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Un patrimoine à protéger: à la découverte de l'archéologie subaquatique

durée 09h30
9 août 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTREAL — Mettre en valeur l'histoire maritime du Québec, c'est tout le travail d'archéologues subaquatiques, qui doivent parfois composer avec des lois peu adaptées et un budget peu conséquent pour pratiquer cette discipline «très nichée et très peu développée».

«L'appel de la mer»: c'est de cette façon qu'Aimie Néron, archéologue subaquatique et plongeuse professionnelle, résume sa passion pour la discipline.

«Il y a toujours eu un côté mystérieux à l'eau», avance-t-elle en entrevue.

«On pense tout de suite aux bateaux pirates, on pense à des trésors espagnols d'or et d'argent, illustre-t-elle. Mais au-delà de la valeur monétaire, chaque artefact nous raconte quand même une histoire».

Et surtout, l'archéologie subaquatique est bien plus vaste que la découverte d'épaves, une image souvent imprimée dans l'imaginaire collectif quand on parle d'exploration sous-marine.

En fait, l'archéologie subaquatique se penche sur la compréhension du lien des anciennes populations avec l'eau. Cette discipline peut donc couvrir les populations côtières, mais aussi d'anciens forts ou quais, explique Mme Néron.

Récemment, elle a fait toute une découverte dans le fleuve Saint-Laurent au large de Contrecœur, en Montérégie, avec son équipe de l'Institut de recherche en histoire maritime et archéologie subaquatique (IRHMAS).

Alors qu'ils réalisaient des travaux d'archéologie préventive en raison de l'agrandissement du Port de Montréal, ils sont tombés sur un piège à poissons, qui serait le premier site archéologique autochtone préhistorique subaquatique du Québec.

Il est assez rare de retrouver ce type de vestige en raison de l'hiver et des glaces, qui viennent souvent détruire tout ce qui est côtier, souligne la spécialiste.

Différent de l'archéologie sur terre

Alors qu'il faut fouiller et creuser sur terre, il est très rare d'en faire de même sous l'eau, puisque les épaves ou les artefacts sont généralement posés directement sur le fond marin.

Les archéologues subaquatiques ne réalisent pas non plus systématiquement des fouilles et ne sortent pas tous les objets, à moins que cela soit nécessaire, pour un projet de musée, par exemple.

«Si on sort des objets, ça prend de la conservation automatiquement, parce que tous les objets qui sortent de l'eau vont se dégrader très rapidement», explique Mme Néron, qui ajoute que la conservation est «très longue et dispendieuse».

Heureusement, il existe désormais d'autres façons de rendre ce patrimoine accessible, sans rien déplacer.

C'est le cas avec le développement de la plongée récréative, qui peut proposer des visites et de l'interprétation qui peuvent être faites directement sur un site, et l'essor des technologies.

«On a des caméras à très très haute résolution, on peut faire des directs sous-marins maintenant. Les sonars sont aussi de plus en plus pointus, de plus en plus précis, donc ça nous permet de ramener ces images-là à la surface», ajoute-t-elle.

Malgré les différences avec l'archéologie terrestre, il n'existe pas de programme spécialisé en archéologie subaquatique au Canada.

Afin de se lancer dans la discipline, Aimie Néron a dû suivre une formation universitaire en archéologie en parallèle d'une formation pour obtenir une attestation de plongée professionnelle de l'Institut maritime du Québec à Rimouski.

Par ailleurs, mis à part l'équipe d'archéologie subaquatique de Parcs Canada, fondée dans les années 1960, tous les groupes qui font de l'archéologie subaquatique au Canada sont volontaires.

Au total, ils ne sont que près d'une vingtaine d'archéologues subaquatiques partout au Canada, selon Mme Néron.

De son côté, l'IRHMAS possède un double mandat. Il est considéré comme un organisme sans but lucratif, qui donne des conférences et des formations.

Il offre aussi une expertise professionnelle pour des entreprises en réalisant de l'archéologie préventive et des études environnementales avant des travaux.

Plaidoyer pour un inventaire patrimonial

Malgré l'histoire maritime riche du Canada, l'archéologue subaquatique déplore le manque d'intérêt pour les sites archéologiques patrimoniaux.

«Il y a une raison pour laquelle le public est très peu au courant (de cette discipline), c'est parce qu'elle ne s'est jamais totalement développée», juge-t-elle.

En plus d'un manque de budgets gouvernementaux, Mme Néron estime que la législation n'aide pas la pratique de l'archéologie sous l'eau.

«On a de la législation au Québec pour l'archéologie, avec la Loi sur le patrimoine culturel et le Règlement sur la recherche archéologique, mais il n'y a absolument rien dans ces lois-là qui considère spécifiquement le patrimoine culturel submergé, puis encore moins les nuances liées à la recherche archéologique subaquatique», affirme-t-elle.

Les archéologues doivent aussi composer avec une législation spécifique pour la plongée professionnelle.

Mme Néron regrette également que peu de sites sous l'eau soient classés au patrimoine.

«C'est vraiment dommage, en fait, parce que si on faisait beaucoup plus de classifications, on aurait beaucoup plus de mesures de protection pour ces sites-là», croit-elle.

Tous les sites sous-marins vont finir par se dégrader à court ou long terme, notamment en raison des changements climatiques, rappelle l'archéologue.

Ainsi, elle plaide pour qu'il soit possible de réaliser un inventaire des ressources culturelles submergées afin de conserver les informations et de suivre la destruction de ces sites.

«Comme on n'a pas de lignes de base d'informations sur toutes ces ressources culturelles submergées là, on ne peut pas quantifier du tout l'impact que ça a», soutient-elle.

«Là, on est en train de perdre tranquillement notre patrimoine», s'inquiète l'archéologue.

Audrey Sanikopoulos, La Presse Canadienne

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