Nous joindre
X
Rechercher
Publicité

Une femme exhorte Ottawa à présenter des excuses pour les adoptions forcées

durée 12h55
31 mai 2026
La Presse Canadienne, 2026
durée

Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

En 1982, Christine Nayler n’a passé que quatre heures avec sa fille qui venait de naître dans un hôpital situé au nord de Newmarket, en Ontario, avant qu’on ne lui retire son bébé.

Alors âgée de 15 ans et enceinte, Mme Nayler, qui vivait à Toronto, a été envoyée chez un proche au nord de la ville pour y accoucher. Elle devait rentrer chez elle sans l’enfant.

Alors qu’on lui répétait sans cesse qu’elle ne pouvait pas garder le bébé, elle gardait espoir que sa famille changerait d’avis, mais ce ne fut pas le cas.

«Je dis toujours que le jour où j’ai quitté l’hôpital sans elle a été le jour de ma mort, car j’ai l’impression d’être morte ce jour-là», a déclaré Mme Nayler, qui habite aujourd’hui à Barrie, en Ontario.

«Quand votre enfant est en vie et qu’on vous l’enlève sans autre raison que le fait que vous êtes jeune, sans même vous avoir donné la chance d’être mère, ça change tout ce que vous pensez du monde.»

Mme Nayler fait partie des centaines de milliers de mères célibataires qui ont été contraintes de céder leurs enfants à l’adoption au Canada après la Seconde Guerre mondiale.

Des décennies après avoir dû abandonner son enfant, Mme Nayler a lancé une pétition demandant au gouvernement fédéral de reconnaître son rôle et de présenter des excuses pour avoir participé à ce système, qu'elle trouve injuste.

Sa pétition a recueilli plus de 600 signatures à travers le Canada et a été déposée à la Chambre des communes la semaine dernière, donnant au gouvernement 45 jours pour fournir une réponse écrite.

«Je veux que le gouvernement reconnaisse le préjudice qui a été causé et le rôle qu’il a joué dans cette affaire», a-t-elle affirmé.

En réponse à des questions sur la pétition samedi, le cabinet du ministre de l’Emploi et de la Famille a déclaré à La Presse Canadienne que le gouvernement était reconnaissant envers les femmes ayant partagé leur expérience.

«Les Canadiens portent en eux cette histoire et les répercussions profondes et durables que les pratiques d’adoption forcée ont eues sur les mères, les personnes adoptées et les familles», a-t-il déclaré dans un communiqué écrit, ajoutant que le gouvernement s’engageait à se pencher sur la question.

«Le Canada reconnaît qu’il s’agissait d’un problème systémique touchant des personnes partout au pays. D’importantes garanties juridiques, notamment les protections prévues par la Charte et les engagements internationaux en matière de droits de la personne, ont contribué à faire en sorte que de telles pratiques ne puissent plus se produire aujourd’hui.»

La députée libérale Karina Gould et la sénatrice Chantal Petitclerc se sont également jointes à la lutte en appelant Ottawa à présenter des excuses officielles.

S’exprimant lors d’une conférence de presse mardi à Ottawa, Mme Gould a déclaré qu’elle s’était jointe à cette campagne pour s’assurer que les Canadiens savent qu’environ 300 000 femmes ont été contraintes d’abandonner leurs bébés entre les années 1940 et 1970.

«Il s’agit d’apporter une conclusion et de rendre justice à ces femmes et à leurs enfants», a-t-elle affirmé.

Mme Petitclerc, qui a présenté une requête au Sénat mardi, a déclaré que ces adoptions forcées avaient été rendues possibles par des institutions et des politiques publiques.

Pendant des décennies, les gouvernements fédéral et provinciaux du pays, les institutions religieuses et médicales ainsi que les familles ont collaboré pour séparer systématiquement les femmes célibataires de leurs bébés au moyen d’adoptions, a dénoncé Valerie Andrews, une militante dont le propre enfant lui a été enlevé à la naissance.

Mme Andrews a indiqué que seules deux institutions, soit l’archidiocèse catholique de Vancouver et l’Église unie du Canada, ont jusqu’à maintenant présenté des excuses officielles.

Il est temps qu’Ottawa reconnaisse «les violations illégales, contraires à l’éthique et aux droits de la personne, commises à l’encontre des mères célibataires», a-t-elle déclaré.

Elle croit qu’une excuse de la part d’Ottawa ouvrirait la voie à d’autres parties concernées pour qu’elles emboîtent le pas et admettent leurs propres fautes.

D'autres pays, dont l'Australie, l'Irlande et l'Écosse, ont présenté des excuses officielles, a-t-elle souligné.

Ce n’est pas la première fois que des efforts sont déployés pour faire pression sur le gouvernement fédéral afin qu’il reconnaisse ses torts. La commission des Affaires sociales du Sénat a publié un rapport sur le sujet en 2018.

En 2019, le gouvernement a répondu à ce rapport par un document qui reconnaissait le traumatisme et décrivait les garanties juridiques mises en place pour empêcher que cela ne se reproduise.

L'ancien sénateur Art Eggleton, qui avait participé à l'enquête à l'époque, s'est exprimé lors de la conférence de presse de mardi.

«Il est important de relancer cette initiative, tant à la Chambre des communes qu’au Sénat, et de tourner la page sur cette affaire», a-t-il déclaré, ajoutant que cela inclurait l’offre de services de soutien psychologique et l’aide à la réunification des personnes souhaitant retrouver les membres de leur famille.

Sharif Hassan, La Presse Canadienne

app-store-badge google-play-badge