Transmission d'un cancer entre les barbottes du Québec et du N.-B.

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Par La Presse Canadienne, 2026
FREDERICTON — Au cours de ses quarante années de pêche sur les lacs et les rivières du Nouveau-Brunswick, Scott Young a souvent observé des barbottes brunes présentant des taches sombres.
En mai, M. Young a emmené à bord de son bateau Zoe Clarke, chercheuse à l’université de Cambridge, afin de prélever ces poissons tachetés et de confirmer sa théorie selon laquelle ces lésions pourraient être une forme de cancer contagieux identifiée pour la première fois à des centaines de kilomètres de là.
Mme Clarke prévoit que les résultats d’un laboratoire de séquençage d’ADN, attendus dans les prochaines semaines, montreront que les barbottes tachetées que M. Young observe depuis des années sont atteintes du même cancer transmissible que celui découvert dans un lac situé à la frontière entre le Québec et le Vermont.
«Mais comment diable cela a-t-il pu arriver? Pourquoi est-ce ici?» s’est interrogée Zoe Clarke, chercheuse postdoctorale au sein du Transmissible Cancer Group de l’université de Cambridge, au Royaume-Uni.
«C’est le genre de question à laquelle nous allons consacrer une grande partie de notre énergie au cours des prochaines années.»
Dans le cadre d’études menées entre 2014 et 2018, des scientifiques ont déterminé que les excroissances noires observées dès 2012 sur des barbottes brunes du lac Memphrémagog, qui chevauche la frontière entre le Canada et les États-Unis, étaient des cancers de la peau.
Puis, une étude publiée le mois dernier par une équipe de scientifiques de l’université du Vermont a révélé que le mélanome détecté chez ces poissons-chats était transmissible, une première pour un poisson ou un écosystème d’eau douce.
Dans un article publié dans la revue Nature, les chercheurs ont affirmé ce cancer contagieux était un «phénomène biologique déroutant» et ont mis en garde contre son «potentiel de dévastation des populations hôtes».
Le mélanome du poisson-chat n’est que la quatrième lignée distincte connue de cancer transmissible d’origine naturelle dans le règne animal, après celles observées chez les chiens, les diables de Tasmanie et divers organismes aquatiques à coquille, notamment les palourdes et les moules.
La Dre Julie Dragon, co-directrice de l’étude et professeure associée de microbiologie et de génétique moléculaire à l’université du Vermont, a noté que le séquençage du génome avait révélé que les tumeurs étaient des copies clonées les unes des autres, et non le résultat de mutations distinctes.
Dans les cancers classiques, les tumeurs sont presque identiques à l’ADN de l’hôte, à l’exception de quelques gènes mutés.
Mais l’analyse des poissons-chats a mis en évidence que les tumeurs étaient génétiquement distinctes de celles de leurs hôtes; elles provenaient en réalité d’une lignée cellulaire parasitaire issue d’un seul poisson-chat et qui s'est propagée physiquement d’un poisson à l’autre.
Les scientifiques du Vermont et les chercheurs anglais tentent désormais de déterminer l’origine de ce cancer, a indiqué la Dre Dragon.
«Nous ne pensons pas que cela ait commencé dans le lac Memphrémagog, et nous avons déjà confirmé que cette maladie existe dans des lacs du New Hampshire et du Maine», a-t-elle déclaré à La Presse Canadienne.
Les chercheurs demandent à toute personne qui repérerait des poissons présentant des lésions d’envoyer des photos et des données de localisation à la Dre Dragon par courriel, et de congeler des spécimens entiers à des fins d’analyse.
Quant aux personnes qui pourraient craindre de contracter un cancer en raison du poisson-chat, la Dre Dragon affirme qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter.
«Il n’existe aucune preuve que cette maladie se transmet à l’homme», a-t-elle rassuré .
Elle a tout de même précisé que le Service américain des pêches et de la faune déconseillait de consommer des poissons présentant des lésions ou des excroissances visibles.
Eli Ridder, La Presse Canadienne