Un habitant d'Edmonton de retour au Canada après avoir été détenu par l'ICE

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Par La Presse Canadienne, 2026
Un homme né à Edmonton, qui a passé la majeure partie de sa vie aux États-Unis, est de retour au Canada après avoir perdu son combat juridique pour rester au pays de l'Oncle Sam auprès de ses deux jeunes fils.
Curtis Wright, 40 ans, a raconté avoir enduré des conditions de vie épouvantables dans différents centres de détention de l’agence américaine de l’immigration et des douanes (ICE) au Texas, après avoir été placé en détention il y a dix mois.
Plutôt que de se «déporter» de lui-même vers le Canada, M. Wright a déclaré s'être battu pour rester aux États-Unis afin d'élever les enfants qu'il a eus d'un précédent mariage.
«Est-ce que c’est possible depuis un autre pays ? Bien sûr, mais ça se limitera aux vacances et aux étés», a-t-il affirmé lors d’une entrevue depuis Kelowna, en Colombie-Britannique.
«Cela réduit considérablement le temps que je peux leur consacrer et ma capacité, vous savez, à créer des liens et à être leur père.»
M. Wright a indiqué avoir été renvoyé au Canada depuis le centre de traitement de l’ICE du sud du Texas il y a un peu plus de deux semaines. Ses fils, âgés de huit et onze ans, sont toujours au Texas.
M. Wright s’est installé à Houston dans sa jeunesse. Il a ensuite trouvé un emploi dans le secteur pétrolier et gazier.
En novembre, alors qu’il revenait d’un voyage d’affaires au Mexique où il avait rencontré des compagnies pétrolières et des distributeurs, il a été interrogé par des agents de l’ICE, et une ancienne condamnation a refait surface.
À l’âge de 17 ans, il avait été condamné pour possession de stupéfiants et s’était vu imposer des travaux d’intérêt général ainsi qu’une période de mise à l’épreuve. Du Xanax, un anxiolytique, avait été trouvé dans son véhicule, a-t-il ajouté.
M. Wright a expliqué qu’à son retour du Mexique, les agents de l’immigration l’avaient menotté et emmené à l’arrière d’un fourgon.
Il attribue au renforcement de la politique d’expulsion menée par le président américain Donald Trump le fait que sa présence dans le pays n’ait posé aucun problème pendant près de 30 ans.
Ce passage immédiat d’une liberté totale à la détention fédérale était inconcevable, a-t-il déclaré.
De la chaleur torride du Texas, il s’est retrouvé dans des cellules de détention glaciales.
«Le béton sur lequel on est assis et allongé est plus froid que l’air lui-même», a-t-il raconté.
Les détenus étaient appelés par leur numéro de dortoir et de couchette plutôt que par leur nom, la nourriture était mauvaise et les douches sales et pleines de crasse.
«Certains disaient: “Eh bien, regarde où tu es, c’est peut-être ce à quoi tu dois t’attendre.” Et je répondais: “On reste quand même des êtres humains.”»
Une porte-parole de l'ICE a déclaré que l’agence rejetait l’allégation selon laquelle les personnes hébergées au centre de traitement de l’ICE du sud du Texas «seraient soumises à des conditions inhumaines ou que l’établissement fonctionnerait dans des conditions dangereuses ou de surpeuplement».
«Les personnes placées en détention par l’ICE reçoivent des repas adaptés et ont accès à de l’eau potable, à des installations sanitaires et à des activités de loisirs», a assuré Sarah Loicano dans un communiqué envoyé par courriel.
Elle a ajouté que l’ICE ne tolérait aucun abus, aucune discrimination, ni aucun comportement répréhensible à l’encontre des personnes placées en détention.
M. Wright a expliqué qu’il avait reçu l’ordre d’être renvoyé au Canada en février en vertu d’une décision d’éloignement, mais qu’il avait fait appel. Il a appris par la suite par son avocat que la procédure d’appel pourrait prendre encore plusieurs mois.
Il a affirmé avoir décidé d’abandonner la lutte en juillet et que sa décision d’éloignement avait été définitive.
«J’étais déjà là depuis neuf mois et il était temps de partir pour le Canada et de mettre un terme à cette épreuve pour tous les membres de ma famille», a-t-il déclaré.
M. Wright a déclaré qu’il s’estimait chanceux d’être renvoyé au Canada plutôt que dans un autre pays.
Certaines personnes avec lesquelles il s’était lié d’amitié en détention lui ont raconté comment elles avaient fui des régimes oppressifs. L’une d’elles a expliqué avoir été placée en détention quelques jours après la naissance de sa fille et ne pas l’avoir encore rencontrée.
Les arrestations liées à l’immigration aux États-Unis ont diminué entre janvier et mai, mais l’administration Trump prévoit toujours d’expulser un million de personnes au cours de cet exercice fiscal, contre environ 442 000 l’année dernière.
«J’ai été expulsé à cause d’une erreur que j’ai commise il y a 22 ans, alors que j’étais un adolescent de 17 ans au secondaire. Et maintenant, deux enfants américains vont se retrouver sans leur père», a déclaré M. Wright.
«Je ne suis qu’un parmi des milliers d’autres qui vivent des histoires similaires.»
«Alors, quand les gens disent que cela ne touche que les immigrés, c’est faux. Cela touche également de nombreuses familles et de nombreux enfants américains.»
Pour l’instant, M. Wright séjourne chez ses parents à Kelowna avec sa fiancée, Kayla Thomsen, et leur fille de deux ans.
Ils prévoient de se rendre à Edmonton afin qu’il puisse tenter de retrouver un emploi au sein de la même entreprise pour laquelle il travaillait au Texas.
Mme Thomsen et leur jeune fille se sont rendues en Colombie-Britannique pour rejoindre M. Wright à son arrivée au Canada, d’abord à Edmonton, puis vers l’ouest.
La première chose qu’il a faite en les voyant, c’est de les serrer dans ses bras.
Dayne Patterson, La Presse Canadienne