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Trump pourrait mettre à exécution ses menaces de quitter l'OTAN, selon des experts

durée 09h17
4 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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5 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Les propos tenus cette semaine par le président Donald Trump dans un journal britannique ont ravivé les spéculations quant à savoir s'il est prêt à retirer les États-Unis du pacte de défense de l'OTAN, dont le Canada est membre.

Exprimant sa frustration face à ce qu'il qualifie d'incapacité des alliés à aider les États-Unis dans leur guerre contre l'Iran, M. Trump a indiqué au Daily Telegraph que l'OTAN était un «tigre de papier». Selon lui, le retrait des États-Unis de l'alliance «dépasse le stade du réexamen».

Aaron Ettinger, professeur agrégé de sciences politiques à l’Université Carleton, a indiqué que la menace d’un retrait des États-Unis de l’OTAN avait de graves implications pour la sécurité occidentale et devait être prise au sérieux.

«Nous ne pouvons pas simplement considérer les menaces de M. Trump comme une situation de type TACO Tuesday», a expliqué M. Ettinger, faisant référence à l'acronyme «Trump Always Chickens Out» (Trump se défile toujours), qui décrit la tendance du président à proférer des menaces agressives avant de céder ou de ne rien faire.

«L'OTAN dépend des États-Unis, ce qui fait de la menace d'abandon, qu'elle soit juridique ou matérielle, une perspective très réelle», a-t-il ajouté.

Selon le dernier rapport annuel de l’OTAN publié la semaine dernière, les États-Unis représentaient 60 % des dépenses de défense nominales combinées des alliés.

Bien que l’on ne sache pas encore dans quelle mesure le président est sérieux au sujet d’un retrait, les experts affirment qu’il existe plusieurs façons pour Donald Trump de retirer les États-Unis de l’alliance ou de la détruire de l’intérieur.

Se retirer de l'OTAN serait simple, mais pas sans obstacles, en partie à cause du propre secrétaire d'État de M. Trump, Marco Rubio.

Comment Trump pourrait tenter de quitter l'alliance

M. Ettinger, expert en politique étrangère américaine, a précisé qu'il était légalement possible pour Trump de se retirer. La procédure est clairement définie dans la Charte de l'OTAN: tout membre peut quitter l'alliance en donnant simplement un préavis d'un an.

Mais M. Trump devrait tout de même faire face aux législateurs américains, aux tribunaux et à la Constitution.

Le président est lié par le droit interne des États-Unis, qui stipule depuis quelques années qu’il ne peut se retirer de l’OTAN sans avoir préalablement consulté le Congrès et obtenu le soutien des deux tiers du Sénat américain.

«Ce serait une véritable bataille qui finirait probablement devant la Cour suprême», a avancé M. Ettinger.

Cette loi de 2023 limitant la capacité du président à quitter l'OTAN a été présentée par M. Rubio, qui était alors sénateur de Floride.

Dans un message publié en décembre 2023 sur les médias sociaux et devenu viral cette semaine, M. Rubio a écrit qu’«aucun président américain ne devrait pouvoir se retirer de l’OTAN sans l’accord du Sénat».

Selon M. Ettinger, cette loi signifie que toute tentative de quitter l'OTAN conduirait probablement à un recours devant la Cour suprême et à des années de litige.

Il a ajouté que le droit constitutionnel pencherait en faveur de la loi de M. Rubio, car le Congrès l'a soutenue.

Dans le même temps, la Cour suprême des États-Unis est dominée par des juges conservateurs qui se rangent fréquemment du côté de M. Trump.

Le retrait n'est pas la seule option

Wendy Gilmour, du groupe de réflexion Conference of Defence Associations, a rappelé que le président avait prouvé qu’il pouvait être très perturbateur et causer de sérieux maux de tête à l’alliance sans se retirer officiellement du traité.

«Il est prêt à recourir à des décrets, même lorsqu’ils ne sont pas légaux à première vue», a-t-elle indiqué, soulignant que M. Trump pourrait réduire ou supprimer le soutien américain à diverses activités de l’OTAN.

«Il est dans l’intérêt de l’alliance et dans l’intérêt des États-Unis de prendre le temps de réfléchir pour comprendre où se situent nos intérêts et de trouver un moyen de remédier à l’instabilité stratégique mondiale causée par la décision des États-Unis et d’Israël d’attaquer l’Iran», a-t-elle ajouté.

Roland Paris, professeur de relations internationales à l’Université d’Ottawa, a suggéré que M. Trump pourrait priver l’OTAN de financements et d’autres contributions au point que cela aurait à peu près le même effet qu’un retrait.

«Il pourrait effectivement retirer les États-Unis de l’OTAN, même s’il ne s’agissait pas d’une décision formelle, en supprimant la participation militaire américaine au sein de l’OTAN, notamment en retirant le commandant suprême des forces alliées, qui est traditionnellement un poste américain», a déclaré M. Paris.

«Il y aurait une forte opposition au Congrès. Il a le pouvoir de réduire unilatéralement la participation des États-Unis à l’alliance. Nous n’en sommes pas encore là, (mais) je ne l’en crois pas incapable», a-t-il précisé.

Ottawa soutient l’OTAN

Interrogée sur l’existence d’un plan de secours au cas où M. Trump se retirerait de l’OTAN, la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, n’a fait que souligner l’engagement profond du Canada envers l’alliance.

«Nous veillons en permanence et de manière cohérente à ce que nos décisions en matière de défense collective soient prises dans le cadre de cette organisation multilatérale», a mentionné Mme Anand à La Presse Canadienne, soulignant que le Canada venait de respecter un engagement financier clé de l’OTAN consistant à consacrer 2 % du PIB à la défense.

«Nous agissons sans réserve et de manière cohérente dans le cadre de l’OTAN», a-t-elle soutenu.

Donald Trump n’était pas le seul haut responsable politique américain à jeter le doute sur l’avenir de l’alliance cette semaine.

Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a refusé de réaffirmer son soutien à l’alliance lors d’une conférence de presse mardi.

«Une alliance ne vaut pas grand-chose si certains pays ne sont pas prêts à vous soutenir lorsque vous en avez besoin», a affirmé M. Hegseth, ajoutant que M. Trump «ne fait que le souligner».

S'exprimant sur Fox News cette semaine, M. Rubio a indiqué que «malheureusement», l'administration devait «réexaminer» si l'alliance «remplissait toujours son rôle» ou si elle devenait une «voie à sens unique» où les États-Unis devaient défendre l'Europe mais où les pays membres ne venaient pas en aide aux États-Unis.

Les deux membres du cabinet ont ajouté que toute décision reviendrait au président.

L'Espagne, l'Italie et d'autres membres de l'OTAN ont refusé à l'armée américaine la possibilité d'utiliser leurs bases aériennes alors que le pays mène une guerre contre l'Iran.

Le premier ministre espagnol a qualifié cette guerre d’illégale et d’injustifiée, tandis que le Parlement italien doit approuver l’utilisation de ces bases aériennes.

Des experts juridiques ont fait part de leurs inquiétudes quant à des violations du droit international, citant la destruction d’infrastructures civiles par les frappes aériennes américaines.

M. Trump a également menacé de bombarder des installations civiles, telles que des usines de dessalement, qui produisent de l’eau potable, ce qui constituerait un crime de guerre.

Bien qu'il ait évoqué cette semaine la possibilité de quitter l'OTAN, M. Trump a choisi de ne pas critiquer l'alliance mercredi lors de son discours télévisé en prime time sur la guerre, alors même qu'il avait déclaré qu'il le ferait.

Il a toutefois exhorté ses alliés à utiliser leurs forces armées pour s'emparer du détroit stratégique d'Ormuz.

Kyle Duggan, La Presse Canadienne

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