Un rapport tire la sonnette d'alarme sur les lacunes en santé des personnes LGBTQ+

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Par La Presse Canadienne, 2026
TORONTO — Un nouveau rapport indique que les personnes LGBTQ+ au Canada n'ont pas accès aux soins de santé dont elles ont besoin — y compris les traitements de santé mentale — par rapport à la population générale.
Le Pink Paper on Health, publié jeudi par Pink Triangle Press, indique que les services de santé mentale et d'affirmation du genre étaient les préoccupations les plus fréquentes identifiées par les personnes LGBTQ+ dans le cadre d'une enquête nationale.
Près de 40 % des participants LGBTQ+ ont déclaré souffrir d'un trouble de santé mentale, notamment d'anxiété et de dépression, contre 20 % des participants hétérosexuels et cisgenres.
La coauteure du rapport, Nadia Bouhamdani, a dit qu'elle savait que de nombreux Canadiens sont actuellement confrontés à des problèmes de santé mentale, mais qu'elle ne s'attendait pas à constater une augmentation aussi spectaculaire parmi la population LGBTQ+.
Outre la pénurie générale de professionnels de la santé mentale, le rapport indique que beaucoup d'entre eux ne sont pas suffisamment formés pour répondre aux besoins spécifiques des personnes transgenres et non binaires.
Lorsque les chercheurs ont ventilé les résultats de l'enquête entre les différentes communautés regroupées sous l'acronyme LGBTQ+, ils ont constaté que les hommes homosexuels présentaient des niveaux d'anxiété et de dépression similaires à ceux de la population hétérosexuelle.
Les personnes pansexuelles, asexuelles, en questionnement, transgenres et bispirituelles présentaient les niveaux d'anxiété les plus élevés. Elles présentaient également, tout comme les lesbiennes, des niveaux de dépression relativement élevés.
Le rapport n'explique pas pourquoi les hommes homosexuels semblent présenter un niveau de détresse mentale inférieur à celui des autres communautés LGBTQ+, mais Mme Bouhamdani a souligné que les personnes dont l'identité ne correspond pas aux normes de genre, notamment les personnes transgenres, non binaires et bispirituelles, sont particulièrement exposées à la discrimination, à la stigmatisation et à un manque d'accès à des soins de santé qui leur semblent sûrs.
Le racisme ajoute une autre couche de discrimination, a-t-elle noté, rappelant un commentaire frappant d'un participant autochtone bispirituel à l'étude.
«En gros, il disait: "Si je tombe malade, je préfère rester chez moi et (...) je ne veux pas entrer dans le système de santé ici à cause des nombreuses expériences de discrimination que j'ai vécues"», a rapporté Mme Bouhamdani, chercheuse à Moncton, au Nouveau-Brunswick, spécialisée dans les inégalités en matière de santé chez les populations marginalisées.
Manque de compétence
L'une des principales recommandations du rapport est d'intégrer une formation sur les besoins des patients LGBTQ+ dans le programme d'études des professionnels de la santé, y compris dans les écoles de médecine et d'infirmières.
Le rapport recommande également d'améliorer l'accès aux soins de santé mentale financés par l'État et d'intégrer une formation obligatoire sur les soins aux personnes LGBTQ+.
Ziya Jones, qui s'identifie comme queer et non binaire, a affirmé que cette étude constituait un «très bon point de départ» pour remédier aux disparités qui existent pour les patients LGBTQ+ et espère qu'elle se traduira en actions concrètes.
«En général, les systèmes de santé ne sont pas conçus pour nous».
Ziya Jones a raconté avoir personnellement ressenti une «réticence» dans le passé en cherchant à obtenir des soins de santé mentale.
«J'ai rencontré des thérapeutes qui n'avaient pas nécessairement le vocabulaire pour parler de mes expériences personnelles, ou qui semblaient mal à l'aise ou ne savaient pas nécessairement comment aborder ce qui se passait dans ma vie personnelle», a expliqué Ziya Jones, qui vit à Montréal et fréquente désormais une clinique spécialisée dans les soins LGBTQ+.
Ziya Jones, qui est à la tête de la rédaction d'un site internet d'information sur la santé LGBTQ+ de Pink Triangle Press appelé Script, a déclaré que, même si les gens sont parfois confrontés à une «homophobie ou transphobie flagrante» de la part des professionnels de la santé, ils sont plus souvent refusés parce que ces derniers ne se sentent pas qualifiés pour les aider.
«Je pense que, d'une manière générale, les professionnels de la santé n'ont pas le sentiment d'avoir reçu une formation suffisante pour traiter (...) les personnes transgenres et non binaires qui recherchent des soins d'affirmations de leur identité de genre. Et ils ne sont peut-être même pas nécessairement conscients de certaines de leurs lacunes.»
Sans surprise
Le docteur James Owen, médecin de famille travaillant avec des patients LGBTQ+ à l'hôpital St Michael's de Toronto, qui n'a pas participé à l'élaboration du rapport, a déclaré que ces conclusions ne le surprenaient «malheureusement» pas.
«Je dirais que la majorité des patients avec lesquels je travaille ont probablement vécu une expérience négative dans le système de santé, qu'il s'agisse d'une stigmatisation ouverte ou subtile, de discrimination ou simplement d'un prestataire de soins qui ne comprend pas pleinement comment répondre à leurs besoins», a-t-il déclaré.
La faculté de médecine Temerty de l’université de Toronto, où M. Owen est professeur adjoint et directeur du programme de deuxième année, a mis en place un programme obligatoire sur la diversité des genres afin de préparer les futurs médecins à prodiguer des soins aux patients LGBTQ+.
Le rapport fournit davantage de preuves que ces patients «ont des besoins de santé non satisfaits dans tous les domaines et qu'il est nécessaire que le système de santé continue à s'améliorer», a affirmé M. Owen.
«Je ne m'attends pas à ce que tous les prestataires de soins de santé soient des experts en matière de santé des personnes transgenres et de diversité de genre (...) mais il existe des éléments de base que tous les prestataires de soins de santé devraient connaître afin de créer un environnement culturellement sûr pour les patients.»
Pink Triangle Press a chargé Environics Research de mener une enquête en ligne auprès de plus de 2100 adultes canadiens entre le 19 mars et le 13 avril 2025.
Parmi les participants, 1062 personnes s'identifiaient comme LGBTQ+ et 1048 comme hétérosexuelles et cisgenres.
L'organisme professionnel du secteur des sondages, le Conseil canadien de la recherche sur les données, affirme qu'il n'est pas possible d'attribuer une marge d'erreur aux sondages en ligne, car ils ne sont pas basés sur un échantillon aléatoire de la population.
Environics Research a également mené 16 entretiens individuels virtuels avec des responsables du secteur de la santé, des étudiants en médecine, des chercheurs, des spécialistes des soins aux personnes LGBTQ+ et des Autochtones afin d'approfondir certaines des questions identifiées dans le sondage.
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Nicole Ireland, La Presse Canadienne