Un météorite de 390 millions d'années a créé le cratère découvert par un Québécois

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTREAL — À la fin de 2023, l’astronome amateur Joël Lapointe utilisait Google Maps pour planifier un voyage estival lorsqu’il est tombé par hasard sur un cratère à l’aspect étrange.
Aujourd’hui, cette découverte fortuite a pris une tout autre dimension: des chercheurs ont confirmé qu’il s’agissait des vestiges d’un impact d'une météorite tombée il y a 390 millions d’années.
«Pour un astronome amateur qui adore se connecter à l’espace et qui aime les météorites, c’était tout simplement incroyable», lance M. Lapointe en entrevue à La Presse Canadienne.
L’équipe de chercheurs qui a donné suite à la découverte de ce Québécois présentera ses conclusions à l'occasion du congrès annuel de la Meteoritical Society, en Allemagne, dans moins d’un mois.
Lorsqu’il a repéré pour la première fois ce cratère circulaire, situé à 100 kilomètres au nord de la village de Magpie, sur la Côte-Nord, M. Lapointe était en train d’étudier la carte des sentiers forestiers de la région. Il se souvient ne pas avoir cru, au départ, qu’il avait pu faire une découverte importante.
Il s'est même dit que la communauté scientifique devait déjà connaître l'existence de ce cratère.
Mais M. Lapointe, dont la passion pour l’espace remonte à son enfance, ne pouvait se défaire de l’idée que ce cratère recelait peut-être quelque chose de plus. Ne trouvant rien dans les bases de données sur les cratères, il a décidé de contacter des experts.
Il lui a fallu plusieurs tentatives pour trouver un universitaire disposé à se pencher sur sa découverte, mais il a finalement contacté un centre de recherche français qui a accepté d’étudier sa théorie.
«C’était passionnant, je voulais avoir les dernières nouvelles dès que possible — mais je ne les ai pas importunés, car ce sont des professionnels», se souvient M. Lapointe.
Lorsque Gordon Osinski, professeur au département des sciences de la Terre de l’université Western à London, en Ontario, a entendu parler de ce cratère potentiel par ses collègues français, il s’est montré sceptique. Le Pr Osinski gère le site web Impact Earth, où les internautes peuvent signaler des cratères d’impact potentiels. Il reçoit de nombreux courriels concernant des «découvertes» qui ne se confirment pas.
Mais dans ce cas précis, les caractéristiques topographiques circulaires de la fosse et les premières analyses des échantillons de roches ont éveillé son intérêt, et il a finalement codirigé une expédition vers le cratère en 2025.
Il s’est rendu sur place en hydravion avec une petite équipe, et ils ont découvert un terrain accidenté qui a rendu le travail sur le terrain difficile.
«Nous ne savions pas vraiment à quoi nous attendre, où nous pourrions atterrir pour rejoindre la rive ni où nous pourrions installer notre campement. C’était donc un voyage vers l’inconnu, ce que j’apprécie — une petite aventure», a déclaré le Pr Osinski.
Pour prouver qu’il s’agissait d’un cratère d’impact de météorite, les chercheurs devaient trouver le projectile — la météorite — ou des signes indiquant que les roches environnantes avaient réagi à la pression intense d’un impact. La première hypothèse était peu probable, explique le Pr Osinski, car on trouve généralement des fragments de météorites dans des cratères plus petits si celui-ci mesure 25 kilomètres de diamètre.
Les chercheurs ont toutefois découvert des exemples de cônes de fragmentation et de roche fondue par l’impact, étonnamment bien conservée, deux éléments qui indiquent un impact de météorite.
«Nous avions presque fait un pari sur l'âge du cratère», relate le Pr Osinski qui pensait au départ que le cratère aurait de 38 à 200 millions d’années.
«Il s’avère qu’il est bien plus ancien, ce qui a été une surprise, reconnaît-il.
Selon le Pr Osinski, on découvre chaque année un ou deux cratères d’impact à travers le monde, les plus récents étant généralement de petite taille.
«Le tout dernier cratère découvert au Canada remonte à 2010. Cela fait donc 16 ans qu’aucun nouveau cratère n’a été signalé au Canada. C’est donc plutôt sympa d’en ajouter un à la liste», souligne-t-il.
Après discussion avec le conseil des Innus d’Ekuanitshit, le cratère a été baptisé «Uhackatik».
L’équipe a envoyé à M. Lapointe quelques détails et photos de son expédition et a confirmé avoir trouvé des indices indiquant qu'il s'agissait bel et bien d'un cratère de météorite. Il se souvient avoir eu des papillons dans le ventre et avoir dû garder le secret jusqu’à ce que les chercheurs publient les premiers détails de la découverte.
«À ce moment-là, j’étais aux anges, car c’était bien réel», dit-il.
M. Lapointe était au travail lorsque les chercheurs lui ont donné le feu vert pour enfin parler de la découverte. Il en a immédiatement fait part à l’un de ses collègues, lui-même astronome amateur. Ils se sont émerveillés ensemble devant l’immensité d’un cratère datant de 390 millions d’années, d’une période antérieure à celle des dinosaures et des mammifères, et bien avant l’apparition des humains.
«À cette époque, la vie sur Terre en était encore à ses balbutiements. Il y avait des amphibiens primitifs — cela nous ramène à une ère complètement différente. C’est assez impressionnant que nous ayons encore des traces (de cette période) après tout ce temps», expose-t-il.
Marieke Glorieux-Stryckman, La Presse Canadienne