitant, a dit le docteur Veillette. Non seulement on comprend ce que fait SLAMF6, mais en plus on identifie potentiellement une solution pour les patients chez qui le PD-1 (ou les autres inhibiteurs) ne peuvent pas être ciblés comme traitement contre le cancer.»

Les chercheurs montréalais ont développé de nouveaux anticorps monoclonaux pour empêcher SLAMF6 de nuire à la réponse immunitaire. Ces anticorps ont été en mesure de réduire l'intensité des effets indésirables, et donc d'améliorer l'efficacité de la réponse antitumorale lors d'essais menés sur des souris.

Ces nouveaux anticorps, a-t-on assuré par voie de communiqué, «surpassent nettement tous les outils actuellement disponibles visant SLAMF6, faisant d’eux des candidats de premier plan pour une nouvelle génération d’immunothérapies anticancer».

Ils pourraient notamment offrir une option aux patients ne répondant plus aux traitements PD-1 ou PD-L1, et être utilisés seuls ou en combinaison avec d’autres thérapies stimulant le système immunitaire.

Quand on bloque SLAMF6, a renchéri le docteur Veillette, «on peut vraiment avoir des effets marqués même si les tumeurs n'expriment pas de choses qui sont capables de stimuler PD-1».

Et la découverte est d'autant plus excitante qu'aucune toxicité particulière n'a été observée, a-t-il dit.

«Ça pourrait être potentiellement efficace pour un plus grand nombre de cancers (et) ça pourrait même être meilleur que le blocage de (PD-1 et compagnie) pour traiter le cancer parce que ça semble avoir un rôle beaucoup plus central dans le contrôle de l'activation des lymphocytes», a conclu le docteur Veillette.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par la prestigieuse revue scientifique Nature.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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