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Trump dérèglemente le mercure: des impacts sur la qualité de l'air au Canada

durée 09h45
21 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — L’administration Trump a annoncé vendredi un assouplissement des règlements imposés aux centrales électriques au charbon, leur permettant d'émettre davantage de mercure et d’autres polluants dangereux. Cette décision, combinée à plusieurs autres, risque d'affecter la qualité de l’air au Canada.

La décision de l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) de permettre aux centrales au charbon d’émettre plus de mercure (Hg) est «conforme à la loi» et permettra de «réduire le coût de production d’électricité de base, ce qui diminuera les coûts et améliorera la fiabilité de l’approvisionnement pour les consommateurs», a déclaré David Fotouhi, administrateur adjoint de l’EPA, dans un communiqué, vendredi, après la visite d'une centrale au charbon du Kentucky.

«L’EPA poursuit son démantèlement de la politique des démocrates contre le charbon, une énergie propre et prometteuse», peut-on lire dans le titre qui coiffe le communiqué.

En 2012, l’administration Obama avait mis en place des normes qui avaient permis de réduire les émissions de mercure de près de 90 %. La première administration Trump avait tenté, sans succès, de les affaiblir. L’administration Biden avait ensuite mis en place des normes plus sévères et ce sont celles-ci que l’administration Trump a décidé d'abroger vendredi.

Pollution transfrontalière

La porte-parole de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME), Johanne Elsener, croit que la déréglementation du mercure aux États-Unis risque d’augmenter les quantités de mercure présentes dans l’air canadien.

«Ce mercure peut ensuite contaminer le sol et l’eau et, par conséquent, la chaîne alimentaire, particulièrement celle des populations qui consomment une grande quantité de poissons», a indiqué Mme Elsener, dans un échange avec La Presse Canadienne.

«Les concentrations de mercure au Canada ont diminué depuis le siècle dernier grâce à des mesures de contrôle mises en place au Canada mais aussi, notamment, aux États-Unis et en Europe. Un changement des mesures de contrôle aux États-Unis risque donc de faire reculer ce que l’on a réussi à accomplir collectivement jusqu’à maintenant», a-t-elle ajouté.

Selon un rapport d’Environnement et Changement climatique Canada, publié en 2016, entre 20 % et 23 % du mercure d’origine humaine dans l’est du Canada provenait des États-Unis.

«L’Asie de l’Est et les États-Unis sont les principales régions qui contribuent à la charge de mercure du Canada», souligne le document intitulé «Évaluation scientifique sur le mercure au Canada, résumé des principaux résultats».

Pour le professeur à l’Université de Montréal Patrick Hayes, spécialiste de la chimie atmosphérique, si les États-Unis augmentent leurs émissions de mercure, «il est certain qu’il y aura un impact sur la qualité de l’air au Québec», en raison de la pollution transfrontalière causée par les vents dominants.

Dans les provinces de l’est, les vents dominants transportent généralement les polluants atmosphériques du sud, vers le nord et vers l’est.

Le mercure «est volatil et peut être transporté sur de longues distances dans l’air», a ajouté le chimiste.

Sur son site internet, l’EPA, responsable de la déréglementation annoncée vendredi, reconnaît que les émissions de mercure voyagent sur de longues distances.

«Le mercure émis dans l'air peut parcourir des milliers de kilomètres dans l'atmosphère avant de finalement retomber sur terre sous forme de pluie ou sous forme gazeuse sèche», peut-on lire sur le site de l’EPA, qui indique également qu’aux États-Unis, les centrales au charbon sont responsables de «44 % de toutes les émissions de mercure d’origine humaine».

Des émissions dangereuses pour la santé

Selon un communiqué du Sierra Club, une organisation environnementale, annuler les améliorations de 2024 sous Biden et revenir aux normes de 2012 «permettra aux centrales au charbon les plus polluantes d'émettre 50 % de pollution au mercure en plus».

Le Sierra Club tire cette estimation de l'application «Trump coal pollution dashboard», mise en ligne par le groupe écologiste et qui permet de suivre l'impact sur l'environnement des récentes mesures annoncées par l'administration Trump concernant la déréglementation de l'industrie du charbon.

«Pendant des années, ces mesures de protection vitales ont considérablement réduit la pollution toxique que les centrales au charbon déversent dans notre air et notre eau, préservant ainsi des millions d'Américains de crises cardiaques, de l'asthme et de décès prématurés, et protégeant nos bébés de lésions neurologiques permanentes», mais aujourd'hui le président Donald Trump «affaiblit délibérément ces protections» pour protéger l’industrie du charbon, a déploré Laurie Williams, directrice de la campagne «Beyond Coal», du Sierra Club.

L’EPA ne remet pas en doute que les émissions de mercure sont dangereuses pour la santé.

Sur le site internet de l’agence, on peut ainsi lire que «l’exposition au mercure menace notre santé et entraîne de nombreux effets toxiques, souvent irréversibles» et que «les fœtus en développement et les jeunes enfants sont les plus vulnérables».

Toutefois, selon un communiqué du secrétaire de l’agence Lee Zeldin publié vendredi, «l'EPA de Trump sait qu'il est possible de stimuler l'économie, d'accroître la production d'électricité de base et de protéger la santé humaine et l'environnement simultanément».

Déréglementation environnementale historique

Depuis le début de son deuxième mandat, le président Trump a multiplié les démarches pour assouplir ou éliminer des normes environnementales instaurées par ses prédécesseurs.

Par exemple, en novembre dernier, l’administration Trump a demandé à une cour d’appel d’annuler une norme instaurée par l’administration Biden pour réduire la quantité de particules fines (PM2.5) dans l’air, également une source importante de pollution transfrontalière.

L’administration Trump a aussi récemment mis fin aux normes d’émissions pour les véhicules.

La Maison-Blanche a également «débloqué 200 milliards de dollars en financement» à l’industrie du charbon, une source importante de pollution transfrontalière. Cette industrie était d’ailleurs largement responsable des pluies acides au Canada dans les années 1970-1980.

Le 12 février dernier, la Maison-Blanche a aussi abrogé un texte adopté sous Barack Obama qui servait de fondement à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre aux États-Unis.

Ce jour-là, le secrétaire à l’Environnement Lee Zeldin avait déclaré qu’il s’agissait «de la plus importante mesure de déréglementation de l’histoire des États-Unis».

Stéphane Blais, La Presse Canadienne

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