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Une étude appelle à revoir la perception négative des barrages de castors

durée 12h27
1 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Une étude de l'Université Concordia remet en question la perception négative des barrages de castors, selon laquelle ils contribueraient à causer des dommages lors d'inondations.

Pascale Biron, professeure au département de géographie, urbanisme et environnement à l’Université Concordia et coautrice de l'étude qui a été publiée en décembre dernier dans la revue «Earth Surface Processes and Landforms», appelle à plus de nuances concernant cette vision des barrages.

«Il faut faire la part des choses entre potentiellement une route qui serait collée sur un barrage de castors qui pourrait être affectée, par exemple, puis de ne pas généraliser que tous les barrages de castor sont dangereux, qu’il faut les démanteler», a-t-elle expliqué.

Elle espère que les gens retiennent qu'il faut «restaurer la réputation des castors comme étant des ingénieurs des écosystèmes, mais du côté positif. C'est vraiment le consensus mondial».

Pour en arriver à cette conclusion, Mme Biron s'est penchée sur un jugement de la Cour supérieure de janvier 2017, qui avait condamné la Municipalité régionale de comté (MRC) de Charlevoix-Est à verser 640 000 $ à un gîte. Le Tribunal a statué que c'est parce que la MRC n'avait pas démantelé un barrage de castors sur la rivière du Port au Persil, barrage qui a subi une rupture lors de pluies diluviennes provenant des restes de l'ouragan Irène en 2011, que le gîte a subi des dommages.

«C'est une jurisprudence qui a vraiment un impact majeur pour les MRC», a souligné la professeure Biron.

Dorénavant, en vertu de l'article 105 de la Loi sur les compétences municipales du Québec, toute MRC «doit réaliser les travaux requis pour rétablir l’écoulement normal des eaux d’un cours d’eau lorsqu’elle est informée de la présence d’une obstruction», ce qui inclut les barrages de castors et le bois dans les rivières, a précisé Mme Biron.

«Mais dans la nature, il y a beaucoup de bois dans les rivières, il y a beaucoup de castors et de barrages. C'est vraiment un problème», a-t-elle indiqué.

Mme Biron s'est intéressée à ce jugement à partir de juin 2024, alors qu'elle organisait un congrès réunissant des chercheurs de l'international à propos du bois dans les rivières.

«Partout ailleurs, on considère les castors comme vraiment positifs. On les réinsère, en fait, pour essayer de restaurer. Les gens étaient vraiment tombés en bas de leur chaise de voir qu'au Québec, on est un peu obligés de les éliminer, ou de démanteler les barrages à tout le moins, en prévention pour de futurs dommages, pour ne pas que les MRC soient poursuivies comme ça dans le futur», a détaillé la chercheuse.

Deux experts qui se contredisaient

En observant le jugement, Mme Biron a constaté que les deux experts appelés à témoigner, celui de la défense et celui des demandeurs, tenaient des propos opposés.

Elle a affirmé que la démarche de l'expert de la défense, l'ingénieur Jean Gauthier, était «hyper rigoureuse». M. Gauthier avait conclu à l'époque «qu’il y aurait eu débordement de la rivière à cet endroit même sans rupture de barrage», peut-on lire dans le jugement de la Cour supérieure.

«Avec Jean Gauthier, on s'est dit (que) ce serait intéressant de refaire des simulations», a dit Mme Biron. Elle a ajouté que le juge avait considéré que M. Gauthier avait sous-estimé le volume d'eau retenu par le barrage. M. Gauthier est également coauteur de la plus récente étude.

Les chercheurs ont ainsi fait de nouvelles simulations avec un volume plus grand, à l'aide de la modélisation hydraulique.

«Puis là on a vu que non, ça ne changeait à peu près rien, a indiqué Mme Biron. Même en prenant les pires conditions, ça ne montrait toujours pas que c'est ça qui était la cause. Mais là on est coincés, parce qu'il y a une jurisprudence.»

Une question juridique et d'éducation

Pour la professeure Biron, il faudrait «minimalement» réviser l'article 105. «Pour considérer que, d'abord, les barrages de castors, puis le bois dans les rivières, c'est normal, ça fait partie de la dynamique, c'est même bénéfique, plutôt que de forcer les MRC à les démanteler un peu partout», a-t-elle détaillé.

Si la question de la vision négative des barrages de castor comprend une dimension légale, elle inclut aussi un enjeu d'éducation afin que les gens comprennent le rôle qui est, «en général, positif des barrages de castors».

«C'est quand même un jugement qui est bien connu par les gens qui ont à gérer les cours d'eau. La plupart des gens vont conclure que oui, c'est dangereux, les barrages», a-t-elle dit.

«Quand il y a des inondations, c’est normal qu’il y ait des dommages. Il y a plein d’endroits dans le monde où il n’y a pas de barrages de castors et il y a beaucoup de dommages liés aux inondations.»

Coralie Laplante, La Presse Canadienne

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