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Surdose d'opioïdes: une étude montre que les ouvriers du bâtiment sont surreprésentés

durée 22h02
22 juillet 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

TORONTO — Les chercheurs espèrent qu’un nouveau rapport analysant les professions des personnes décédées d’une surdose d’opioïdes en Ontario permettra de mieux faire prendre conscience de l’ampleur de la population touchée par l’épidémie de drogue.

L'étude a révélé que plus d'un tiers des décès liés aux opioïdes survenus entre 2018 et 2024, pour lesquels la profession de la personne était connue, concernaient des personnes travaillant dans le bâtiment ou les métiers manuels. Cela représente environ 1340 personnes.

Au total, les décès liés aux opioïdes en Ontario pour cette période se sont élevés à près de 16 000, mais le Coroner n’a enregistré la profession que dans environ 22 % des cas.

Tara Gomes, chercheuse principale au sein du Réseau ontarien de recherche sur les politiques en matière de drogues, affirme que la recherche confirme les conclusions précédentes selon lesquelles les travailleurs de la construction sont touchés de manière disproportionnée par l'épidémie d'opioïdes.

Elle note toutefois que cette nouvelle étude montre également que le taux de décès liés aux opioïdes était similaire chez les travailleurs des secteurs des ressources naturelles et de l’agriculture. Les données indiquent environ 32 décès liés aux opioïdes pour 100 000 travailleurs du secteur des ressources naturelles en 2024, contre 54,5 décès liés aux opioïdes pour 100 000 travailleurs du bâtiment la même année.

Le nombre total de travailleurs dans les secteurs des ressources naturelles et de l’agriculture est bien inférieur à celui des travailleurs du bâtiment et des métiers manuels, ce qui signifie que cette population a peut-être été négligée jusqu’à présent.

Selon les chercheurs, les professions présentant un risque accru d’accident, un emploi précaire et le travail posté pourraient être des facteurs rendant les personnes plus vulnérables.

Le taux chez les travailleurs du secteur de l’hôtellerie et de la restauration — également très élevé, selon les chercheurs — s’élevait à 8,9 décès pour 100 000 travailleurs en 2024.

«Je pense que beaucoup de gens se font une idée précise de la crise liée à la toxicité des opioïdes et des personnes qui en perdent la vie», a expliqué Mme Gomes, ajoutant que, dans certains cas, il pourrait exister un lien entre la surdose et les conditions de travail des personnes concernées.

Elle a, par exemple, souligné que les professions les plus touchées par les décès liés aux opioïdes ne bénéficient souvent ni d’une sécurité de l’emploi ni d’une couverture santé.

«Si vous ne bénéficiez pas d’une couverture pour les médicaments sur ordonnance et que vous souffrez, êtes-vous en mesure de payer les opioïdes qui vous sont prescrits ?», a-t-elle demandé.

«Et si ce n’est pas le cas, vous tournez-vous alors vers le marché illicite pour soulager cette douleur ? C’est certainement un sujet de préoccupation dans des secteurs comme le bâtiment et les métiers manuels, mais cela pourrait également être le cas dans le commerce de détail et l’hôtellerie-restauration.»

Mme Gomes a également mis en avant les conclusions de l’étude concernant les autres substances présentes dans l’organisme des personnes au moment de leur décès.

Parmi les personnes travaillant dans le bâtiment et les métiers manuels, 49% avaient de la cocaïne dans leur organisme au moment de leur décès, tandis que près de 23% avaient de l’amphétamine. Pour celles travaillant dans l’hôtellerie et la restauration, ces taux s’élevaient respectivement à près de 45% et 22%.

Ces deux drogues sont des stimulants, ce qui, selon Mme Gomes, «est lié aux métiers impliquant un travail posté avec des horaires très longs, car les personnes ont souvent recours à ces stimulants pour contrer les effets (sédatifs) des opioïdes».

Elle a expliqué que les opioïdes ont tendance à ralentir la respiration, tandis que les stimulants accélèrent le rythme cardiaque.

«Votre corps va être soumis à des contraintes dans toutes ces directions, ce qui peut exercer une pression considérable, en particulier sur votre cœur, a-t-elle dit. Ainsi, si vous souffrez de problèmes cardiaques et que votre système respiratoire est défaillant, cela constitue évidemment une situation très dangereuse.»

La moitié des victimes était salariée

Les chercheurs ont recensé 15 952 décès par intoxication aux opioïdes en Ontario au cours de la période étudiée, mais le Coroner n’a enregistré la situation professionnelle et le secteur d’activité que pour 3534 de ces personnes. Parmi celles-ci, environ la moitié avait un emploi au moment de son décès.

On savait que 3732 autres étaient au chômage, mais le Coroner ignorait dans quel secteur elles avaient travaillé en dernier lieu. Aucune donnée sur la situation professionnelle n’était disponible pour 8686 des personnes décédées.

Shaleesa Ledlie, chercheuse associée senior au sein du réseau, a expliqué que cela s’expliquait par la manière dont les données avaient été collectées.

Lorsqu’une personne décède de manière inattendue en Ontario, le Bureau du coroner mène une enquête sur les circonstances de son décès, notamment en interrogeant ses proches.

Si les amis ou la famille de la personne décédée ne savaient pas où elle avait travaillé en dernier lieu, le Bureau du coroner ne pouvait pas l'enregistrer.

Elle a expliqué que les personnes dont le secteur d’activité était inconnu étaient probablement au chômage depuis longtemps avant leur décès, tandis que celles dont la profession était mentionnée avaient peut-être occupé un emploi plus récemment.

«Cela nous montre que la période qui suit immédiatement le chômage peut être une période à haut risque pour subir certains de ces préjudices», a-t-elle dit.

Nicole Thompson, La Presse Canadienne

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